‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 12 sur 131 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

Guillaume le Taciturne passe le Rhin et pénètre dans la Gueidre. — Progrès de la révolution en Hollande. — Soulèvements en Gueidre, dans rOver-Yssel, en Frise, etc. — Les mandataires de ia Hollande insurgée se réunissent à Dordrecht; ils reconnaissent l'autorité du prince d'Orange.

— Les troupes espagnoles évacuent la Hollande pour se porter devant Mons. — Zierikzee au pouvoir des gueux de mer. — Vains efforts du duc d'Albe pour établir les impôts connus sous le nom du dixième et du vingtième denier. — Les états des provinces envoient des députés en Espagne. — Philippe II. — Abolition du dixième et du vingtième denier.

— Le duc d'Albe et le duc de Médina se rendent devant Mons. — Le prince d'Orange se dirige vers le Brabant. — Coligny projette de rejoindre le prince d'Orange pour cerner l'armée espagnole. — Massacre de la Saint-Barthélémy. — Le prince d'Orange dans le Brabant. — Prise de Malines par Bernard de Mérode. — Audenarde et Termonde sont également occupées par les gueux. — Siège de Mons. — Le prince d'Orange marche au secours de son frère. — Le duc d'Albe évite une bataille et fait surprendre le camp de son ennemi. — Retraite du prince d'Orange.

— Capitulation de Mons. ~ Les Espagnols saccagent Malines.

Guillaume le Taciturne avait pris lïrrévocable résolution de seconder les courageux desseins de son frère. Mais, faute d'argent, il avait eu une peine e.xlrcnie à rassembler les troupes

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avec lesquelles il voulait iiénétrer clans les Pays-Bas. Du chûteau (le Dillcnbourg partaient sans cesse des messagers pour solliciter l'aide des princes allemands et encourager ou stimuler les villes de Hollande. Guillaume exhortait Middelbourg à suivre l'exemple de Flessingue, Enkhuizen à se prémunir contre l'astuce des Espagnols, Harderwyk et d'autres villes à reconquérir leurs anciennes libertés, Gouda à s'imposer une contribution patriotique, pour parvenir au but désiré ^ Quoique Guillaume et ses frères eussent fait des sacrifices considérables, en vendant ou engageant à d'autres princes allemands la plupart de leurs domaines patrimoniaux, l'argent manquait toujours. Le 8 juin, le prince dOrange, encore à Dillenbourg, s'adressa, de la manière la plus pressante, aux villes de la Hollande. H se plaignait de la parcimonie des habitants, qui ne voulaient rien accorder avant de le voir en campagne. H les exhortait à montrer plus de confiance et de libéralité. Le même appel fut adressé aux églises réfugiées en Angleterre ^.

Le 24 juin, Guillaume se trouvait à Francfort, et dans le mémo besoin d'argent. Cette détresse avait déjà occasionné de nombreuses désertions parmi les troupes qu'il avait retenues, et il craignait même une mutinerie qui pouvait avoir pour lui les f»lus dangereuses conséquences. C'était l'empereur qui, par ses démarches et ses lettres, paralysait, disait-il, les dispositions favorables des princes allemands. 11 annonçait toutefois à Louis de Nassau que dans trois jours il se mettrait en campagne. Le 27, il partit effectivement de Dillenbourg avec mille cavaliers. H venait de recevoir de Mons des promesses rassurantes et des renseignements favorables sur la situation de son frère et les

^ Correspondance de Guillaume le Tacilitrnc, t. III, pp. 40 60. * Archives de In maison d'Orange-Nnssau, t. III, p. 'i3i. —Van ]\li;ri:nE\, f..l. 79 vo.

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bonnes dispositions d'une grande partie du peuple à son égard ^ Il était encore stimulé par l'attitude des ennemis, qui semblaient ne faire aucun préparatif pour s'opposer à son passage, et dont les auxiliaires, également recrutés en Allemagne, n'arrivaient point. Deux mois environ après le départ du prince d'Orange de Dillenbourg, le duc d'Albe mandait au Roi que, au lieu de quatorze mille cavaliers qu'il avait engagés, il n'avait pu encore en réunir cinq cents devant Mons. Les électeurs catholiques, de même que les mercenaires retenus pour Philippe II, étaient intimidés par les ardentes sympathies que le prince d'Orange rencontrait en Allemagne. Les partisans de Guillaume de Nassau commençaient, d'ailleurs, à brûler les maisons de ceux qui venaient servir le Roi Catholique ^

