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abandonnant des tentes encore dressées, des chariots et un grand nombre de blessés '.
Mais il ne s'arrêta pas longtemps dans ses anciens quartiers de Péronnes. Il continua sa route le lendemain, reprenant le chemin par oîi il était venu. Il n)anda à Jean de Nassau que, à son grand regret, il s'était vu obligé de laisser leur frère Louis encore assiégé dans Mons. Les avenues de la ville étaient, disait-il, si étroitement gardées, qu'il n'avait nu! moyen de lui donner secours ni même une escorte pour le tirer hors de la place. Ses reîtres avaient formellement rejeté la proposition qu'il leur avait faite à ce sujet. Informé que le comte pouvait encore tenir dix à douze jours, il avait jugé préférable de rétrograder, soit pour donner l'élan à la ville de Bruxelles ou à celle d'Anvers et faire lever par ce moyen le siège de Mons, soit pour couper les vivres au duc d'Albe. Car le manque de vivres était aussi une des causes qui l'obligeaient lui-même à s'éloigner '^.
■* Le duc d'Albe au Roi, du camp devant Mons, 9 et '13 septembre. [Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 277 et 278.) — Le même ou seigneur de Ctiampagney, -13 septembre. [Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. xxv.) — Le prince d'Orange à Jean de Nassau. [Archives de la maison d' Orange-Nassau, t. III, p. 506 ) — Grande chronique de Hollande, t. Il, p. 234.) — Strada, D. I, liv. VIL — B. de Mkndoça, liv. VII, chap. VII-IX. — Brief recueil et discours des choses plus mémorables passées es Pays-Bas, que l'auteur de ce petit tvaiclé a vues et entendues (1o64-1o88], MS de la bibliothèque royale, n» loSSS-ISSai. — Mondoucet à Charles IX, iO septembre 1572.
2 Guillaume à Jean de Nassau, de Matines, 21 septembre 1572. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 506.) — Un contemporain rapporte que le colonel Mandelsloo refusa devant Mons même de servir plus longtemps le prince d'Orange. Il montra à son général une lettre du roi de France, dont il recevait pension, contenant qu'il n'eût plus à combattre le duc d'Albe et qu'il lui livrât Guillaume de Nassau. Mandelsloo ajouta toutefois qu'il ne serait pas traître au prince, puisqu'il lui avait promis
ili2 SOUl.ÈVEMliINT UES PAVS-CAS.
Avant son clé|xirt, il avait écrit au comte Louis qu'il eut 5 soutenir encore un assaut ou deux : si l'Espagnol s'opiniâtrait ensuite, il devait tâcher d'obtenir les meilleures conditions. Quand ces lettres arrivèrent dans la ville, Louis de Nassau était an lit, malade d'une véhémente fièvre tierce. Les colonels et les capitaines, en ayant eu connaissance, perdirent tout espoir de secours et résolurent de s'accorder avec le duc d'Albe. Depuis quïls connaissaient le massacre de Paris, les Français, qui faisaient la force de la garnison de Mons, étaient d'ailleurs dans la consternation, et cette poignante tristesse leur ôtait toute énergie *. La principale et la véritable cause de la reddition de Mons fut donc la sinistre journée de la Saint -Barthélémy. Charles IX avait commandé aux Français qui étaient dans Mons de remettre cette ville entre les mains du duc d'Albe et de s'en retourner dans leur pays le plus promptement qu'ils pourraient. Et comme entre les soldats de cette nation il y avait plusieurs catholiques ron^ainsqui, sans autre délibération, exigeaient qu'on obéît au Roi, l'on résolut, pour éviter plus grande confusion, de traiter ^. Les volontaires montois, qui s'étaient très-bravement comportés, auraient voulu combattre jusqu'à l'extrémité; mais les Français l'emportèrent. Le 18 septembre, ceux-ci firent dire au colonel de Licques, posté avec son régiment à la porte d'Havre, que, si le duc d'Albe y consentait, quatre d'entre eux sortiraient pour conférer sur les conditions auxquelles ils rendraient la ville ^. Celte offre répondait aux intentions que le duc
fidélité, qu'il le conduirait hors des Pays-Bas et que mal ne lui adviendrait. [Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas, publiés par J. B. Blaes,
t. 1er, p. ,)29.)
