‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 14 sur 131 · sotM.Kvi mi;m- tn.s pAVS-iiAb · texte numérisé non relu

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ses iiisdiKlions, témoigna beiuicoup de surprise; il leur dit que le Roi était très-mécontent de celte dénnarche. Il déclara en outre que le Roi trouvait qu'il n'y avait pas de moyen plus convenable de subvenir aux besoins des Pays-Ras que le dixième denier, ot que c'était le devoir de bo:is vassaux de s"accommader à la volonté de leur prince. Les deux députés objectèrent liumblemcnL qu'ils aimeraient mieux perdie la vie que d'encourir le moins du monde le déplaisir du Roi; que la commission qu'ils tenaient des états du liainaut n'avait d'autre objet que de représenter à leur prince les grands inconvénients qui résultaient de l'établissement du dixième denier; que si, après avoir entendu leurs raisons, le Roi maintenait encore sa résolution, il serait obéi sans réplique aucune. S'ils n'avaient pas demandé le congé du duc d'Albe, ajoutèrent-ils, c'est qu'ils avaient pensé qu'il ne l'accorderait pas ou mettrait des entraves à leur départ, ccmme il avait fait pour d'autres. Ilopperus rendit com[;te de cette entrevue au Roi et demanda s'il devait consulter les vieux registres et les livres pour savoir ce qu'on était accoutumé de faire en pareil cas. Philippe répondit que cela n'était pas nécessaires, ne voulant point qu'on pût mettre en doute ni en discussion son autorité et ses prééminences.

Le 17 avril arrivèrent les députés de Lille, de Douai et d'Orchies. Ils furent également reçus par Ilopperus, qui ré[)éla ses remontrances. La réponse fut à peu près la même aussi. Toutefois les députés de la Flandre wallonne ajoutèrent que le consentement du dixième denier n'avait pas été volontaire, mais limité et conditionnel; que cet imix>t causerait l'entière ruine du p.iys et la perte de beaucoup d'âmes, parce que, pour se soustraire au dixième denier, un grand nombre d'habitants émigreraient chez les •< héritiques n Le Roi, voyant que les députés des autres provinces n'arrivaient point, résolut d'entendre lui-même ceux qui étaient présents. Il avertit Ilopperus qu'il les recevrait

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fe 20, et ic'S députés se i)réparcrent à parailie devant leur redouté souverain '.

Philippe II avait alors quarante-cinq ans. C'était, comme on sait, un homme de taille moyenne, nais dont les membres étaient bien proportionnés, et plutôt robustes que délicats. Il avait les cheveux blonds, la barbe fort touffue et commeneant à grisonner; le bas du visage, un peu moins proéminent que celui de Charles-Quint, rappelait toutefois le caractère distinctif des princes de la maison d'Autriche -. Il n'y avait rien d'imposant dans l'aspect de Philippe II; son visage, quoique froid et sévère, n'inspirait pas la crainte ; mais ses yeux à demi voilés, sa démarche silencieuse, sa voix toujours basse , révélaient une volonté pleine d'artifice et de dissimulation. Le Roi ne cherchait point à intimider les conseillers ou les rares suppliants qui pouvaient arriver jusqu'à lui ; mais c'était du fond de l'Escurial ou d'Aranjuez qu'il épiait et poursuivait sans relâche tous ceux, grands ou petits, qui avaient excité ses défiances ou provoqué son ressentiment. De la solitude, oii Philippe lï se complaisait^ partaient les ordres qui venaient épouvanter les Pays-Bas.

Au moment fixé, les députés du Hainaut furent admis en la présence de Philippe, auprès duquel se tenait Hopperus. Le pensionnaire du Hainaut, ayant piis la parole avec la permission du Roi, le supplia de décharger cette province du dixième denier. Jl allégua que le consentement des états ne pouvait être réputé valable ayant été arraché en partie par des menaces et par la promesse que cet impôt ne serait point levé; le tiers-état avait d'ailleurs refusé son concours. Il conclut, en olTrant, au nom de ses commettants, leur quote dans les deux millions déjà

' Relation officielle, dans la Correspondance de VhUippe II, t. II, pp, 240-34i.

* Ik'lation de la cour d'Espaync, faile en 1572. [Bclalions des ambassailcttrs vihi'licus, inibliécs j^ar M. GACiiAun, pp. IG3 el suiv.)

