‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 119 sur 131 · LIVRE viii · texte numérisé non relu

LIVRE viii

quelquefois la nuit près de la muraille et criaient aux bourgeois qu'ils feraient bien de se rendre avant qu'ils y fussent contraints comme ceux de Harlem. S'ils différaient trop de demander la grâce du Roi, disaient les Espagnols, il serait trop tard, et ils s'exposeraient à être tous pendus et massacrés ; on ne pardonnerait même pas aux femmes et aux enfanis, mais on couperait la gorge à tous sans aucune distinction. Les courageux bourgeois répondaient qu'ils n'avaient que faire de leurs vaines exhortations et de leurs menaces ; qu'ils espéraient que le grand Dieu des armées leur enverrait secours en temps opportun. Les Espagnols avaient feint aussi de s'apitoyer sur leur sort, disant qu'ils mourraient de faim. Eux, «i d'un cœur vraiment martial et romain, " répondaient : « Quand bien même nous serions en «' extrême disette de vivres (ce qui n'est point), nous ne nous « rendrions pas ; non, aussi longtemps que nous aurons une main <i à manger et l'autre pour combattre, nous ne nous soumettrons «I point à votre tyrannie ^ »

La flotte de secours n'avait pu, comme on l'a vu, forcer le pont de Zoetermeer. Mais des gens du pays avertirent le conseiller Wasteel qu'il y avait un autre passage entre Zoetermeer et Benthuizen, par le Zegwaart. Prendre cette direction était une entreprise hardie et qui pouvait devenir désastreuse, si les

^ Voir la relation contemporaine imprimée en 1575, et intitulée : Discours du siège que les Espagnols ont tenu devant la ville de Leyden eu Hollande. « Ce discours, lit-on dans la préface, est l'œuvre d'un gentilhomme qui est pour le présent en Hollande et a esté lui-même témoin oculaire et partie des choses qui y sont déduites. » On a attribué cette précieuse et authentique relation (presque introuvable aujourd'hui) au colonel de La Garde. Peut-être ne faut-il pas contester cette assertion d'une manière absolue. Cependant on remarque, sur l'exemplaire de la bibliothèque royale de la Haye, une annotation de laquelle il résulterait que le Discours du siège de Leyde était l'œuvre de Guillaume de Maucle, seigneur de Mansart.

Espagnols, maîtres encore de toutes les positions, avaient mieux surveillé les mouvements de leurs ennemis. Mais elle réussit, grâce à leur sécurité et aux excellentes mesures combinées entre Wasteel, Eoisot et La Garde. A l'approche des « Orangeois, >» les troupes allemandes qui occupaient Benthuizen abandonnèrent ce village pour se retirer à Zoetermeer. Cette position importante ayant aussi été abandonnée, la flotte entra dans le lac de Noord-Aa. Mais là les confédérés durent jeter l'ancre et attendre la grâce de Dieu, car il leur était impossible de passer outre sans plus grande eau. La flotte n'était plus qu'à une demi-lieue de Leyde. Du haut des tours et des remparts, les assiégés auraient pu la reconnaître, si les arbres , plus hauts que les mâts des vaisseaux, n'avaient formé comme un rideau devant ceux-ci. Cependant l'artillerie de la flotte se faisant entendre dans Leyde, on résolut, pour avoir des nouvelles, d'envoyer du côté du lac un messager avec cinq ou six couples de pigeons. Ce messager arriva sain et sauf dans le camp des confédérés ^

Au moyen d'un des pigeons apportés de Leyde, Boisot adressa au commandant de la garde bourgeoise, Jean Vander Does, la lettre suivante, datée de sa galère au lac de Noord-Aa, le 26 septembre : « J'ai été très-aise de voir, par les lettres du magistrat « de Leyde, que vous et votre cousin avez encore souvenance « de celui qui vous est vraiment affectionné serviteur et ami et « qui, pour secourir tant de gens d'honneur, n'épargnera sa «t personne ni sa vie; donnez-en hardiment l'assurance à ceux u de la ville, et priez-les de ne point sortir avec leurs galères et <i bateaux de guerre jusqu'à ce que nous soyons hors de tous « dangers à vos portes et que nous puissions communiquer <i ensemble ^. »

' Grande chronique de Hollande, t. II, pp. 289-29.3, et RE^ON deFrance, MS, 2" partie, chap. XXXVI.

* Archives delà maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 08.

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