‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 111 sur 131 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Vains efforts de Requesens pour reconquérir la Nord-Hollande.— Francisco Valdès reparaît devant Leyde avec plus de dix mille hommes. — La ville, dépourvue de garnison, n'a pour défenseurs que les bourgeois armés. — Jean Vander Does, Thierry de Bronckhorst et le bourgmestre Vander Werf dirigent la résistance. — Exhortations patriotiques du prince d'Orange.— Disette dans Leyde.— Les assiégés repoussent les ouvertures des partisans de l'Espagne. — Le prince d'Orange, d'accord avec les états de Hollande, fait couper les digues, afin de créer une mer artificielle par laquelle on puisse ravitailler et sauver Leyde. — Progrès de la famine. — Constance des assiégés. — Maladie du prince d'Orange. — Départ de la flotte sous le commandement de Louis de Boisot. -— Mort de Bronckhorst. — Divisions dans le conseil communal de Leyde. — Difficulté de l'entreprise confiée à Boisot. — Situation désespérée des assiégés. — Sédition apaisée par l'intrépidité du bourgmestre Vander Werf. — Un veut du sud-ouest chasse enfin les eaux vers Leyde. — La flotte n'est plus qu'à une demi-lieue de la ville. — Le piince d'Orange, rétabli, vient encourager les soldats et les matelots. — Boisot arrêté devant le fort de Lammen. — Anxiété inexprimable des assiégés. — L'armée espagnole en fuite. — Boisot entre dans Leyde avec la flotte. — Aspect de la ville. — Le Taciturne, informé de la délivrance de Leyde, vient témoigner sa reconnaissance à ceux qui ont défendu et secouru la ville. — Influence exercée par la Hollande et la Zélande sur les autres provinces des Pays-Bas.

Requesens avait résolu de frapper la rébellion au cœur. Le baron de Chevreaulx qui, pendant l'hiver précédent, avait dû

abandonner le Waterland, tâcherait de s'y établir de nouveau et d'envahir ensuite la Hollande du Nord. En même temps Chiappin Vitelli s'avancerait par le pays d'Altena vers la Hollande méridionale, tandis que Valdès, revenant devant Leyde, s'emparerait de cette ville importante. Mais le courage et la constance des insurgés firent échouer ces tentatives. Le Waterland fut vaillamment défendu par les bourgeois d'Alkmaar et par les paysans ou picourreurs. Ceux-ci, tenant à la main une demipique et portant une arquebuse pendue derrière le dos, se signalaient par leur ardeur et leur énergie. Ils ne donnèrent aucun relâche aux troupes allemandes de Ghevreaulx. Montés sur de petites barques, ils attaquaient leurs ennemis à l'improviste, les tuaient et les noyaient ; ils les chassèrent de Wormer, de Purmerend, de !\lonikendam, d'Ulpendam. Des trois mille hommes qui avaient essayé d'envahir la Nord-Hollande à peine cent revinrent à Amsterdam '. Chiappin Vitelli, à la tête des anciens mutinés d'Anvers, prit Asperen, Henkelom et Leerdam; là se bornèrent ses succès. Le manque d'artillerie et surtout le manque d'argent avaient aussi entravé les opérations confiées à Chiappin Vitelli. C'était, par faute de canons que la ville de Bommel n'avait pu être assiégée ^ ; mais les Espagnols espéraient se dédommager par la prise de Leyde. Le mestre de camp Fransisco Valdès, vieux soldat qui avait combattu à Ingolstadt, venait d'entrer en Hollande pour diriger un des sièges les plus mémorables du xvi*' siècle. Le 26 mai, il reparut presque soudainement devant Leyde avec sept à huit mille hommes.

Ces troupes s'étaient embarquées à Amsterdam , avaient traversé la mer de Harlem et, par le Drecht, avaient atteint

' Van Meteren, fol. 104 v.

* Correspondance de Philippe II, 1. 111, pp. 107 et 424. — Relation du secrétaire de Rcquesens, dans les Archives de la maison d'Orange Nassau, t. V, p. 30.

