‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 117 sur 131 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

les assiégés de ne point correspondre avec l'Espagnol. Vander Werf, aussi bon patriote mais plus prudent que Douza, déclara qu'il prenait la responsabilité de la réponse qui serait adressée au message du comte de La Roche. Connaissant l'esprit regrettable de la majorité du conseil, il avait surtout pour but de gagner du temps. Au reste, il exprima ensuite le désir d'avoir Jacques Vander Does comme aide ou second. Il déclara ouvertement qu'il était comme abandonné par ses collègues et ceux de la « loi )> ; qu'il était seul pour veiller à tout et que, sans lui, les communications avec l'ennemi se seraient établies depuis longtemps ^ Comme l'avait prévu Vander Werf, la négociation entamée avec le comte de La Roche n'aboutit point et ne servit qu'à faire gagner du temps.

L'intervention du gouverneur de la Hollande avait fort indisposé le mestre de camp Valdès. Celui-ci défendit même au trompette du comte de retourner vers Leyde pour chercher la réponse des habitants. Il défendit, en outre, à tous les forts occupés par les Espagnols de laisser passer des députés ou des lettres pour le gouverneur de la Hollande. La Roche, vivement blessé d'une pareille conduite, s'en plaignit à Requesens et annonça même le dessein de châtier l'arrogant Espagnol ^. Il soutenait d'ailleursque Valdès trompait le gouverneur général en alléguant que les assiégés n'avaient plus de vivres depuis deux mois ; qu'il savait de bonne part qu'ils avaient encore cinq cents bêtes à cornes. Il l'accusait en outre de vouloir attendre que la ville fût réduite à toute

' Fo»- Van Vloten, Leidens belegeriny en ontzet, pp. -135-1 38, où cet épisode est raconté d'après des documents originaux et authentiques. Confér., sur les dispositions de la majorité du magistrat , la Grande chronique de Hollande, t. II, p. 292.

^ II écrivait à Requesens, au sujet de Valdès : »... Un tel galand comme luy il n'est besoin que V. E. le chaslie, car je trouveray bien moyen de le '"hastier... » [Correspondance de Philippe II, t. 111, p. 564.)

extrémité, afin d'en faire son profit, lui et ceux qui lui ressemblaient *.

Requesens répondit qu'il prendrait des informations ultérieures sur la conduite que l'on imputait à Valdès, car si elle était telle que disait le comte de La Roche, il fallait que Dieu lui eût ôté Tentendement ^. Le mestre de camp persista néanmoins dans ses prétentions hautaines à l'égard du comte de La Roche. Les assiégés lui ayant demandé un passe-port pour traiter avec le gouverneur de la Hollande, il le refusa, disant qu'ils devaient traiter avec lui. Alors les délégués de la commune étaient rentrés dans Leyde sans plus faire mention de rien. Le comte de La Roche prophétisa que les espérances de Valdès pourraient être déçues : l'ennemi trouverait moyen, disait-il, de secourir la ville avant qu'elle fût réduite à l'extrémité, et, en tout cas, ce serait faire un tort immense au Roi que de la mettre à sac ^.

Sous l'empire de ces craintes, La Roche fit une nouvelle tentative. Le 17 septembre, il renvoya son trompette à Leyde pour avoir réponse aux lettres qu'il avait naguère adressées aux assiégés. Ce messager étant arrivé devant les murs le jour même et ayant sonné de la trompette, le capitaine de la ville et deux bourgmestres se montrèrent. Le trompette leur demanda la réponse aux lettres du gouverneur de la Hollande. Les représentants de Leyde dirent qu'ils n'avaient pas négligé de rendre réponse au comte de La Roche ; leurs lettres étaient prêtes et des députés désignés pour les porter : mais Valdès leur avait refusé les passe-ports nécessaires. Le mestre de camp leur avait

' Le comte de La Roche à Requesens, 5 et 12 sepiembre 1074. (Correspoudance de Philippe II, t. lil, pp. 557-559.)

^ Requesens au comte de La Roche, d Anvers, 14 septembre 1574. [Ibid., t. III, p. 560.)