Au moment de passer le Rhin, le 8 juillet, le prince d'Orange écrivit à Louis de Nassau une lettre, dans laquelle il lui indiquait ses forces et ses projets. Il disposait de treize mille cinq cents piétons, sans les volontaires, les comtes, les barons et autres gens de bonne volonté. Le comte Henri de Nassau était un des colonels de l'infanterie. Le nombre des cavaliers s'élevait à plus de trois mille, en y comprenant les gentilshommes émigrés des Pays-Bas, dont on espérait former une cornette de trois cents chevaux. En outre, le comte Josse de Schauenbourg, après avoir déjà prêté serment à l'archevêque de Cologne, s'était tourné du côté du prince et voulait le servir. Mais le manque d'argent rendait toutes ces forces vacillantes et précaires. Cependant, le Taciturne espérait que le Dieu des armées serait avec lui |)Our défendre sa juste querelle ^.

' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. xv. — Le prince d'Orange à Louis de Nassau, 24 juin, et à Jean de Nassau, 7 juillet 1572, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, pp. 4i9 et suiv.

^ Correspondance de Philippe II, t. Il, pp. 271-272.

' Le prince d'Orange à Louis de Nassau, le 8 juillet, el à Jean de Nassau,

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soui.i;vi:mi:.\t iti;s pay.s-iîas.

Il passa le Rhin près de Duisburg (paysdeCIèves), et pénétra dans le haut quartier de Gtieidre avec une partie de ses troupes qui, en attendant leur solde, ne se faisaient faute de piller les campagnes. L'autre partie avait été laissée à la disposition du comte Guillaume de Berghes, beau-frère des Nassau, et du comte Josse de Schauenbourg, pour soulever les bords du Wahal et de l'Yssel, et donner la main aux Frisons.

Le prince d'Orange, après s'être arrêté quelques jours à Aldekerk, dressa son camp à Ilellenrade, avec le dessein de s'emparer de Ruremonde. Dès le 17, il fit sommer la ville, où se trouvait une garnison de cent cinquante Wallons. Cette sommation ayant été réitérée le 22 sans succès, Ruremonde fut attaquée et prise d'assaut le lendemain, après six heures de combat. Bien que les bourgeois se fussent joints aux soldats wallons pour défendre les murailles, les troupes du prince les ménagèrent; mais elles furent sans merci pour les prêtres et les religieux, qui étaient en grand nombre dans Ruremonde *,

Guillaume, maître de cette ville, attendit, pour poursuivre son expédition, les auxiliaires, que devait lui amener d'Allemagne le

le 7 juillet ■15'/2. {Airhives de la utuison d'Oranye-Nassau, t. III, pp. 460- 467.) — Le duc Jean-Casimir, fils de l'Élecleur palatin, écrivait au colonel Schonberg (de Lauler, 22 juillet 'lo72) : « ... Dieu et quelques gens de « bien ont mis le prince d'Orange sur pied et a pour aujourd'huy ensemble « en son camp sept mille chevaux et quinze mille hommes de pied, et se « renforcera son armée de jour en jour davantage. Il a argent pour un « mois et demi... » [Ibid., l. IV, 2» partie, p. 3.)— Les (jens de bien, auxquels Jean-Casimir faisait allusion, étaient, d'après un autre document contemporain, le duc Auguste de Saxe, le duc Jules de Brunswick, le landgrave de Hesse et Jean-Casimir lui-même.

' Le duc d'Albe au Roi, Bruxelles, 28 juillet 1372, dans la Correspondance de Philippe H, t. H, p. 270. — Le prince d'Orange à Jean de Nassau, du camp de Ilellenrade, 23 juillet, dans les A rchives de la maison d'Oranye- Nassau, t. III, p. 482.

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colonel Mandelsloo, et l'argent qui lui était promis par les villes insurgées de la Hollande. N'eût été le bon butin qu'elles avaient fait à Ruremonde, les troupes du prince se fussent dès lors débandées. Mais le manque absolu d'argent aurait seul pu empêcher Guillaume d'exécuter ses desseins patriotiques. Il déplorait de se trouver dans une position si difficile par la faute des princes allemands, chez lesquels il n'avait pas trouvé tout l'appui qu'il en espérait; il plaçait néanmoins sa confiance en Dieu, qui, disait-il, ne rabandonncrail point K

Le chef de l'Empire montrait des dispositions peu favorables pour le héros qui s'annonçait comme le libérateur des Pays-Bas. Jonas de Offenbourg, gentilhomme de Maximilien II, arriva au camp du prince d'Orange, et remit à celui-ci une lettre par laquelle l'empereur cherchait à le détourner de son entreprise, menaçant même de procéder contre lui, s'il n'obtempérait point à cette sommation. Guillaume, refusant de se soumettre, reçut un mandement impérial, par lequel les ritmaitres qui le suivaient et lui-même, s'il ne désarmait pas, étaient mis au ban de l'Empire -.