' De Tuot, liv. LIV. — Gra7ide chronique de Hollande, t. II. p. 236. — Renon de France, MS, 2<^ partie, chap. XIX. ■■^ Vie de Fr. de La Noue, p. 75.
^ Correspondance de Philippe II, t. II, p. 280.
Mviit II (1572)- i\ô
d AIbo exprimait quelques jours auparavant à l'envoyé de Charles IX. Mondoucet insistait pour que le duc prît la ville d'assaut, afin de faire main basse sur les Français.- Le duc répondit qu'il ferait tous ses efforts pour la prendre, mais qu'il ne se refuserait pas toutefois à [)rêter l'oreille à un bon accommodement, parce que, s'il demeurait trop longtemps attaché à cette ville qui avait les dents plus fortes qu'on n'aurait dû le croire, il pourrait mettre en grand danger les États de son maître dans les Pays-Bas '. Quelque temps auparavant, Mondoucet avait insisté, mais sans succès aussi, pour que le duc ordonnât l'exécution des Français défaits avec Genlis.
En réclamant une sanglante expiation, l'envoyé français se conformait d'ailleurs aux instructions de son maître. Le but de Charles IX était de dissimuler sous des prétentions inexorables la déloyauté de sa politique. Le 26 août, il avait fait connaître à Mondoucet la mort de l'amiral (]e Coligny et de ses adhérents, ainsi que le massacre des huguenots, qu'il attribuait à un mouvement populaire, il savait bien, disait-il, que cette nouvelle serait très-agréable au duc d'Albe, car elle favoriserait grandement ses desseins ; toutefois, le lieutenant du Roi Catholique ne devait pas seul en recueillir les fruits, il ne devait pas conduire ses affaires de telle sorte quïl lui rejetât sur les bras non-seulement les forces du prince d'Orange, mais encore les prisonniers provenant de la défaite de Genlis et les huguenots qu'il laisserait échapper de Mons. En conséquence, le Roi enjoignait à son agent, en lui recommandant le secret le plus absolu, de continuer à entretenir le plus adroitement et le plus mystérieusement qu'il pourrait des rapports avec le prince d'Orange, afin de ne pas fournir à celui-ci l'occasion de renoncer à ses entreprises dans les Pays-Bas pour marcher au secours des huguenots de
' Mondoucet à Charles IX, -15 septembre 1572. Tome I. 8
France. En même temps le Roi le chargeait de dire au duc d'Albe qu'il devait avoir maintenant tout apaisement quant aux intentions de la cour de France. Le 31 août, Charles IX écrit de nouveau à Mondoucet qu'il serait très-fâché si le duc d'Albe ne se rendait pas maître de la ville de Mons, et encore plus, s'il la recouvrait par composition, permettant aux Français assiégés de rentrer dans leur pays. — Il importe grandement au service de Dieu et à celui du Roi Catholique, disait-il, que les Français renfermés dans Mons soient mis à mort, car leur permettre de rentrer en France , c'est conserver autant d'ennemis turbulents et séditieux. — Dans une seconde lettre du même jour, Charles IX demandait, avec plus d'instance encore, que le duc d'Albe ne fit aucun quartier aux Français qui seraient trouvés dans Mons. <i Sïl fait le contraire, déclarait-il, j'aurai très-grande cause «! de me plaindre de lui et de l'accuser de tout le mal qui en « surviendra. S'il nous répond que c'est tacitement le requérir « de faire mourir lesdits prisonniers et faire tailler en pièces n les habitants de Mons, vous lui direz que c'est ce qu'il doit « faire, et qu'il se fera un très-grand tort ainsi qu'à toute la »i chrétienté , s'il agit autrement. » Le Roi recommandait à Mondoucet de demander cette satisfaction comme de lui-même et sans qu'on pût soupçonner qu'il agît par les ordres de son maître * .
Ainsi Charles IX, tout en se disant fervent catholique, faisait preuve d'une monstrueuse duplicité. 11 désirait qu'on stimulât le prince d'Orange pour que cet ennemi de l'Espagne continuât la guerre dans les Pays-Bas et ne l'apportât point en France. Il voulait, d'un autre côté, se délivrer des gentilshommes et des soldats restés fidèles à la mémoire de l'amiral
' Correspondance de Charles IX avec Mondoucet. (Bibliothèque de Reims.)