' Le comte de La Roche à Requesens, d'Utrecht, 15 septembre 1574. {Ibid., t. III, p. 561 )

LiVKE vm (1574). 409

signifié que s'ils voulaient parlementer ou traiter, qu'ils traitassent avec lui, car il était le général, ou bien, s'ils voulaient se rendre près du comte de La Roche, qu'ils tinssent leurs lettres ouvertes parce qu'il les voulait voir. Les représentants de la commune, ne voulant point se soumettre à cette exigence, déclarèrent qu'ils n'avaient nulle autre réponse à donner *.

Les eaux s'étaient arrêtées contre la grande digue qui séparait le pays du Rhin de celui de Delft. Cette digue barrant la route vers Leyde, il fallait que les confédérés s'en rendissent maîtres.

Le colonel de La Garde, secondé par l'amiral Boisot, s'en empara effectivement, le 1 1 septembre, avant le jour, et les Espagnols arrivèrent trop tard pour les déloger. Le prince d'Orange, informé de ce succès, envoya à Boisot et La Garde un renfort de quatre enseignes de Wallons et le reste des compagnies françaises. Les confédérés se rendirent maîtres d'une autre digue qui était encore à un pied au-dessus de l'eau. Cette position importante fut gardée par quatre cents arquebusiers français et deux cents wallons -.

11 s'agissait maintenant de passer outre, et les difficultés augmentaient. Les confédérés savaient que les Espagnols occupaient en force le village de Zoetermeer, De leurs navires, ils voyaient les ennemis se fortifier sur le pont et s'embusquer dans les maisons qui le bordaient de chaque côté. Après une conférence que La Garde eut à Delft avec le prince d'Orange, il fut décidé que, pendant la nuit, la flotte s'approcherait du pont de Zoetermeer pour l'attaquer le lendemain, 17 septembre, de bonne heure. Mais les préparatifs furent plus longs qu'on ne

1 Nouvelles de Leyde, dans la Correspondance de Philippe II, t. III, append., p. 562.

* Discours du siéije de Leyde, etc. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 288.

l'avait supposé, à cause de la difficulté de faire entrer tant de navires dans des canaux qu'on ne distinguait plus au milieu de la grande nappe d'eau qui couvrait le pays. Il était huit heures du matin lorsque le canon des confédérés commença à tonner : toute la flotte s'avança. Elle était précédée d'une grande barque plate garnie de bastions et armée à la proue d'un demi-canon et de plusieurs pièces de campagne. Derrière venaient huit galiotes bien armées et plus de quatre cents chaloupes et petites barques. Les confédérés s'arrêtèrent à une portée de mousquet du pont de Zoetermeer, qu'ils canonnèrent jusqu'à midi. Ils avaient le dessein de se jeter à terre pour chasser les Espagnols du pont et des maisons contiguës; malheureusement les canaux, dont il avait été impossible de sonder la profondeur, n'allaient pas jusque-là, mais finissaient à la portée de l'arquebuse. Cependant deux cents Français débarquèrent sur une digue et, sous la protection de la flotte, s'y retranchèrent. Ces soldats restèrent même sur la digue lorsque la flotte, renonçant à l'entreprise, se retira avec une certaine précipitation. Valdès ordonna à ses gens de marcher contre les Français ; mais l'eau était si haute qu'il fallait, pour arriver à eux, franchir en nageant quelques passages. Les Français furent néanmoins chassés de leurs tranchées, et parmi les morts se trouvèrent deux capitaines ^

Cependant la situation des assiégés devenait désespérée. On ne savait plus dans Leyde ce que c'était que du pain. Une si grande et si poignante détresse provoquait des murmures violents au sein de la classe populaire, et ce mécontentement était secrètement favorisé par une notable fraction du magistrat, dont la faiblesse et les sentiments équivoques formaient le plus

' Grande chronique de Hollande, t. II, p. 288. — Valdès à Rcquesens, 18 septembre loTi. (Correspondance de Philippe II, t. III, p. 158.) — Keqiiesens au Roi, d'Anvers, 25 septembre 1574. [Ibid., t. III, p. 166.)

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