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Leyderdorp, à l'est de Leyde. Deux autres détachements se dirigèrent, l'un dTftrecht vers Alphen, l'autre de Harlem, par Noordwyk, vers Valckenbourg. Les troupes venues d'Utrecht s'emparèrent des forts de Gouda et d'Alphen occupés par les auxiliaires anglais. Le détachement venu de Harlem, sous le commandement du baron de Licques, prit le fort de Valckenbourg oîi se trouvaient cinq autres compagnies anglaises. Celles-ci rétrogradèrent jusque sous les murs de Leyde. Edouard Chester, leur colonel, était entré dans la ville pour se concerter avec les bourgeois. Les portes de Leyde restèrent fermées; mais on convint que l'artillerie des remparts appuyerait un mouvement offensif des Anglais. Mécontents de cet accord, ils marchèrent en avant, enseignes déployées, et se rendirent aux troupes royales. La cavalerie espagnole, qui était à Voorschoten , les entoura, les obligea d'éteindre la mèche de leurs arquebuses, les desarma et les dépouilla. Hs furent ensuite conduits à Harlem, au nombre de quatre cents. Mais bientôt Requesens ordonna de les amener à Bruxelles pour les renvoyer à la reine d'Angleterre, sauf quelques-uns des principaux, qu'il voulait faire servir à la rançon de soldats espagnols, prisonniers des rebelles '.

Après la jonction des détachements venus d'Amsterdam, d'Utrecht et de Harlem , Valdès disposa de dix à douze mille fantassins (Espagnols, Allemands et Wallons), et de mille cavaliers, partie reîtres et partie chevau-légers espagnols. Six à sept mille hommes restèrent devant la ville, gardant les vingt-deux forts que le mestre de camp fit construire ou réparer et dont les principaux étaient ceux de Leyderdorp, de Zoeterwoude, de Lammen et de Voorschoten. Le reste de l'armée occupait' les digues, les chemins et toutes les autres avenues de la ville,

' Grande chronique de Hollande, t. 11, pp. 283-284. — Van Metehen, fol. 105. — Correspondance de Philippe H, l. III, p. 106.

depuis la Haye jusque vers Deift. Les assiégeants avaient jugé inutile d'amener l'artillerie de siège pour battre Leyde. Ils comptaient prendre la ville par la famine, en l'isolant au milieu des forts qui l'enserraient *.

Les Espagnols n'ignoraient point d'ailleurs que Leyde était dépourvue de garnison. Ils savaient aussi par leurs espions ou par des catholiques mécontents que la ville n'avait pas assez de vivres pour nourrir longtemps une population de quatorze mille habitants -. Le prince d'Orange destinait à la défense de Leyde les dix enseignes d'Anglais qui, sous le commandement du colonel Edouard Chester, avaient occupé les forts de Valckenbourg, de l'écluse de Gouda et d'Alphen. Ces auxiliaires étaient maintenant en fuite ou prisonniers. Prévoyant le retour des Espagnols, le prince avait supplié le magistrat de Leyde d'approvisionner la ville pour un an et davantage. La négligence des uns et l'économie mal entendue des autres contrarièrent les avis salutaires du Taciturne, Tous reconnurent bientôt la faute qu'ils avaient commise : mais il était trop tard. En une nuit, les troupes espagnoles avaient serré la ville de si près, qu'on ne pouvait plus sortir sans grand danger.

Les habitants ne se laissèrent point abattre. Jean Vander Does, plus célèbre sous le nom de Douza, prit le commandement de la garde bourgeoise qui devait tenir lieu de garnison. La gloire et les périls de l'héroïque défense de Leyde furent partagés par le bouillant Douza , le sage et ferme Thierry de Bronckhorst, qui représentait le prince d'Orange, et Vander Werf, 1 intrépide bourgmestre. Guillaume avait exhorté les habitante à soutenir un siège de trois mois; ils répondirent qu'ils

' Discours du siéyc de Leyde, imprimô en 1575. — V.\n Mëtgren, fol. 105.

- Commentaires de 13. de Menuoça, liv. XJII. — Discours du siéf/e de Leyde.

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