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de Coligny, en faisant répandre leur sang par le général qui s'était déjà acquis une si horrible réputation de cruauté. Pour mieux tromper encore le lieutenant de Philippe II, le bruit était répandu à Paris que Charles IX se proposait d'envoyer au secours du duc d'Albe, menacé par le prince d'Orange, le duc de Guise avec quatre mille fantassins et deux mille chevaux ^
Le duc d'Albe voulait donc traiter pour la reddition de Mons afin d'arrêter les progrès de l'insurrection dans les provinces du Nord et de reprendre sans délai Matines. Il donna son consentement à l'offre des Français et désigna, pour entendre les délégués de la garnison, Noircarmes, qui se fit accompagner du colonel de Licques, du seigneur de Vaulx et d'Antoine de Gongnies, gouverneur du Quesnoy. Les mandataires de la garnison française furent La Noue , qui venait de se distinguer en défendant la brèche de la porte de Bertaimont, Soyecourt et deux autres capitaines. Noircarmes ayant rendu compte au duc d'Albe et au duc de Médina des conditions proposées par les Français, le conseil fut réuni pour en délibérer. Deux difficultés principales se présentaient. Louis de Nassau demandait des otages ou du moins que les Français demeurassent maîtres de la ville jusqu'à ce qu'il fût en lieu de sûreté. Le duc d'Albe rejetait cette proposition ; il disait que Louis de Nassau pourrait se retirer oii bon lui semblerait et s'offrait de lui donner toute assurance signée de lui, du duc de Médina et de tous ceux du conseil, avec serment de ne rien entreprendre ou faire entreprendre contre sa personne. 11 refusait en outre d'accorder aux habitants de Mons, qui se seraient armés contre lui, leur pardon avec garantie pour
* Walsingham au chevalier Smith, premier secrétaire de Sa .Majesté, de Paris, 4 3 septembre 4.572. [Recueil des dépêches de Walsingham, p. 283.)
leurs biens \ Cette dernière nouvelle porta au comble l'irritation des volontaires montois , qui se voyaient délaissés par les Français. Ils prirent la résolution, avant de se retirer de la ville, de mettre le feu à leurs maisons afin que le duc d'Albe ne prît possession que d'un amas de ruines. Mais ce projet fut déjoué par les bourgeois catholiques qui, pendant plus d'une nuit, firent le guet en se tenant aux fenêtres de leurs maisons ^. Alors quelques-uns des volontaires les plus compromis, et parmi ceux-ci Antoine Olivier, commencèrent à sortir de la ville pour se dérober à la vengeance des Espagnols. Le duc d'Albe refusa obstinément d'accorder une amnistie générale aux habitants de Mons; mais, quant à la sûreté du comte Louis de Nassau, il consentit enfin à donner à ce seigneur quatre gentilshommes qu'il pourrait emmener avec iui^ Comme il le manda à Philippe H, il eut passé par bien des choses pour pouvoir s'emparer de Louis de Nassau à cause de la haine particulière qu'il lui portait. Mais, d'un autre côté, il ne fallait point méconnaître la nécessité de gagner du temps, Mons pouvant encore résister quinze à vingt jours. Il fallait prendre en considération les maladies qui déjà régnaient dans l'armée; les incommodités dont on commençait à souffrir, depuis que les communications avec le Brabant étaient interceptées par le prince d'Orange ; l'impossibilité où était le duc Adolphe de Holstein de venir joindre le camp, le prince étant entre eux deux, enfin les avis reçus que le chef des rebelles s'occupait à se renforcer en appelant à lui l'infanterie qu'il avait en Hollande, en Zélande, en Gueldre et sur ses navires. Certes, la capture du comte Louis eût été un événement heureux : mais, alors même que la ville eût été prise d'assaut, ce seigneur avait
' Mondoucet à Charles IX, 20 septembre IS72. ^ Déposition de Chamaii. (Archives de Mons.) ^ Mondoucet à Charles IX, 21 septembre.