Le Taciturne se fût déshonoré en abandonnant les populations qui avaient placé en lui toute leur confiance. Déjà, le 19 juin, Oudewater avait embrassé son parti et ouvert ses portes à Adrien de Swieten ; deux jours après, ce capitaine se rendit maître aussi de Gouda. Par les intelligences qu'il entretenait à Leyde, notamment avec Paul Buys, pensionnaire de celte ville, il y fit également reconnaître l'autorité de Guillaume de Nassau. Vers le même temps, Barlel finies, principal lieutenant de La Marck, s'étant présenté devant Dordrecht, avec trente vaisseaux et deux

^ Le prince d'Orange à Jean de Nassau, 25 juillet 1372. [Archives de la maison cVOrarige-Nassau, t. III, p 483.)

'^ Archives de la maison d'Orange-Nassaii, f. 111, pp. 473 et suiv. — Correspondance de Giiillauiiir le Tncilurnc, t. 111, pp. xvi ft xvii.

galères, les habitants le reçurent le 24 juin, retinrent prisonnier Quaderebbe, représentant du duc d'Albe, et reconnurent ensuite pour gouverneur Maximilien de Hornes, S' de Boxtel, qui tenait ses pouvoirs du prince d'Orange. Deux autres commissaires de Guillaume convoquèrent, le 4 juillet, le conseil communal de Harlem, et cette ville importante, qui venait de refuser la garnison offerte par le comte de Boussu, suivit l'exemple de Leyde. Si ces cités s'obligeaient à demeurer encore fidèles k Philippe II, <i comte de Hollande, » elles rejetaient le duc d'Albe comme ennemi déclaré, et promettaient d'obéir au prince d'Orange, qu'elles considéraient comme le vrai stathouder ; la liberté du culte était, d'ailleurs, assurée aussi bien aux catholiques qu'aux réformés *.

Cet engagement fut très-mal observé à l'égard des premiers. Le soulèvement se faisait au nom des réformés, et les catholiques, malgré les instances du prince d'Orange, étaient à leur tour traités en vaincus.

Le 26 juin, Martinus Brandt, parti de Dordrecht avec seize vaisseaux, parut devant Gorcum et somma cette place au nom de Guillaume de Nassau. Les calvinistes s'empressèrent de lui en ouvrir les portes. Réunis sur le marché, ils jurèrent de rester fidèles au Roi et au prince d'Oiange, son stathouder, et de combattre le duc d'Albe et tous ses adhérents, comme ennemis publics. Ce serment fut prêté au cri de : Vivent les gueux ! Les bourgeois catholiques, avec les moines et les ecclésiastiques , s'étaient réfugiés au château dont les canons tiraient sur la ville. Mais les réformés, s'étant emparés d'une des portes et menaçant l'autre, le châtelain se rendit. Les ecclésiatiques, parmi lesquels des religieux de Tordre de Saint - François , furent

' tioR, C<^ liv., fol. 270. — Conespoiidiuico du comte do Boussu uvec le diiCirAllic, [luMii'c p.ii' M. \'an Vioii;n, iKissiui.

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conduits, le 5 juillet au soir, à la Briele, par Jean Oinal, commissaire du comte de La Marck. Bientôt vingt et un de ces infortunés furent attachés au gibet, après qu'ils eurent subi des tortures elTroyables et d'indignes outrages '. Les catholiciuos consternés honorèrent comme des martyrs les religieux de Gorcum.

Ces exécutions barbares autorisées par La Marck étaient en contradiction flagrante avec les vues politiques et les sentiments généreux du prince d'Orange. Dans son instruction, donnée à Dillenbourg le 20 juin, il avait particulièrement recommandé à son lieutenant d'user de tolérance envers les catholiques, de les prendre sous sa protection comme les autres chrétiens et de s'efforcer, par sa modération, de gagner les cœurs des uns et des autres ^. Le terrible chef des gueux de mer foula aux pieds cette noble charte de l'insurrection.

