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Barthélémy, il se serait renda maître du duc d'Albe et il eût assuré la liberté des Pays-Bas. Maintenant ses espérances étaient détruites ^
Malgré la cruelle déception qu'il venait d'éprouver et les tristes appréhensions qui le tourmentaient, le Taciturne continua sa route vers Mons.
Déjà le duc d'AIbe avait fait reconnaître la ville ainsi que les chemins par oii le prince d'Orange pouvait la secourir. Il avait fait venir de l'artillerie et des munitions de Valenciennes, et, le 3 septembre, avait ouvert un feu terrible du côté de la porte de Bertaimont. Mendoça, témoin oculaire, dit que l'artillerie espagnole battait tout à la fois un ravelin, la grosse tour de Saint- André et la courtine qui reliait cette tour à la porte de Bertaimont. Les auxiliaires allemands, attendus par le duc d'AIbe, arrivèrent. L'infanterie, malgré les obstacles suscités par l'électeur palatin et les villes protestantes, avait rejoint le lieutenant de Philippe H. Salentin d'Isembourg, archevêque de Cologne, avec trois cornettes de cavalerie, s'avançait par Binche. L'armée royale allait s'élever à douze mille Espagnols et Wallons, et à plus de seize mille Allemands -. Ce n'était point sans anxiété que le général espagnol étudiait sur la carte la marche du prince d'Orange ; il se flattait cependant que le chef des rebelles ne l'obligerait point à lever le siège et ne parviendrait point à secourir efficacement la ville. Pour réduire Mons, disait-il à Philippe II, il avait abandonné tout le reste, ne voulant pas
' Tous ces renseignements et ces réflexions sont extraits de la remarquable lettre adressée par Guillaume à sou frère Jean de Nassau sur sa seconde expédition. [Arcltivcs de la maison d'Orange-Nassau , l. 1!1 , pp. .504 et suiv.)
- Le duc d'AIbe au Roi, 21 aoiit et 7 septembre 1572, dans la Correspondance de Phdippc II, t. Il, pp, 271 et 27(3. — Grande chronique de Hollande, t. il, pp. 234.
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laisser aux Français l'avantage d'avoir à leur tlévolion une place aussi importante. Quant aux villes qui avaient ouvert leurs jiortes, il comptait bien les reprendre après avoir reconquis Mons, (]ui était la principale de ses entreprises et le fondement de toutes les autres ^ .
La position de Louis de Nassau, dans Mons, devenait plus critique de jour en jour. La ville n'avait point assez de vivres pour soutenir un long siège, ni assez de troupes pour résister à l'armée royale. Les huguenots français, qui avaient suivi le frère du prince dOrange dans son aventureuse entreprise, le considéraient comme le meilleur soldat et le plus valeureux capitaine qu'ils eussent jamais connu ■^; mais il était loin d'exercer un pareil ascendant sur la bourgeoisie. Il devait se précautionner dans la ville môme contre les menées d'un parti encore puissant et qui, soit par attachement à la religion catholique, soit par craint© des représailles du duc d'.4lbe, s'efforçait de ramener les Espagnols. Les chefs de ce parti siégeaient dans le conseil de ville. Quelques cchevins sortis de Mons, malgré la défense formelle de Louis de Nassau, correspondaient, du camp du duc d'Albe, avec d'autres restés dans la place. Sivry, un de ces émigrés, écrivit à ses collègues, Gille Pottier et Nicole Godemart, de faire en sorte qu'une porte fût secrètement livrée aux Espagnols, Informé que cette lettre avait été communiquée au magistrat, Nassau fit venir les échevins dans sa chambre, où se trouvaient plusieurs gentilshommes et soldats, presque tous armés, et il se plaignit avec véhémence de la malice de ses ennemis. Il accusa les échevins d'autoriser, par leur silence ou par leur complicilé, les complots tramés contre lui, de ne chercher qu'à le trahir pour le faire
' Le duo d'Albe au Roi, 7 septembre 1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 274. — Commoitaircs de 15. nu MicndocAj liv. VU, cliap. V.
'•' Archives de la mainon d'Orange-ISassau (suiiplément), p. 115.