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plus d'un moyen de s'échapper. Aussi les ducsd'Albeet de Médina ainsi que le conseil furent-ils d'avis d'accorder la capitulation K Convenue le 19 septembre et ratifiée le lendemain par le duc d'Albe , elle permettait aux capitaines et gentilshommes, sujets du roi de France, de sortir de Mons avec armes, chevaux et biens. Le comte Louis de Nassau et tous ceux de sa suite, tant serviteurs qu'alliés de sa maison, lors même qu'ils seraient vassaux du Roi Catholique, pourraient sortir ensemble avec les com|)agnies françaises, et aux mêmes conditions. Les gentilshommes, sujets et vassaux du Roi Catholique ou autres, quels qu'ils fussent, pourraient pareillement sortir, avec armes et chevaux, vêtements et équipages; tous les soldats wallons et flamands et autres, quels qu'ils fussent, vassaux et sujets du Roi Catholique, pourraiertt sortir de la môme manière, mais sans autres armes que l'épée et la dague; tous les habitants de la ville, qui auraient combattu pendant le siège ou avant, pourraient sortir sans armes; les autres habitants pourraient, si bon leur semblait, demeurer en la ville sans qu'ils fussent recherchés ou molestés en leurs personnes, ou privés de leurs biens, excepté les officiers du Roi Catholique ou tous ceux qui, de quelque manière que ce fût, auraient favorisé la surprise de la ville, ou auraient porté volontairement les armes; les protestants devaient sortir de la ville aux mêmes conditions que les soldats. Tous ceux qui sortiraient de la ville, gentilshommes, soldats ou habitants, promettraient et jureraient de ne point porter les armes contre le Roi Catholique ou le Roi Très-Chrétien, excepté le comte Louis de Nassau et les Allemands ou Anglais qui ne seraient obligés à aucun de ces serments. Enfin, il était convenu que, pour garantir l'exécution de la capitulation, le duc d'Albe donnerait aux assiégés suffisante escorte de gens de guerre
' Concspundancv de Fhiliiijic II, l. H, pp. "280-'28'l .
et quatre gentilshommes : le seigneur de Vertaing , le baron d'Aubigny, le seigneur de Bettencourt et le seigneur de Potelles, lesquels marcheraient en la puissance des gentilshommes et autres qui sortiraient de la ville, logeant avec eux, jusqu'à ce qu'ils fussent en lieu de sûreté, le comte Louis et tous ceux qui l'avaient suivi, dans la ville de Ruremonde, et les gentilshommes ainsi que les soldats français et wallons qui voudraient retourner en France, à l'arbre de Guyse ou tout autre endroit, le plus rap|iroché de la ville d'Avesnes. Pour la sûreté de ces otages et jusqu'au retour de ceux-ci demeureraient en la puissance de Noircarmes cinq gentilshommes parmi lesquels La Noue et Soyecourt. On avait donc garanti aux volontaires de Mons la faculté de se retirer avec la garnison. Beaucoup la suivirent en effet, et c'étaient pour la plupart des artisans qui faisaient naguère la prospérité de la ville. D'autres, se fiant à la parole d'un capitaine espagnol , nommé Molain , prolongèrent leurs adieux à leurs familles. Ils devaient payer cher cette imprudente confiance.
Le 21 septembre, de grand matin, l'armée espagnole se rangea en bataille, et les cinq enseignes du régiment de Licques entrèrent dans Mons par la brèche. Dans un chemin creux par lequel devaient passer le comte Louis et ses soldats se tenaient Julian Romero avec deux cents arquebusiers, et Jean de Saint-Omer, seigneur de Morbecque, avec quatre compagnies d'hommes d'armes, celles-ci désignées pour servir d'escorte aux huguenots jusqu'à leur sortie des possessions du Roi Catholique. Bientôt les Espagnols virent défiler les défenseurs de Mons. Encore malade, Louis de Nassau était à demi étendu, couvert d'une robe de chambre, dans un chariot brabançon. Lorsqu'il passa devant la tente de Fadrique de Tolède, celui-ci se montra. Le comte Louis ordonna d'arrêter pour qu'il pût s'entretenir avec le général espagnol , mais le fils du duc d'Albe rentra dans sa lente, voulant sans doute épargner au malade la peine de descendre du char;
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il envoya un gentilhomme italien qui vint saluer, de sa part, le noble vaincu. Louis de Nassau prit ensuite le chemin de Ruremonde, sous l'escorte des compagnies d'hommes d'armes de Jean de Morbecque '.
