‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 120 sur 131 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Les gens peu expérimentés blâmaient l'amiral Boisot de ne point passer outre, comme si les bateaux, arrêtés dans le Noord- Aa, avaient pu être métamorphosés en oiseaux. Les chefs désirèrent que le prince d'Orange vînt visiter l'armée, afin d'examiner l'état des choses et d'imposer silence aux importuns. Guillaume arriva le 29 septembre avec quatre bateaux chargés de blé et armés chacun d'un demi-canon sur le devant. 11 passa l'armée en revue, exhortant soldats et capitaines à faire leur devoir pour mener à bonne fin une si louable et importante entre prise. Il tint aussi conseil avec les amiraux et les chefs des soldats, La Garde et Noyelles. Depuis que la flotte était dans le Noord-Aa, l'eau n'avait crû que de trois à quatre pouces en huit jours; même le vent du nord-est avait en deux fois vingt-quatre heures remis l'eau à la hauteur oii elle se trouvait le jour que les confédérés étaient arrivés dans le lac. Ils ne doutaient pas qu'avec le temps l'eau ne s'élevât suffisamment, mais ils avaient aussi la crainte que les assiégés ne fussent contraints de se rendre, sans pouvoir attendre l'issue d'une entreprise si incertaine.

Le prince d'Orange était retourné à Delft, encore très-inquiet sur le résultat de l'expédition tentée pour la délivrance de Leyde. Après diverses autres tentatives, il avait été enfin résolu de chercher un passage entre Zoeterwoude, le château de Swieten et Leyderdorp. Les Espagnols y attendaient les confédérés ; il fallait même passer à la portée du mousquet, entre leurs arquebusiers et leur artillerie ^ Le temps pressait. On venait de faire dans Leyde une dernière distribution de viande de cheval. Les confédérés avaient résolu de creuser un nouveau canal pour se frayer un chemin entre le château de Swieten et Zoeterwoude, lorsque le vent du sud-ouest chassa avec force les eaux vers Leyde et, en deux fois vingt-quatre heures, les fit croître de plus

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d'un demi-pied. Les chefs de l'armée prirent alors d'autres dispositions. Le 1" octobre, vers onze heures de la nuit, la flotte se mit en mouvement : l'amiral Boisot avec la moitié des bateaux de guerre, à gauche, vers Zoeterwoude; le vice-amiral, avec l'autre moitié, à droite, vers le château de Swieten; entre les deux, le colonel de La Garde avec les petits bateaux chargés de soldats ; à l'arrière-garde s'avançaient les bateaux portant les vivres et les munitions. Les Espagnols n'attendirent point la flotte zélandaise ; ils abandonnèrent leurs navires. La Garde descendit le premier sur la digue qu'il s'agissait de couper, et les pionniers, l'ayant suivi, se mirent immédiatement à l'œuvre ; une heure avant le jour, la digue était percée en deux ou trois endroits. Alors l'amiral Boisot, qui était également descendu pour encourager les pionniers et les soldats, se rembarqua et passa d'un côté; de l'autre s'avança le vice-amiral; les bateaux portant les vivres et les munitions se trouvaient au milieu. Mais à peine la flotte s'était-elle mise en mouvement que l'eau devint insuffisante : les plus grands bateaux touchaient presque le fond. Les marins zélandais ne se découragèrent pas : ils entrèrent dans l'eau et firent flotter les bateaux comme s'ils avaient voulu les porter sur leurs épaules. L'escadre fut ainsi conduite dans un beau et grand canal appelé le Meerburger. Boisot fit rompre le pont du Meerburger, et les bateaux avancèrent vers Zoeterwoude. Les confédérés canonnèrent ce poste important et allèrent même mettre le feu à quelques maisons du village.

L'eau s'éleva encore pendant la nuit de telle sorte, que le lendemain, 2 octobre, les confédérés arrivèrent avec leur flotte jusqu'à la digue de Zoeterwoude. Là était Valdès, Mais la flotte zélandaise passa au travers du camp espagnol avec une telle furie d'artillerie et d'arquebuserie, disent les relations contemporaines, que les royalistes furent forcés de s'enfuir pour ne pas être novés. Cette première retraite vers Voorschoten ne s'efTeclua

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