LIVRE VIII (1574). 40o
sur la flottille, elles furent placées sous le commandement du colonel de La Garde. Ces troupes se composaient de douze cents mousquetaires, wallons, français, allemands, anglais et écossais. Parmi les commissaires des états on distinguait Jacques Wasteel, ancien conseiller pensionnaire de Malines, signalé pour son activité et son énergie. On remarquait encore sur les vaisseaux le seigneur de Noyelles, chef des Wallons, et un assez grand nombre de gentilshommes, belges ou étrangers, qui avaient voué leur vie à l'affranchissement de la Hollande *. Cette flotte, d'oti dépendait en grande partie la délivrance de Leyde, partit donc de Deift, passa, le 11 septembre, la rivière qui a donné son nom à Rotterdam, puis se dirigea vers la digue qui séparait le pays de Delft d'avec celui du Rhin.
Valdès venait de faire une nouvelle tentative pour déterminer les habitants de Leyde à se rendre. Par une lettre du 4 septembre, il leur promit, sur la foi d'un chrétien et d'un chevalier, d'épargner leurs biens et leurs vies; il leur offrit enfin une amnistie générale dont ne seraient pas même exceptés le commissaire Bronckhorst, le commandant Vander Does et le bourgmestre Vander Werf. Il leur avait envoyé en même temps un passe-port pour qu'ils donnassent une réponse dans le terme qu'il fixait ^. Le lendemain, le comte de La Roche envoya lui-même d'Utrecht un gentilhomme et un trompette avec une proclamation pour les bourgmestres et la commune de Leyde. Il les engageait également à se soumettre, lorsqu'il en était temps encore, afin de garantir leur ville des extrémités auxquelles elle serait exposée, si elle venait à être prise de vive force. Cette lettre avait été écrite à l'instigation d'un émissaire que les royalistes secrets
' Van Meterex, fol. 103 v, —Grande chronique de Hollande, t. II, p. 287. — BoR, 7e liv., fol. 36.
^ BoR, 7« liv., fol. 5G v".
de Leyde, ou du moins ceux qui voulaient se rendre, avaient envoyé au gouverneur de la Hollande. Un des chefs de la commune sortit des murs et prit les lettres, disant que les assiégés donneraient réponse ^
La ville était alors dans le deuil. Elle venait de perdre (6 septembre) le commissaire Bronckhorst qui, montrant une énergie inébranlable, avait été digne de représenter le prince d'Orange dans Leyde assiégée. Beaucoup profitaient de l'espèce d'interrègne produit par cette perte regrettable pour donner libre cours à leur humeur et à leur impatience. La proclamation du comte de La Roche fit donc naître de vives discussions entre ceux qui voulaient se rendre et ceux qui voulaient résister. Le 7 septembre, l'assemblée des quarante fut convoquée au son de la cloche. On commença par engager Jacques Vander Does, oncle du commandant de la garde bourgeoise, à prendre la place du commissaire décédé. Le vieux patriote répondit qu'il ne pouvait remplacer Bronckhorst, et qu'il n'accepterait une pareille charge qu'à la demande expresse du prince d'Orange ; il promit toutefois de se trouver chaque jour à l'hôtel de ville pour seconder la régence. On délibéra ensuite sur les lettres du comte de La Roche. La majorité du conseil était faible, vacillante, sinon sympathique aux royalistes et aux catholiques. L'opinion fut exprimée qu'il ne fallait pas rejeter le pardon offert, alors qu'on pouvait encore l'obtenir et qu'il fallait considérer l'état misérable dans lequel on allait se précipiter, et le peu de probabilité d'être secouru. Mais Jean Vander Does, commandant de la garde bourgeoise, s'écria qu'il ne voyait autre chose dans tous ces propos qu'un commencement de négociation pour rendre la ville à l'ennemi. Il rappela le serment qui avait été prêté, les ordonnances du prince d'Orange et ses lettres, par lesquelles il avait conjuré
' Correspondance de Philippe H, t. III, appciid., p. oàô.