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massacrer avec ses soldats ; et il leur dit qu'ils avaient encore le duc d'Albeet Noircarmes dans leur ventre. Il ajouta qu'il aurait voulu, pour dix mille écus, avoir été averti, depuis cinq ou six jours, de l'existence des lettres de Sivry ; il aurait ouvert luimême une des portes aux Espagnols, et il en aurait eu bon marché. Maintenant, il était trop tard: tout était découvert. « Vous démontrez tous bien en général, ajouta-t-il, la bonne >i affection que vous me portez ; aussi prendrai-je avis et conseil « comment j'aurai à me conduire à votre égard. " Après ces vifs reproches, Nassau se contenta de faire enfermer provisoirement, au château, l'échevin Godemart. Quelques jours après, il manda de nouveau les échevins, ainsi que les conseillers, dans sa chambre, où se trouvait Antoine Olivier et plusieurs gentilshommes. Il dit que l'argent lui manquait pour payer ses soldats, puis il exprima le désir d'avoir le sceau de la ville, afin de lever les deniers dont il avait besoin. Les échevins et les conseillers, après s'être retirés pour délibérer, mandèrent Antoine Olivier et lui déclarèrent qu'il n'était pas en leur pouvoir d'accorder le sceau de la commune. Le 23 août, le comte, ayant convoqué le conseil dans la liaison de paix ^ se plaignit de nouveau des trahisons qu'il rencontrait et qui l'obligeaient, lui et ses soldats, d "être constamment sur le qui vive, el de faire, jour et nuit, grand guet dans la ville et les alentours. Bien que Nassau eût insisté pour avoir le sceau de la commune, le conseil se sépara sans prendre aucune résolution. 11 prétexta que, pour voter sur la demande du comte, une assemblée plus nombreuse était nécessaire ; qu'aux échevins et aux membres du conseil de la ville devaient être adjoints les bourgeois les plus notables. Louis de Nassau convoqua celte assemblée générale le 25 août, dans la Maison de paix. Elle fut assez orageuse. La majorité se rallia à l'avis négatif des échevins, malgré les vœux hautement formulés l'ar un certain nombre de bourgeois que étaient partisans du
comte et dont quelques-uns le servaient comme volontaires. La rc%olution de la majorité, ayant été comnmniquée à Louis de Nassau , accrut son mécontentement. Il voulut que l'on réunît un nouveau conseil le lendemain, et déclara que, si on ne lui accordait pas sa demande , il userait de la plus grande rigueur, mèn)e qu'il ferait vivre ses soldats aux dépens des bourgeois. En effet, le conseil ne s'étant pas réuni le lendemain, des détachements de vingt à trente soldats vinrent se loger chez les échevins récalcitrants. Après l'arrivée du duc d'Albe au camp et le massacre de la Saint-Barthélémy, Nassau fit publier, au son du tambourin, que tous bourgeois, de quelque qualité ou condition qu'ils fussent, vieux ou jeunes, eussent, sous peine de la hart, à se trouver en la maison de ville pour s'enrôler et prendre les armes. Mais les échevins et les bourgeois catholiques, très-nombreux d'ailleurs , surent encore s'affranchir de cette obligation, aimant mieux, disaientils, endurer la mort que de prendre les armes contre leur prince et roi naturel ^
C'était donc avec une vive impatience que Louis de Nassau attendait l'armée conduite par son frère. Celui-ci, trompant les détachements envoyés par le duc d'Albe pour l'observer et le harceler, avait dépassé Nivelles. Le 7 septembre, il prit ses quartiers à trois lieues et demie de Mons, dans le petit village de Péronnes, qui se trouvait entre Binchc et le camp des Espagnols. Le lendemain, vers dix heures du matin, l'avantgarde, et bientôt ai)rès toute l'armée du prince s'approchèrent du camp ennemi, marchant droit sur Mons. Ces troupes, qui s'élevaient à six mille chevaux et ù plus de huit mille fantassins, firent halle à portée de canon des Es[)agnols, dans une plaine
' Déposition de Chamart (archives de Mons). Elle est conforme et scnibio nicnie avoir teivi de modèle aux déposilious de ses collègues.