La révolte s'étendait pourtant et avait gagné les provinces baignées par le Wahal et l'Yssel. Le comte de Berghes avait rassemblé à Wesel quinze cents cavaliers environ et vingt compagnies d'infanterie. Il se proposait, d'accord avec le prince d'Orange, et à l'aide des intelligences qu'il s'était ménagées dans toute la contrée, de s'emparer des trois importantes places de Nimègue, d'Arnhem et de Zutphen "'. Un délateur fit échouer le complot ayant pour but de livrer Nimègue au comte Josse de Schauenbourg. Les dispositions prises par Gilles de Berlaymont, seigneur de Ilierges, qui avait succédé au comte de Meghem dans le gouvernement de la Gueldre, empêchèrent la surprise d'Arnhem et de Deventer. Mais le beau-frère du prince d'Orange s'était emparé de Doetinchem et de Duisburg. Zutphen, cajjitale du comté de ce nom, se rendit aussi sans opposer la moindre résis-

' Boiî, 6= liv., fol. 277. — 11aka;us, l. lll, pp. 128- 120. ^ Archives de la maison ciOrange-Nassau, t. III, p. 4i5. " Va.n Vloten, Ncdciiaiiilfi npstand: etc., p. oQ.

fance. En Gueldie, Harderwyk, Elburg et. Hatten; dans l'Over- Yssel, Oldenzaal, près de Dcvonter, Zwolle et Kampen, reconnurent également l'autorité de Guillaume de Nassau *. Les Espagnols furent surtout irrités de la défection de Zutphen. Albornoz, secrétaire du duc d'Albe, écrivait àÇayas, le 14 juin, que la conduite des habitants de Zutphen le remplissait d'indignation; qu'elle n'était pas moins coupable que celle des bourgeois de Mons. « Pour justifier ces trahisons, on se rejette, .'. disait-il, sur le dixième denier et les désordres des Espagnols ; <i mais, en Gueldre, le dixième denier n'était pas perçu, et ils «1 n'avaient pas d'Espagnols à loger. Dans le Hainaut non plus •i il ne se trouvait pas d'Espagnols, cette province, ainsi que •1 l'Artois, ayant été particulièrement ménagée par le duc, en « récompense de sa fidélité au service de Dieu et du Roi ^. i»

Pendant que le comte de Berghes envahissait la Gueldre, des gentilshommes de la Frise, naguère proscrits et émigrés, entreprenaient de soulever leur pays. Appuyés par les adversaires du duc d'Albe, ils affranchirent les villes de Sneek, de Bolswaard et de Franeker ^,

Mais le véritable foyer de la révolte était en Hollande.

Le comte de Boussu, en qualité de gouverneur de cette province, avait convoqué les états à la Haye pour le 15 juillet 1572^, à l'effet de délibérer sur les moyens de remplacer le dixième et le vingtième denier. Sans avoir égard aux lettres du représentant de Philippe II, les villes déjà émancipées résolurent, d'après les suggestions du Taciturne, de tenir une autre assemblée à Dordrecht. Paul Buys, pensionnaire de Leyde, n'hésita point à écrire les lettres de convocation, au nom du prince d'Orange,

' Grande chronique de Hollande, l II, p. 231.

* Correspondance de Philippe II, t. II, p. 262. — Voir aussi les lettre-s du duc dWlbc au Roi, du 13 et du 24 juin. IbiJ., t. H, pp. 261 et 2G3. ^ Grande chronique île Hollande, t. II. p. 23| .

et les villes affranchies du joug espagnol répondirent à son appel. En conséquence, le 15 juillet, se réunirent à Dordrecht Jacques, seigneur de Wyngaerden, comme représentant la noblesse de Hollande, Aert de Duidenvoorde, délégué du comte de La Marck, et des députés de Dordrecht, de Harlem, de Leyde, de Gouda, de Gornichem, d'Oudewater, d'Alkmaar, de Hoorn , d'Enkhuizen , de Medemblik , dEdam et de Monnikendam ^ En appelant les petites villes, exclues depuis longtemps des états, Guillaume de Nassau voulait augmenter le nombre des voix dont il disposait et se concilier l'amitié des communautés dont il rétablissait les droits.