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volés \)i\v les di\crses |)ro\inccs, pour nïtiiplacer' le [.rodait du dixionie denier. Philippe, après avoir parlé bas à Hopperus, lui ordonna de dire aux députés que leur venue avait déplu, non que le Roi ne se rejouît beaucoup de voir des personnes de ses Pays-Bas, qu'il aimait tant, et dont il désirait si vivement la prospérité, mais ijaice qu'ils étaient venus sans congé, en forme d'états et pour un |)areil objet. rio|tperus ajouta (|ue le Roi examinerait leurs remontrances et ne tarderait point à leur faire connaître sa décision. La même scène fut ensuite répétée devant les députés de la Flandre wallonne '.

C'était encore un leurre-, car, ce jour morne, Philippe H, dans une lettre secrète, enjoignait au duc d'Albe d'achever son œuvie, en établissant de sa main, et par son autorité, le dixième denier. Il lui défendait en conséquence de quitter les Pays-Bas et de remettre le gouvernement au duc de Medina-Celi, son successeur, avant d'avoir reçu des ordres ultérieurs *.

Quand le duc d'Albe connut l'accueil qui avait été fuit aux délégués du Hainaut et de la Flandre wallonne, il en fut trèssatisfait. Le 27 avril, il avait écrit au Roi de ne point se laisser émouvoir par les nouvelles de la Zélande, mais de répondi'e toujours aux députés des Pays-Bas comme il l'avait proposé, sil ne voulait pas que l'établissement du dixième denier fût compromis pour jamais^. Les membres du conseil étaient loin de s'associer à cette obstination. Viglius la condamnait hautement ; Berlaymont avait fini par la déplorer. Les nouvelles fâcheuses qui vinrent des Pays-Bas firent enfin une certaine impression sur l'esprit de Philippe IL Le 17 mai, après avoir informe le duc d'Albe de l'ai'rivée des députés de l'Artois et du Brabant,

■" Corrcsimiulancc de l'hUipiK II, l, II, pp. 2iO-iii.

^ Ibid., p. 2i().

'• Ihid.., |ip. i>',7 L'I 'ioO.

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i[ l'ilvcrtissait qu'il différerait probiibieinent la réponse qu'if devait leur faire, afin de voir ce qui adviendrait de l'agitation des Pays-Bas ^.

Les députés du Brabant, arrivés à Madrid le 13 mai, aprèsun long et pénible voyage, eui-ent audience du Roi le 17, à trois heures de l'après-midi. Le greffier des états lut la requête, puis llopperus répéta l'admonestation adressée aux cotnmissaircs des autres provinces. Mais les députés brabançons objectèrent que, lorsque le Boi avait fait le serment d'observer la joyeuseentrée de Brabant, il avait été stipulé que les états auraient le droit de lui signaler les atteintes qui seraient portées à la constitution, par inadvertance ou autrement, afin d'en obtenir la réparation -.

Le dimanche, 18 mai, les députés du Brabant allèrent saluer, avec ceux de l'Artois, la reine Anne. Cette princesse, alors âgée de vingt-deux ans, fille de l'empereur Maximilien II et de Marie d'Autriche, sœur de Philippe II, était la troisième femme du Roi Catholique. Par sa beauté, son élégance, même son goût pour la parure, elle animait un peu le triste palais de Madrid et le sombre Escurial. Elle était fort aimée du Boi, son mari ^, Les députés du Brabant la supplièrent d'appuyer auprès de lui leurs justes réclamations. Us baisèrent ensuite les mains des deux princesses, dorîa Isabella et dona Catalina, filles de Philippe II et d'Elisabeth de Valois, puis furent admis devant le berceau du jeune prince, don Fernando, dont la reine Anne était accouchée le 4 décembre précédent. Le bon abbé de Gembloux baisa le petit prince et l'arrosa de ses larmes *.

' Correspondance de Philippe II, p. 2i&'.

^ Relation des députés du Brabjiit, dans les Analcclcs historiques, t. II, p. 243.

^ Relations des (intbassadcurs véniliciis, pp. 103 el suiv.