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unie d'où l'on découvrait la ville. Les détonations de l'artillerie du prince d'Orange servirent comme de signal à celle des assiégés, qui ouvrit également son feu, depuis la grosse tour de Saint-André jusqu'à celle du rivage. Les batteries espagnoles continuèrent, de leur côté, à foudroyer la ville. Le duc d'Albe, cependant, était bien décidé à ne point livrer bataille, à cause de son infériorité en cavalerie. Il avait fait retrancher et fortifler son camp, et poser l'artillerie à toutes les avenues, afin d'empêcher l'attaque. Cinq cents chevau-légers étant venus reconnaître les Orangistes, Guillaume envoya contre les Espagnols le comte Henri, son frère, et celui-ci les fit reculer jusqu'au pied de leurs retranchements. Cette furieuse charge étonna tellement les troupes espagnoles qu "elles furent presque sur le point de se débander, croyant que le prince d'Orange suivait avec toute son armée : s'il l'eût fait, ce jour eût été le dernier de la guerre. Le prince en fut bien d'avis, mais trop tard, par la faute d'une partie de ses gens. Au moment où il voulait seconder les efforts de son frère et achever la déroute des ennemis, un de ses régiments se mit à réclamer sa solde. Après avoir réparé le désordre causé par celte mutinerie, il fit marcher ses gens en bataille, mais il ne réussit point à faire sortir l'Espagnol de ses retranchements.
Le 9, il prit avec son armée la direction de Jemmapes, village situé à un quart de lieue du camp, dans l'intention de l'occuper, et d'y passer la rivière, pour jeter du secours dans la ville. Don Fadrique s'y porta aussitôt avec une partie des arquebusiers. Un vif combat s'engagea entre cette arquebuserie, élite de l'armée espagnole, et les reîtres, qui formaient l'avant-garde du prince d'Orange. Ceux-ci mirent d'abord en fuite les chevaulégers qui leur étaient opposés, mais ils ne purent résister au feu de l'arquebuserie, et surtout de l'artillerie, dont le duc de Médina avait armé la nuit précédente un fort qui dominait le
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village de Jemmapes. Les ducs d'Albe et de Médina avaient assisté à ce combat, ayant à côté d'eux l'archevêque de Cologne. Le duc d'Albe n'avait, d'ailleurs, qu'un but : veiller par lui-même à ce qu'une escarmouche ne devînt point une action générale. Le prince d'Orange, mal satisfait de son infanterie, trop peu nombreuse et très-indocile, donna quelque repos à ses troupes. Le H , avant le jour, il se dirigea vers Ilarmignies, village à une lieue de Mons, du côté de Binche. Don Fadrique le suivit avec mille arquebusiers, moitié Espagnols et moitié Wallons, et alla occliper Saint-Florian, autre village entouré de bois, près de la porte d'Havre, à une demi-lieue d'Harmignies. Instruit par ses espions que le prince d'Orange se proposait de faire entrer une partie de ses troupes dans Mons la nuit suivante, don Fadrique résolut de le prévenir.
Julian Roniero se mit à la tête de douze cents à deux mille arquebusiers, qui, pour se reconnaître, revêtirent des chemises blanches par-dessus leurs armures. Après minuit, les Espagnols pénétrèrent dans le camp du prince, frappèrent sans pitié leurs ennemis réveillés en sursaut, mirent le feu aux tentes et aux huttes , évcntrèrenl les chevaux et jetèrent partout une telle confusion que pendant plus d'une heure il fut impossible aux soldats si cruellement surpris de se rallier ou de former aucun rassemblement. Pendant ce carnage, les trompettes espagnoles sonnaient au-dessus du camp pour faire croire aux Orangistes que toute la cavalerie du duc d'Albe était là et soutenait les soldats chargés d'exécuter la camisade. Quelques Espagnols pénétrèrent, dit-on, jusque dans la tente du prince d'Orange; mais celui-ci, réveillé par un petit chien qui couchait à ses pieds, fut miraculeusement sauvé. Enfin , une batterie de tambours donna le signal de la retraite et les soldats de Romero regagnèrent leurs quartiers, après avoir tué plus de trois cents ennemis. Au point du jour, le prince d'Orange sortit d'Harmignies,