L'assemblée, convoquée par le comte de Boussu, se tint le même jour à Gouda. Là se réunirent, sous sa présidence, les députés des villes encore sous le joug espagnol. Ils votèrent des fonds pour résister aux «i rebelles » et un don gratuit de 10,000 florins pour le gouverneur.

Les résolutions prises dans l'assemblée de Dordrecht eurent une toute autre importance. Le prince d'Orange y avait envoyé comme son représentant Philippe de Marnix. Ce gentilhomme, doué d'une intelligence supérieure et d'une éloquence pénétrante, comparut le 19 et fit connaître les vues et les espérances de Guillaume de Nassau. Il dit que le prince était convaincu, par des faits, de la loyauté et du bon vouloir des villes de la Hollande à son égard; car elles s'étaient déclarées hardiment et ouvertement contre le duc d'Albe et ses adhérents ; elles avaient prouvé qu'elles voulaient conserver le prince pour leur gouverneur légitime, et qu'avec lui elles n'épargneraient ni leurs biens ni leur sang pour affranchir leur patrie de la cruelle et détestable tyrannie des soldats espagnols, ces implacables

' Eerste vergadering der slaien van Ilolland, 19 juin 1372, par Dakhly- ZEN VAX DEN Brink, daiis Ics Archives du royaume des Patjs-Bas (la Haye, |.S.'55], t. It, pp. .3-2 à 40.

ennemis des Pays-Bas. Il exhortait les députés des villes émancipées à persévérer dans ces sentiments et à se confier en toute sincérité à celui qui avait toujours porté un loyal attachement à la Hollande et aux autres provinces de son gouvernement. « Le •1 prince, continua Marnix, ne verrait pas de plus beau jour au «1 monde que celui où ces Pays-Bas pourraient recouvrer leur <i ancienne splendeur et cette vieille liberté que nos ancêtres, ic par leurs actions si dignes d'éloges, y ont implantée et ont su <c y conserver. » Il rappelle alors les labeurs et les efforts du prince d'Orange pour atteindre ce but sacré. En 1568, il avait levé à grands frais une belle troupe de cavaliers et de fantassins, et il était entré avec eux dans le pays; mais comme le même sentiment ne prédominait pas dans les villes , l'entreprise n'eut pas grand succès. Après s'être dépouillé volontairement de ses dernières ressources , le prince ne s'était pas découragé, et son ferme attachement aux habitants de ces l)rovinces ne s'était pas affaibli. Il avait plu au Dieu tout puissant d'ouvrir les yeux aux habitants et de leur donner du cœur; plusieurs de leurs villes s'étaient déclarées ouvertement en faveur du prince et contre le tyran. Elles avaient assuré et promis formellement qu'aussitôt que le prince entrerait en campagne, l'argent ne lui manquerait point. Confiant dans cette promesse, il avait de nouveau fait appel à tous ses amis et alliés, et il était enfin parvenu à rassembler un nombre considérable de cavaliers et de fantassins d'élite, avec lesquels. Dieu aidant, il était tout prêt à réaliser complètement l'œuvre commencée de l'affranchissement du pays. Il s'agissait maintenant d'équiper ces cavaliers et ces fantassins, de les engager sous serment et de leur payer la solde qui leur revenait. Le prince conii)l<'iit que les députés réunis à Dordrccht s'engageraient à garantir ce payement et qu'ils ne voudraient [joiiit attirer sur lui une honte éternelle et f^ntraîner à jamais la patrie toute entière

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dans la ruine, la misère et la désolation. Si le prince obtenait de leur patriotisme les moyens de se jeter dans le pays, avant que l'ennemi se fortifiât davantage, la délivrance générale était prochaine. Marnix indiquait ensuite les arrangements que le prince d'Orange avait pris avec ses troupes : il s'était engagé à leur remettre dans les mains, avant leur départ, à l'endroit où elles seraient passées en revue, la solde entière de trois mois, ou bien la solde d'un mois avec quelques garanties et assurances de la part de souverains chrétiens étrangers ou de quelques villes des Pays-Bas. Le premier moyen était chose impossible dans les circonstances présentes. Le second n'était ni utile ni praticable. « Supposons, disait le mandataire de Guillaume, que «I nous nous adressions à des souverains étrangers tels que le <i roi de France ou la reine d'Angleterre ; le pays courait alors « le grand danger, le danger public de tomber au pouvoir de «I maîtres étrangers. Car ils ne voudraient pas compter l'argent, «i à moins de s'assurer de quelques villes qu'ils ne lâcheraient « plus. De cette façon ils auraient un pied dans le pays et cher- II cheraient à s'y établir. De nombreux exemples sont là pour « nous le prouver. » Les villes devaient donc s'engager, envers les capitaines du prince, au payement des trois premiers mois et s'appliquer de tout leur pouvoir à réunir promptement une somme de cent mille couronnes pour la solde du premier mois. <c Voilà, disait Marnix, en terminant, ce que le prince vous sup- « plie très-instamment de faire, et il espère bien qu'en consi- « dération de sa fidélité et de son dévouement sincère à vos « intérêts, en considération même de votre propre salut et de •1 votre propre bien-être, vous ne voudrez en aucune manière lui <t enlever ou lui refuser cette satisfaction K » Le lendemain, 20 juillet, l'assemblée de Dordrecht prit une