* Ce nianqiienienl ii rctiquetle alarma llopperus. Aussi s'empressa-t-i! c!f

I.es députés brabançons visitèrent aussi les principaux conseillers du Roi, le cardinal Espinosa, grand inquisiteur, don Antonio de Tolède et le prince d'Eboli. Tous les trois protestèrent de leur bon vouloir à l'égard des Pays-Bas, mais sans oser toutefois blAmer l'obstination de Philippe II et du duc d'Albe,

Le 8 juin, les nouvelles reçues du Brabant troublèrent beaucoup les députés. Ils apprirent que Mons était tombé au pouvoir de Louis de Nassau et que l'amiral de Coligny se disposait à descendre en Flandre avec quinze mille piétons et quatre mille chevaux, ils pressèrent alors Ilopperus de leur faire obtenir la décision du Hoi, afin qu'ils pussent retourner dans les Pays-Bas ou ils s'efforceraient de ramener les sujets égarés et d'encourager ceux dont la fidélité était encore intacte. Hopperus leur fit, le 19, une communication témoignant que les nouvelles des Pays-Bas avaient également troublé Philippe II et le disposaient à revenir sur des résolutions déclarées d'abord irrévocables. Le Boi avait commandé à Hopperus de dire aux députés qu'il était profondément affligé du soulèvement qui avait éclaté dans quelques provinces; qu'il n'épargnerait aucun effort pour les conserver dans la foi catholique et que, plutôt que de laisser perdre un seul village des Pays-Bas, il vendrait Sévillo, môme la moitié de son royaume d'Espagne. Iloppeius invita ensuite les députés à rechercher les moyens de pacifier les Pays-Bas et de déjouer les tentatives des ennemis du Roi et de la religion. Dès le lendemain , les députés donnèrent leur réponse. Us proposaient le

demandcM' à Philippe II pardon pour l'abbé de Gembloux cl pour les autres députés qui avaient sans permission rendu leurs hommages à la Reine, au prince et aux infantes. Philippe refondit que l'action de l'itbbé élait une marque de son amour et il espérait que la Reine av.iil répondu comme elle le devait. (Analyse des rapports de Hopperus, avec les apostilles do Philippe II, Biblioth de Bouri^ngne, ii" IG0î)3.) — lofr aussi la Relation des députés du Prabanl.

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dépai't (lu Roi, ou tout au moins l'envoi d'un prince du sang ; l'abolition immédiate et définitive du dixième et du vingtième denier-, l'observation d"une exacte discipline parmi les gens de guerre et le maintien inviolable des lois, privilèges et coutumes des Dix-Sept Provinces. Ces remèdes étaient très-sages, trèsprudents ; mais eussenl-ils suffi pour désarmer les réformés de la Hollande et de la Zélande?

Les députés de la Flandre avaient rejoint à Madrid leurs collègues du Brabant, de l'Artois, d'Utrecht, de Lille, de Douai et d'Orchies. Le Roi leur donna audience le 21 , mais en dissimulant encore la détermination qu'il avait prise. Il était néanmoins décidé à faire la concession que lui arrachait le soulèvement d'une partie des Pays-Bas. Dans un conseil, auquel Ilopperus avait été mandé pour la forme, et pour que les députés qui se trouvaient à Madrid ne s'aperçussent pas du rôle insignifiant du ministre de leur pays, Philippe annonça l'intention de renoncer au dixième denier.

Le 26 juin, les députés des cinq provinces représentées à Madrid furent invités à se rendre au palais. Le Roi, les ayant reçus en présence du prieur don Antonio de Tolède et d'IIopperus, leur dit que, voulant les favoriser et donner un témoignage de son affection pour les Pays-Bas, il avait pris la résolution dont Hopperus leur donnerait connaissance. Philippe ayant parlé bas à ce ministre, Hopperus donna lecture d'un acte par lequel le Roi entendait que des députés des états se joindraient à des commissaires du gouvernement des Pays-Bas pour rechercher les moyens de pourvoir aux dépenses publiques. En attendant, la levée du dixième et du vingtième denier serait suspendue, et, jusqu'à ce qu'on eût trouvé d'autres ressources, les états fourniraient 2,000,000 de florins par an. Le Roi enjoindrait aussi au gouverneur des Pays-Bas de faire justice exemplaire des soldats qui seraient coupables dos désordres qu'on leur imputait.