Le duc d'Albe fit son entrée dans Mons le 22 septembre. Il établit gouverneur de la ville le seigneur de Vaulx auquel il donna quatre compagnies de Wallons. En outre, il y laissa pour trois jours Noircarmes, qui allait être l'implacable ministre de sa vengeance. Noircarmes ne perdit pas de temps. Dès le 24, il avait institué une commission dite des troubles; il avait fait désarmer et emprisonner les volontaires qui s'étaient fiés à la parole du capitaine Molain ; il s'était informé de ceux qui s'étaient le plus mal conduits durant le séjour des Français et en avait fail prendre quatre-vingt-dix '^. C'était une proie qu'il ne laisserait plus échapper.
Le 18 septembre, dans l'après-midi, le prince d'Orange était arrivé à IMalines avec treize cents reîtres uniformément vêtus de noir. Tous les serments, en armes et enseignes déployées, ainsi que la garnison étaient rangés sur le marché et firent une salve en son honneur. Après avoir harangué le peuple, il leva une main, disant : «i Qui m'aime fasse le semblable. » Presque tous les assistants levèrent la main en signe d'adhésion ^.
Le prince avait cantonné son armée dans le village de Sterrebeek, entre Louvain et Bruxelles, afin de favoriser les mouvements qui auraient pu éclater dans cette dernière ville. Pour gagner le peuple, Guillaume n'avait cessé de recommander à ses troupes de ne point vexer les habitants. Malheureusement les mercenaires, qu'il avait tant de peine à payer, ne se distinguaient point par
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 317. — Commentaires deB. DE Mendoça, Jiv. VII, chap. X. 2 Correspondance de Philippe II, t. II, p. 282. "' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. xxvn.
120 SOI'LÈVtMiiNT DKS PAYS-BAS.
Içur discipline. Les bandes amenées par Mandelsloosemoiitraienl surtout pillardes et tyranniqiies; aussi leur reprocha-t-on d'avoir été cause que non-seulement Bruxelles mais encore Lierre et d'autres villes, que le prince espérait voir se prononcer en sa faveur, demeurèrent silencieuses et comme indifférentes '. On peut croire cependant que si Guillaume était revenu vainqueur de Mons, le pays tout entier se serait comme levé sous ses pas; mais l'approche du duc d'Albe glaçait les populations. Malgré ce désenchantement, le prince semblait ne pas vouloir encore renoncer définitivement à son entreprise. Il manda à Malines des députés du magistrat et de l'université de Louvain. Un bourgmestre, un échevin, un membre de la faculté de droit et un membre de la faculté de théologie se rendirent auprès de lui. 11 leur dit qu'il voulait faire quelques réformes dans leur ville, et il les invita à lui remettre un mémoire sur l'état oîi elle se trouvait. Ils répondirent qu'ils allaient s'en occuper, mais ils ne retournèrent plus. Dans un entretien avec Elbertus Leoninus, il se plaignit de l'insubordination de ses troupes et manifesta même du regretd'avoir été obligé de prendre les armes, en môme temps qu'il témoignait des dispositions à un accommodement -. Ces dispositions concordaient, par une singulière coïncidence, avec
' Thierry Muniz au comte Jean de Nassau, I" octobre 1372. [Arcliives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. SHi.)
2 Leoninus rapporta à Morillon les propos que lui avait tenus le prince d"Orauge, tant à Louvain qu'à Malines, et Morillon les transmit au cardinal de Grauvelle dans une iellre du 1G décembre 1572. Mais il nous paraît de toute évidence que le vicaire général de l'archevêché de Maliner. se fiait trop à sa mémoire ou à son imagination, lorsqu'il faisait dire au prince d"Orange : « Si je pouvais obtenir la grâce de mon roi et du pape, je me « mettrais à deux genoux pour recevoir tous leurs commandements. » En effet, la fin de cette même lettre prouve que Morillon avait une autre idée de la fermeté et de la persévérance de Guillaume. {Archives de la maison il'Oraiigc-lSassaii, jre série, siqipicm., p. Mli.)
