‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 113 sur 131 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Dirigés par des chefs énergiques , les assiégés se signalaient par leur bravoure. On les vit, le 18 juillet, s'emparer d'un fort que les Espagnols avaient construit non loin de la porte de Rynsburg, afin d'interdire aux habitants l'accès de leurs jardins potagers. Ils attaquèrent avec le même succès la tranchée qui s'étendaitsjuqu'au pont de Boshuysen \

Mais ces sorties courageuses ne pouvaient sauver Leydc. Il fallait des moyens extraordinaires pour empêcher cette ville de succomber comme Harlem. Le prince d'Orange et les états de Hollande prirent alors une détermination sans exemple dans Ihistoire du pays.

Le Taciturne ne se dissimulait point que le sort de la Hollande et sa propre renommée étaient attachés à la conservation de Leyde, pour laquelle deux de ses frères et un prince de l'Empire avaient naguère péri dans la bruyère de Mook. La disette faisait des progrès alarmants ; déjà même Valdès écrivait à Requesens que la ville était si resserrée, qu'elle ne devait pas tarder à se rendre. Il fallait donc prendre un parti décisif. Guillaume, s'adressant aux états de Hollande, insista sur l'importance de Leyde qui servait comme de boulevard à plusieurs autres places. Après avoir démontré ensuite l'impossibilité d'attaquer parterre un ennemi trop supérieur par ses forces, il proposa de couper les digues, de lever toutes les écluses, de faire affluer les eaux vers Leyde et de se servir de cette mer artificielle pour ravitailler et sauver la ville. Les états approuvèrent cette résolution héroïque; ils dirent qu'ils aimaient mieux <c pays gâté que pays perdu. » C'était d'ailleurs le sentiment général en Hollande ^.

Les Espagnols ne menaçaient pas seulement Leyde; peu s'en

^ Grande chronique de Hollande, t. II, p. 285.

2 Ibid , t. II, p. 283. — BoR, ?« liv., fol. 53. — Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 124 et .555.

était fallu qu'ils ne s'emparassent de Delft, où commandait le seigneur de Poyot. Quelques-uns des soldats français au service du prince d'Orange avaient offert h Valdès de lui ouvrir une des portes de la ville. Le 28 juillet, le général espagnol voulut exécuter la surprise convenue; mais elle échoua parce que, les signaux n'ayant pas été compris, il arriva devant la. porte avant qu'elle fût ouverte ^

Le 3 août et le lendemain, le prince d'Orange, accompagné de Paul Buys, avocat de Hollande, et de quelques membres des états, se rendit sur la digue de l'Yssel, à Kapelle, et la fit percer. De Kapelle à Ysselmonde seize autres ouvertures furent ménagées. La digue de la Meuse, entre Rotterdam et Delfshaven. fut également percée. En même temps les écluses étaient levées à Rotterdam, à Schiedam et entre Schiedam et Vlaardingen. Le prince, ayant fait venir de Zélande l'amiral Louis de Roisot, lui donna ses instructions et le renvoya ensuite dans l'Ile de Walcheren pour qu'il y rassemblât les vaisseaux et les marins nécessaires.

Le jour même où les états de Hollande adoptaient la résolution d'inonder le pays, c'est-à-dire le 30 juillet, Valdès adressa de la Haye une nouvelle sommation aux habitants de Leyde, Elle resta sans réponse. Les assiégés, immuables dans leur patriotique résolution, ordonnèrent un jour de prières et de jeûne, pour implorer l'assistance du Tout-Puissant. Voyant que ses menaces étaient vaines, Valdès, revenu à Leyderdorp, siège de son commandement, envoya de nouvelles lettres par lesquelles il promettait aux assiégés une amnistie absolue, s'ils voulaient se rendre. Ces lettres demeurèrent également sans réponse. On était déjà réduit cependant à employer la dréche pour remplacer le froment et à tuer

' Requeseus au Roi, d'Anvers, 19 août 1374. [Correspondance île Philippe II, i. III, p. i:56.)

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