^ Co discours a élc public par Bon, l'f paille, '> liv , foi. 281 ctsuiv,, of

résolution décisive. Elle déclara qu'elle reconnaissait le prince d'Orange pour gouverneur et lieutenant-général du Roi en Hollande, en Zélande, en West-Frise et à Utrecht, selon la teneur de la commission que Philippe II lui avait octroyée en 1559. Cette espèce de déférence pour l'autorité du Roi était feinte, puisque, en reconnaissant Guillaume le banni pour le véritable slalhouder, les représentants des villes hollandaises ne tenaient aucun compte de la nomination du comte de Boussu, à qui Philippe II avait confié le gouvernement de la Hollande. Les députés promirent unanimement d'être fidèles au prince d'Orange et de ne point l'abandonner, mais de le seconder par tous les moyens en leur pouvoir, et de n'entrer en aucun accord avec le Roi sans le consentement de leur slalhouder. Pour donner plus de solennité à cet engagement, ils touchèrent la main de Marnix. Celuici s'obligea aussi par serment, de la part du prince d'Orange, à ne faire aucun accord avec le Roi, sans l'avis et le consentement des états, et sans comprendre dans le traité ces derniers et les pays qu'ils représentaient.

Les mandataires des villes hollandaises adoptèrent la proposition faite par Marnix, de fournir immédiatement au prince la somme de cent mille couronnes, pour payer le premier mois de la solde de son armée, et de lui garantir, en outre, le payement de cinq cent mille karolus *. Il fut résolu d'employer ou d'engager à cet effet non-seulement le produit des impôts qui se trouvaient chez les collecteurs, mais aussi les revenus des églises, des cloîtres, des confréries, etc. En outre, on devait vendre les orne-

Iraduit danslesi Éciils poliliqucs cl historiques de Pli. de .M.vr.vix ([{luxelles, 4859), pp. 343 et suiv.

' Le 23 juillet, le prince d'Orange mandait à Jean de Nassau que les députés réunis à Dordrecht « se sont résolus de lui donner asseurance pour l'enlrelien de ses gens de guerre pour trois mois. » {.ircliives de la viaison 'l'Omti<jc-NassaAi,[. III, p. 583.)

i.ivr.r. II {\liT-2). (Il

ments des églises et des monastères, et fondre leur argenterie ^ Marnix fit encore une motion, qui indiquait nettement dans quel esprit Guillaume le Taciturne se proposait de diriger le soulèvement contre les Espagnols. Il déclara que le prince voulait rhaintenir la liberté de religion, aussi bien de la religion réformée que de la religion romaine; qu'il désirait que chacun pût exercer librement son culte, en particulier ou en public, dans les églises et les chapelles, ainsi qu'il paraîtrait le plus convenable à l'autorité, sans que, sous ce rapport, il fût opposé à personne aucun empêchement ni aucune entrave ou difficulté. Les membresdu clergé resteraient également libreset ne seraient point inquiétés, à moins qu'ils ne se montrassent ennemis du pays ou adversaires de la liberté d'autrui, ou qu'ils ne s'opposassent aux dispositions que le prince pourrait décréter ultérieurement, de l'avis des états généraux.

Le 22 juillet, La Marck fut introduit dans l'assemblée. On donna lecture de la commission par laquelle le prince d'Orange le chargeait provisoirement du gouvernement de la Hollande ainsi que des instructions d'après lesquelles il devait se diriger. Le prince recommandait à son lieutenant de prendre sous sa protection aussi bien les catholiques, sans excepter les gens d'église, que les réformés. Il lui recommandait de la manière la plus instante d'employer la douceur et les bons procédés pour gagner tous les cœurs. La Marck requit ensuite les députés de le reconnaître en qualité de lieutenant du sfathouder, et déclara, en présence de Marnix, que sa volonté était de se conformer aux instructions du prince d'Orange. Le 23, il fut en conséquence reconnu comme lieutenant du prince en Hollande.