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le bruit, alors répandu à Paris, à Londres et à Madrid, que le duc d'AIbe négociait un accord avec le prince d'Orange. Mais bientôt l'héroïque résistance de la Hollande, dirigée par Guillaume, allait démentir des rumeurs qui avaient inquiété à la fois les cours de Londres et de Paris et sur lesquelles Saint-Goard, ambassadeur de Charles IX , avait même interrogé Philippe II , afin de le détourner d'un accommodement qui aurait tenu en échec la déloyale politique de la cour de France \
Après avoir passé trois jours à Malines, le prince d'Orange quitta cette ville le 23. Il se plaignit de n'y avoir pas trouvé le concours qu'il attendait, car il ne réussit point à lever l'argent dont il avait besoin -. Il laissa toutefois dans Malines douze cents lansquenets et cinq cents reîtres, outre deux milles cinq cents bourgeois bien armés. Pour lui, il contmua sa retraite vers la Gueidre et rentra dans Ruremonde. Le 3 octobre, il y fut rejoint par Louis de Nassau, toujours malade; mais bientôt les deux frères se séparèrent de nouveau, Louis pour se retirer momentanément en Allemagne, Guillaume pour diriger la résistance de la Hollande. L'adversité lui rendit toute son énergie. Il ne balançait plus, comme naguère à Malines; proscrit et vaincu, il allait se mettre à la tête des deux provinces, qui seules luttaient, avec un courage inébranlable, contre la domination espagnole. « J'ai le dessein, écrivit-il à JeandeNassau, de partir pour la Hollande et laZélande, résolu à trouver là ma sépulture. '» Guillaume le Taciturne, fidèle à cet engagement héroïque, allait, en effet, vouer sa vie à la défense des vaillantes pi'ovinces qui l'appelaient à
' Voir la lettre de Saint-Goard à Charles IX, du 19 septembre 1.372 [Archives de la maison d'Oraïujc-Nassaii, 1>e série, suppléai. , p. 1 27), et h\ lettre de Walsiiigham au conseil privé de Sa Majesté (la reine Élisabelli), Paris, 24 septembre 1.572, dans le Recueil des dépêches de \]^alsimjham, p. 304.
" WiLi.iiMs, MciKjcIiiigri), Qir., p. 403.
leur tôte; il allait combattre avec elles, et, après les avoir sauvées, il devait, en mourant à Delft sous les balles d'un fanatique assassin, donner son sang pour l'indépendance et la liberté des Pays-Bas !
Le 23 septembre, le duc d'Albe avait levé son camp devant Mons. Il fut obligé, à cause du mauvais temps, de s'arrêter pendant deux jours à Trivières, à une demi-lieue de Binche. Le 26, il se remit en route, se dirigeant vers Malines. Le 29, il vint camper à Dieghem , grand village à une lieue et demie de Bruxelles, sur la route de Louvain. Cette dernière ville lui envoya des députés pour tâcher de se disculper de toute connivence avec Guillaume do Nassau. Le duc garda un silence menaçant. 11 reconnaissait toutefois, comme il le mandait au Roi, que les bourgeois de Louvain étaient excusables à certains égards : lorsqu'il partit pour Mons, ils lui avaient fait demander une garnison qu'il ne put leur donner, et, quand le prince d'Orange se présenta devant leur ville , ils se conduisirent d'abord d'une manière louable en lui résistant. Mais tout autres étaient les sentiments que le duc nourrissait contre Malines. En apprenant que cette ville avait accueilli les troupes du prince d'Orange, il écrivait au Roi, le 6 septembre : « C'est une permis- « sion de Dieu, que cette conduite des Malinois , afin qu'on « châtie, comme on le doit, les méfaits qu'ils commirent du « temps de la duchesse de Parme, par le brisement des images, « car notre Seigneur ne pouvait permettre que cela se passât u sans châtiment ^ . »
Bernard de Mérode, capitaine brave et loyal, calviniste convaincu, maniant la plume aussi bien que l'épée, espérait, malgré l'inégalité des forces, défendre la ville confiée à son patriotisme. Signataire du Compromis, en 156G, proscrit et
* Correspondance de Philippe II, t. II, pp. '275 el 282^