‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 20 sur 131 · LIVRE II (1S · texte numérisé non relu

LIVRE II (1S

« armées en campagne sous vos enseignes, et si vous les aviez « commandées en personne. Quand il voit que Votre Majesté a «c reçu, favorisé, honoré et gratifié le comte Louis de Nassau en « sa cour, ainsi que d'autres seigneurs et gentilshommes, qu'il « tient pour rebelles ; quand il sait que Votre Majesté a commu- «t nique avec le seigneur de Genlis,... que peut-il penser, sinon « que Votre Majesté voudrait nuire, mais qu'elle fait secrètement <t ce qu'ouvertement elle n'oserait ? » Pour exciter la convoitise de Charles IX, il signalait ensuite les richesses des Pays-Bas. « Vous acquerrez, disait-il, un pays auquel vous n'avez pro- « vince qui se puisse comparer en grandeur, beauté, richesses, <i peuples, villes, et dont, sans fouler personne, vous pourrez, «( chaque année, tirer un million d'or. » Il prétendait que les habitants des Pays-Bas accepteraient avec joie la domination de la France, et qu'il ne fallait point laisser échapper une occasion qui ne s'offrirait plus. Il recommandait au Roi, pour mieux assurer la réussite de ses desseins, de faire un accord avec le prince d'Orange. En supposant, disait-il, que ce prince parvînt à se rendre maître du pays, il ne pourrait se maintenir que par l'alliance et la faveur de la France. Le Roi entrerait ensuite en campagne comme ami du pays, vengeur de la tyrannie et restaurateur de la liberté. Il ferait la conquête des cœurs, et celle-ci conduirait à tout ^

Non-seulement Coligny pressait Charles IX d'embrasser une si belle occasion d'agrandir son royaume, mais il lui conseillait

* Discours au roi Charles IX pour entreprendre la guerre contre l'Espagnol es Païs-Bas, dans les Mémoires de messire Philippe de Mornay, seigneur du Plessis-Marli (édition de 1624), t, le', pp. I-IS. En marge du discours on trouve l'annotation suivante : « Il fut escrit par M. du Plessis, « lors âgé de vingt-trois ans, en l'an 1572, et par lui mis es mains de M. l'ado mirai de Chastillou qui le présenta au Roi. » — Voir aussi Vie de rhiUppe de Mornay, seigneur du Plessis-Marlij, etc. (Leyde, 1647, in-4<'), p. 17.

en outre d'envoyer le jeune Mornay au camp du prince d'Orange, pour assurer celui-ci qu'il pourrait compter sur l'appui et le concours armé de la France. Mornay était d'ailleurs disposé à braver tous les dangers, dans l'intérêt de la cause à laquelle il s était dévoué.

Pour agir plus eflîcacement encore sur l'esprit de Charles IX, Coligny, dans ses entretiens secrets avec le jeune roi, cherchait à éveiller sa jalousie contre les Anglais. Il lui disait que, s'il refusait de prendre les Flamands sous sa protection, ceux-ci, lorsqu'ils se verraient abandonnés de la France, auraient recours à l'Angleterre. La reine Elisabeth les recevrait favorablement, et, devenue maîtresse des Pays-Bas, rallumerait bientôt le feu mal éteint des anciennes guerres. La haine invétérée des Anglais contre la France se trouverait alors fortifiée par celle que les Flamands nourrissaient aussi contre les Français. Et tout ce que ces derniers avaient pu gagner en deux cents ans, en reprenant Calais, et en repoussant les Anglais dans leur île, se perdrait en un moment, si, par indifférence et par une déplorable inaction, ils laissaient leurs rivaux mettre le pied en Flandre et s'y affermir \

Coligny ne se dissimulait pas, toutefois, qu'il avait besoin de l'aide des Anglais pour combattre l'Espagnol. Aussi pressait-il Walsingham de lui faire connaître si la reine Elisabeth voudrait agir d'accord avec le roi de France pour secourir le pauvre prince d'Orange. Walsingham, entrant dans les vues de Coligny, conjurait, de son côté, les ministres anglais de se déclarer ouvertement. « Si les Espagnols triomphent, disait-il, la Reine ne «! peut s'attendre qu'à tous les maux qu'ils sont capables de lui « faire ^. »

' De Tuou, Histoire universelle, liv. LL

^ Walsingham à Leicestcr, 2G juillet -1572. [Recueil des dépêches, etc., p. 2G3.)

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