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les vaches, qui avaient été jusqu'alors conservées pour donner du lait à la ville. Les distributions de vivres se faisaient aussi avec plus de parcimonie. Le 14 août, pendant que la disette augmentait, deux messagers, qui avaient été envoyés près du prince d'Orange, revinrent avec des lettres par lesquelles il remerciait les habitants de Leyde de leur constance, et leur annonçait qu'il avait résolu de les secourir en ouvrant les digues de la Meuse et de TYssel. Les assiégés ne tardèrent point à apprendre, par de nouveaux messagers, que les eaux atteignaient la limite du pays du Rhin et du pays de Delft. Et, en effet, quand la marée était haute, la campagne, devers Delft et Leyde,- présentait déjà l'aspect d'une vaste nappe d'eau *.
Malheureusement une circonstance fatale vint retarder le secours dont le prince d'Orange s'occupait sans relâche. Les craintes incessantes qu'il avait pour Leyde, son incertitude sur le sort de cette ville, ses travaux excessifs, ses angoisses d'esprit, tout contribuait à épuiser ses forces. Il se trouvait à Rotterdam lorsque, le 10 août, il fut saisi d'une fièvre violente. Les médecins s'accordèrent à dire que cette maladie avait été engendrée par le chagrin et la mélancolie ^. Elle fit de tels progrès et se prolongea tant, que le bruit de la mort du prince d'Orange courut aussi bien parmi les insurgés que parmi les Espagnols. Cependant, le 28 août au soir, alors que le Taciturne souffrait encore de la fièvre et d'une grande faiblesse, il fit appeler son secrétaire Brunynck, et lui dicta une résolution importante. II avait antérieurement exprimé le désir que Henri de Condé, son cousin '%
^ BoR, 7e liv.,fol.53 etsuiv.
^ FI. de Nyenheim, ancien confédéré, maître d'hôtel du prince d'Orange, et N. Brunynck, son secrétaire, au comte Jean de Nassau, de Rotterdam, 22 août -1574. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 38.)
' 11 était fils du célèbre Bourbon tué à la bataille de Jarnac, en 1569. Tome I. 26
se mît à la tête des troupes qui viendraient de France et d'Allemagne au secours des protestants dans les Pays-Bas. Or, Brunynck fut chargé de faire connaître au comte Jean de Nassau que, pour le cas où Condé ne voudrait ou ne pourrait se mettre en campagne, le prince d'Orange ne trouvait pas à propos qu'on rassemblât une armée, parce qu'il n'avait pas les moyens de subvenir à la dépense. Ce n'était pas le bon vouloir, ce n'était point le dévouement qui faisait défaut au prince de Condé et aux seigneurs et gentilshommes de son parti : ils désiraient avec ardeur lever une bonne et forte armée , mais ils étaient également dépourvus de l'argent nécessaire. Au surplus, le prince d'Orange voulait consacrer au ravitaillement de Leyde ce qui restait des cent mille couronnes données par Charles IX à Louis de Nassau, ainsi que les sommes considérables qui furent prêtées par le comte Jean *. ' .
La constance des assiégés de Leyde contribua surtout au rétablissement du Taciturne. Cornelis Van Mirop, receveur général de Hollande, s'était rendu à Rotterdam pour s'entretenir avec le prince -, il était accompagné de quelques bourgeois de Leyde. Arrivé à l'habitation du stathouder, et ne trouvant aucun serviteur pour l'annoncer, il entra dans la chambre à coucher. Le Taciturne était sur son lit, sans avoir personne près de lui. Van Mirop le questionna sur sa santé et sur l'absence de ses don)estiques. Il répondit d'une voix peu distincte qu'il les avait éloignés de lui et qu'il se sentait très faible. Cependant il s'entretmt avec Van Mirop, et celui-ci lui apprit que Leyde n'était pas encore au pouvoir des Espagnols. Le Taciturne s'en réjouit et
' N. Brunynck au coaite Jean de Nassau, de Rotterdam. 28 août ISTl. (Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, pp. 45 et suiv.) — Le prince de Condé à Jean de Nassau, de Strasbourg, 23 août -1574. [Ibid., pp. 4^ et suiv.) — Sur les sacriGces que les Nassau s'étaient imposés pour la délivrance de Leyde. [Ibid., p. 434.)