78 SDl l.tvi.MINT IMS VAYS-lîAS.

Apic's avoir Ltchcvé sa lecture, îlo[)perus dit, par deux fois, aux députés que le Boi leur reconimandait en premier lieu le maintien de la foi catholique et cle l'église romaine. II ajouta que le Roi se réjouirait beaucoup de pouvoir aller visiter ses États des Pays-Bas et de mettre lui-même en ordre leurs affaires ; que, s'il plaisait à Di<ju de lui en fournir l'occasion, il en profiterait le plus tôt possible. Ils devaient le répéter à leurs commettants *.

Les mandataires des provinces auraient voulu quitter immédiatement Madrid. Mais ils durent encore attendre jusqu'au 7 juillet avant de pouvoir obtenir du Roi leur audience de congé. Dans cette dernière entrevu-e, lorsqu'ils eurent remercié Philippe de sa résolution relative au dixième denier, ce prince leur fit répondre de nouveau qu'il leur recommandait, toujours et partout, la foi catholique romaine. Le 14, ils sortirent enfin de iMadrid et prirent la route de Carthagène oîî des vaisseaux devaient être mis à leur disposition pour les ramener en Flandre. Ils emportaient l'espoir que Philippe viendrait bientôt lui-même dans les Pays-Bas pour remédier par sa présence aux troubles de ces pro\inccs -. Vaine promesse : Philippe I! n'eut jamais le counigede suivre lexemi)lede son père, l'empereur Chavles-Quint.

Par une coïncidence remarquable, le lendemain même du jour

^ Le Hoi ou duc d'Albe, 29 juin 1372. [Correspondance de Philippe 11^ t. Il, p. 2C)i-.) — Rapport des députés des quatre membres de Flandre, dans V Inventaire analytique des chartes et documents appartenant aux archives <h' la ville lie Gand, pp. 4o3-45o. — Rapport des députés du Brabant, dans 3es Analecles historiques.

^ Le secrétaire d'Ennetièies écrivait au presideiit Vigiius, de Madrid, •12 juillet 4572 : « Ils retournèrent fort contents de Sa Majesté qui leur a « aussi donné grand espoir de venir es Pays-Bas, et le croyons plus que « jamais puisqu'il semble que le remède dépend entièrement de l'allée de « Sa Majesté pnr-delà. . » Documents historiques, t. XIJF. (Archives du royaume.)

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où Philippe faisait annoncci' aux dc'putés réunis à Madrid la suspension du dixième denier, le duc d'Albe publiait à Bruxelles une décision analogue. Il écrivit aux états des provinces que, puisque le nom du dixième denier leur inspirait tant d'horreur, il donnerait son assentiment à 1 abolition de cet impôt et supplierait le Roi d'y consentir, pourvu qu'ils trouvassent d'autres moyens de subvenir aux nécessités de l'État. Il les invitait en même temps à députer des commissaires à Bruxelles, pour conférer avec lui sur ces moyens '.

Une concession aussi inattendue avait été arrachée au duc d'Albe moins encore par les représentations du conseil d État ou par les murmures du peuple que par l'insurrection des villes hollandaises. Depuis que le soulèvement s'étendait comme un incendie, le représentant de Philippe II écoutait avec plus de modération les conseils relatifs au dixième denier -.

Les états particuliers des provinces, réunis le 15 juillet, désignèrent les députés qui seraient chargés de traiter, sans pouvoir dépasser leurs instructions, avec les commissaires du duc d'Albe. Indépendamment du Brabant, six autres provinces se firent représenter à Bruxelles, savoir : la Flandre, l'Artois, le riainaut, Namur, Tournai et Lille, Douai et Orchies.

Les pourparlers commencèrent dès le 1" août. Les mandataiies des états se plaignirent de la différence qui existait entre la dépêche du duc d'Albe et l'acte dont Ilopperus avait donné connaissance aux députés envoyés à Madrid. Tandis que la dépèche du duc d'Albe prononçait l'abolition du dixième et du vingtième denier, l'acte lu |iar Ilopperus disait seulement que la levée de ces impôts serait suspendue. Les mandataires du Brabant

' Correspondance de Philippe 11, t. H, pp. 2G3-2GI. * Vigiitis à Hoppeiiis, 2') juin \'6',2. {Analccla hcUjica, t. !'■'■, •2'- prirtie, p. GSf).)