■■ Bon, 6« liv., fol. 282. — Renon de France (Histoire des causes de la désunion, etc., MS. 2« partie, chap. XVllI) dit que le subside volé par les états devait être pris u par impositions sur les riches elles ecclésiastiques. »

Indépendamment de ces résolutions principales, les députés réunis à Dordreciit instituèrent une amirauté et tout ce qui devait en dépendre. Le prince d'Orange fut autorisé à faire renouveler toutes les commissions sur mer et à nommer un amiral, qui choisirait, après une enquête et selon l'avis des' villes maritimes, d'autres capitaines pour servir sous lui. On résolut également de visiter et d'examiner les chartes de Hollande, qui étaient déposées au château de Gouda , et d'en dresser des inventaires. Cette mission fut confiée au sieur de Noordwyk auquel devaient s'adjoindre des députés de chaque ville. Il fut encore décidé que les états de Hollande entretiendraient dorénavant, par des délégués, des rapports réguliers avec le prince d'Orange '.

Pendant les délibérations de Dordrecht, le duc d'Albe, décidé à reprendre Mons et à empêcher la jonction de Guillaume de Nassau avec son frère, avait rappelé de la Hollande toutes les garnisons espagnoles. Le 21 juillet, le tercio de Lombardie, commandé par don Fernando de Tolède, abandonna Rotterdam, Schiedam et Delfshaven, Rotterdam se déclara immédiatement pour le prince d'Orange. Mais à Delft il y eut d'assez vifs débats entre les catholiques et les réformés. Vander Werf, qui devait s'illustrer bientôt par son héroïsme, étant intervenu au nom du prince d'Orange et n'ayant rallié à sa cause qu'une partie de la bourgeoisie, les membres de l'assemblée révolutionnaire de Dordrecht s'irritèrent contre Delft et résolurent même de bloquer la ville. Mais, par sa promiititude, La Marck coupa court à toutes les hésitations des catholiques. Le 26, il entra à Delft et y fit reconnaître son autorité.

Le départ des garnisons espagnoles consacra le triomphe des partisans d'Orange et de la réforme. Les adhérents de Philippe II,

' Va> AlrcTf.HKN, fol. 79.

Livac II (157:2). ()5

c'est-à-dire ceux qui tenaient quelque emploi mais surtout les gens d'église, n'osèrent point se séparer des troupes qui les avaient protégés jusqu'alors. Don Fernando de Tolède fut suivi de quatre mille émigrants, moines, religieux, gentilshommes ou bourgeois, dames et demoiselles, qui abandonnèrent leurs familles pour vivre catholiquement. Ils suivaient les troupes espagnoles avec sept cents chariots. Les insurgés voulurent s'opposer à leur passage, mais ils furent mis en déroute avec perte de quatre drapeaux ^

Bientôt la Hollande affranchie devint le théâtre d'une réaction violente contre les catholiques. Les églises et les monastères furent saccagés ; les prêtres et surtout les religieux proscrits. En vain le prince d'Orange, lorsqu'il fut informé de ces déplorables excès, s'efForça-t-il de les empêcher. En vain signa-t-il, dans son camp de Ruremonde, une ordonnance pour les flétrir et pour faire pratiquer la tolérance. Ses exhortations étaient méconnues par des chefs fanatiques et par une multitude qu'exaspérait le ressentiment des maux qu'elle avait endurés au nom du catholicisme.

Le 25 juillet, les députés des villes de Dordrecht, de Harlem, de Leyde, de Gouda, de Gorinchem, d'Alkmaar, d'Oudewater et de Hoorn s'étaient réunis à l'hôtel de ville de Rotterdam et avaient communiqué aux régents les résolutions adoptées à Dordrecht. Elles furent approuvées, et les régents de Rotterdam promirent aussi de s'y conformer. Le 27, ces mêmes députés se réunirent à l'hôtel de ville de Delft. Les résolutions de Dordrecht y furent également lues et approuvées. Le 28, les états tinrent une nouvelle réunion à Delft pour s'y occuper de la réorganisation de la cour de Hollande. La plupart des membres de

■■ Commenlaires de Bernardino de MtNDoçA, liv. VII«. — Correspondance de Philippe H,[. II, p. 272.

