‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 18 sur 131 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Il manda au gouverneur des Pays-Bas que, jusqu'à ce que le roi de France jetât le masque, il ne romprait pas avec lui ^

Mais Charles IX devait conserver jusqu'à la fin le masque de la ruse et du mensonge. A>peine la défaite de Genlis eut-elle été connue à Bruxelles, que Mondoucet, résident français, vint féliciter le duc d'Albe ^. Et lorsque Mondoucet eut fait savoir à Charles IX que les Espagnols étaient maîtres des papiers de Genlis, si compromettants pour le Roi, celui-ci ne se laissa point déconcerter. Il enjoignit à son agent de chercher à rassurer le duc d'Albe sur les intentions du roi de France. Il ne verrait pas avec plaisir, disait-il, que le duc ne se fît pas accompagner de M. de Mondoucet, lorsqu'il se rendrait devant Mons, car ce serait témoigner une trop grande défiance. « Aussi, poursuivait le fils <i de Catherine deMédicis, devez-vous quelquefois lui dire ce que « vous savez des affaires de ses ennemis, par forme d'avis, pour « le contenter et lui montrer votre intégrité ; car, alors même «t qu'il n'y ajouterait pas foi, cela servirait à mon dessein, <c pourvu que vous le fassiez adroitement. » Le Roi disait ensuite avoir reçu avec plaisir les avis qui lui avaient été donnés du côté du prince d'Orange, «t II y faut envoyer souvent, «c ajoutait-il, et surtout faire en sorte qu'on ne découvre point « que vous ayez intelligence avec le prince, et que, dans le cas <c où l'on surprendrait vos agents, on ne trouve rien sur eux « qui puisse attester ces intelligences ^. »

Mondoucet suivit ponctuellement les conseils perfides de son

' Philippe II au duc d'Albe, Madrid, 30 juin 4572. [Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 266.) 2 Albornoz à Çayas, 19 juillet 1572. [Ibid., t. II, p. 269.) ^ Charles IX au sieur de Mondoucet, 12 août 1572. L'importante correspondance de Mondoucet avec Charles IX a été publiée par E. Cachet dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, d'après le manuscrit déposé à la bibliothèque publique de Reims.

maître, et, pour mieux dissimuler son rôle, il montra une assurance extrême. Le 16 août, ayant demandé audience au duc d'Albe, il lui dit que le roi de France était bien persuadé que les grandes forces rassemblées du côté de Mons n'étaient pas destinées à se tourner contre lui ; que, cependant, il n'avait pu s'empêcher de prendre des mesures de précaution; qu'il avait donc envoyé à la frontière quelques troupes et doublé ses garnisons. Le duc avait tâché, dans ses réponses, de lui donner satisfaction ; en outre, il avait écrit lui-même à Charles IX, le priant de dissiper les rassemblements qui se formaient dans la Champagne '.

Des instructions , également caractéristiques , avaient été transmises, le 9 août, par Charles IX, à La Mothe-Fénélon, son ambassadeur en Angleterre. Bien que, par un outrage à la vérité, il rejetât toute solidarité dans l'entreprise de Genlis, le Roi assurait que la défaite de ce capitaine n'avait pas été aussi grande qu'on le disait. Il n'entrerait point dans les Pays-Bas, ajoutait-il, à moins que les Espagnols ne prissent l'offensive contre son royaume. Mais, comme il croyait la guerre certaine, il souhaitait que la reine d'Angleterre prît sous son patronage le soulèvement de la Hollande et de la Zélande. C'était un moyen assuré de fortifier le prince d'Orange, qui allait marcher droit vers Mons avec son armée ; car des protestants français, Charles IX l'affirmait, le prince n'aurait que ceux qui pourraient s'échapper secrètement. Au surplus , l'ambassadeur devait continuer à faire les plus grands efforts auprès de la reine Elisabeth pour qu'elle se déclarât ouvertement contre l'Espagne, « Cela fera, disait le Roi, qu'elle désirera davantage et tiendra « plus chère la conservation de mon amitié ^. »

' Le duc d'Albe au Roi, Bruxelles, 21 août 1572. [Correspondance de Philippe II, t. II, p. 273.) ^ Charles IX au sieur de La Molhe-Fénoloi), Paris, 9 août 1372. [liccueil

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