80 SOl'I.ÈVIMnNT I)!vS P.WS-KAS.

surtout demandèrent avec énergie l'abolition préalable et définitive du dixième denier. Enfin, le 21 août, les députés des pro- \inces représentées à Bruxelles furent appelés au palais. Là, en présence des ducs d'Albe et de Medina-Celi, Tisnacq, président du conseil privé, déclara que, si dans l'acte envoyé d'Espagne le Roi parlait seulement de sui^eoir à la collecte du dixième et du vingtième denier, les états pouvaient néanmoins être assurés que l'intention du souverain n'était autre que d'abolir entièrement ces impôts, moyennant le payement de deux millions en 1572 et pendant les années suivantes.

Le duc d'Albe prit ensuite la parole en espagnol. 11 exposa aux états l'urgente nécessité où était le Roi d'être secouru de gens de guerre et d'argent pour la garde et la défense des provinces. C'est pourquoi il avait levé cent quatre-vingts enseignes de Wallons, douze régiments d'Allemands, douze mille reitres, trois mille chevaux des bandes d'ordonnance et cavalerie légère et quarante -huit enseignes d'infanterie espagnole. De pareilles forces ne pouvaient être entretenues sans l'assistance des états. Aussi les exhortait-il à se montrer généreux et dévoués; il leur disait que le Roi avait déjà envoyé un million d'écus; et il ajoutait que tous deux, lui et le duc de Médina, étaient prêts à s'exposer pour le service de Dieu, de l'Église, du Roi et de ses provinces *. Dans une autre réunion qui eut lieu le 24 août, le duc d'Albe, s'exprimant en français, déclara lui-même que l'on pouvait être bien persuadé de l'abolition du dixième et du ving-

' Le 17 mai 1572, le Roi envoya au duc d'Albe 300,000 écus en lettres de change, après lui avoir récemmenl fait parvenir la même somme. Le 27 juin, il lui envoyait en lettres de change 312,000 écus et promettait de lui on faire parvenir sous peu de jours d'autres pour 200,000. Le 2 août, il tint cette promesse, et les envois d'argent furent encore plus considérables pendant le mois de sej>fembre. Voir Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 219, 266, 271.

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tième denier, et, de fait, qu'il l'abolissait dès lors moyennant la continuation des deux millions.

Les états ne refusaient pas d'accorder deux millions pour décharger les provinces de l'odieux impôt du dixième ; mais ils entendaient pourtant rentrer dans leur prérogative de voter chaque année les subsides au lieu d'accorder une subvention permanente. De là de nouvelles diflTicultés avec les commissaires du gouvernement, et ces difiBcultés n'étaient pas aplanies lorsque le duc d'Albe quitta Bruxelles \

A la fin de la réunion générale du 24, le président Tisnacq avait annoncé aux députés des états que les ducs d'Albe et de Médina se rendraient très-prochainement au camp devant Mons. En effet, ils partirent de Bruxelles, le 26 août, laissant dans la ville, pour la maintenir, trois compagnies d'Allemands et cinq d'Espagnols. Les deux ducs amenaient au camp dix compagnies d'hommes d'armes. Trois jours auparavant, le tercio de Lombardie, qui avait évacué la Hollande, était également arrivé devant Mons en même temps que sept enseignes de troupes allemandes du comte d'Eberstein. Alors don Fadrique fît attaquer l'abbaye d'Épinlieu, et cette position importante, qui avait jusqu'à ce moment assuré à la garnison de Mons la liberté

' Voir, daus les Anaîecles historiques, t. II, pp. 89 et suiv., la Relation du voyage des députés envoyés par les états de Hainaut à Bruxelles et de l'assemblée des états généraux tenue en cette ville (1er août-6 septembre 4 572). Conf. Viglius à Hopperus, 17 et 27 août. [A7ialecta belgica, 1. 1", 2e partie, pp. 700 et 702.) — Le cardinal de Granvelle, écrivant de Naples, le 19 août, à son frère, M. de Champagney, formait des vœux pour que la suspension du dixième et du vingtième remédiât aux affaires. 11 en doutait toutefois et blâmait vivement ceux qui avaient si obstinément poursuivi une « chose » qui ne convenait ni au pays ni au service du Roi, puisque de là venait la ruine du commerce. {Archives de la maison d Orange- Nassau, supplém., p. 115.)

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