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ce collège, tenant le parti de l'Espagne, avaient quitté la Haye avec la garnison et s'étaient rendus d'abord à Rotterdam , puis ils s'étaient transportés à Utrecht, sous l'escorte du régiment de Lombardie, et y étaient arrivés le 29 avec tous les papiers et chartes de la cour. Mais Amsterdam seul reconnaissait encore leur autorité. Cette ville, la plus importante de la Hollande, excitait la colère de tous les adversaires du despotisme espagnol. Il avait même été résolu à Dordrecht que le prince d'Orange enverrait une ambassade en Danemark pour obtenir le transport du commerce de la mer Baltique d'Amsterdam à Enkhuizen et à Hoorn, et que l'on s'efforcerait de réduire la cité qui, par son opiniâtreté, empêchait la libération complète de la Hollande. En effet, le 29 juillet, la Hollande était libre à l'exception d'Amsterdam et des petites villes de Schoonhoven , de Woerden , de Naarden et de Weesp. Encore le duc d'Albe avait-il peu de confiance dans Amsterdam, parce que les habitants refusaient de recevoir une garnison.

De leur côté, les redoutables corsaires de Flessingue n'étaient point restés inactifs pendant ce mois de juillet marqué par des événements si importants. Ils avaient essayé à deux reprises de s'emparer de la ville de Goes, capitale de l'ile de Sud-Beveland. Mais ces attaques avaient été repoussées par le capitaine Isidro Pacheco, neveu du malheureux officier qui avait été naguère pendu à Flessingue. Vers la fin du mois de juillet, Humfrey Gilbert et Tseraerts débarquèrent sur la côte de Flandre avec quatorze cents Anglais, quatre cents Wallons et Flamands et six cents Français récemment arrivés de la Rochelle. Après s'être établis au village d'Ardenbourg, ils allèrent sommer lÉcluse et envoyèrent même leurs trompettes jusque sous les remparts de Bruges pour défier le comte du Rœulx, gouverneur de la province. Cette audace ne fut pas couronnée de succès. Le gouverneur de l'Écluse se défendit bravement, et, quoique la bourgeoisie de

Bruges inclinât pour les adversaires du duc d'Albe, elle était contenue par les troupes dont disposait le comte du Rœulx ^

Au commencement du mois d'août, les marins de Flessingue firent une expédition plus heureuse. Quarante-neuf navires 7élandais, qui se trouvaient sous Ter Goes, se dirigèrent vers Zierikzee, chef-lieu de l'Ile de Schouwen. Quatre cents soldats wallons du régiment de Beauvoir étaient chargés de la défense de cette place importante. Mais les marins zélandais, commandés par le bailli de Campveere, parvinrent à nouei' des intelligences avec les habitants ; la garnison fut expulsée et Zierikzee reconnut i'autorité du prince d'Orange ^.

Après son débarquement forcé à l'Écluse, le duc de Medina- Celi s'était acheminé vers Bruges, puis vers Bruxelles, où il était arrivé le 1 9 juin. Le duc d'Albe lui avait fait rendre les plus grands honneurs ; les populations se [jortaient d'ailleurs avec empressement au-devant du noble .seigneur, qu'elles considéraient comme un messager de paix. Elles l'accueillirent même avec une allégresse merveilleuse, persuadées qu'il allait enlever le gouvernement au duc d'Albe, faire succéder à la tyrannie un régime légal et obliger, par sa douceur, les insurgés des divei-ses provinces à déposer les armes '\

Le duc d'Albe dissimula le dépit que lui causait l'accueil fait au duc de Médina. Il partagea avec lui le palais, et leurs rapports parurent très-affectueux. Médina dit au duc d'Albe qu'il était heureux d'être venu à temps pour servir sous lui, puisqu'on était

» Tlie arrivall of sir Uumphrey Gilbert, relation écrite par Roger Williams, qui faisait pailie de l'expédition. — Voir aussi, parmi les lettj-es de Walsingham, une dépêche de Thomas Smith, premier secrétaire de Sa Majesté, du 27 juillet 1072.

- Van Metkren, fol. 7i. — Correspondance de Philippe II, t. Il, p. 273.

^ Viglius à Hopperus, -13 juin 137-2. [Analecta bclgica de Hoysck van Pavendheciit, t. II, p. 080. J

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