‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 24 sur 131 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

soldat pendant les années suivantes, Mérode avait repris les armes par affection pour le prince d'Orange, et dans l'espoir de rendre service à une cause qu'il regardait comme sacrée. Il avait été, d'ailleurs, encouragé par des promesses du roi de France, consignées dans une lettre du 22 février 1571. Nommé gouverneur de Malines, Mérode n'eut garde de s'annoncer comme le prescripteur des catholiques , qui étaient en majorité dans la ville. 11 n'interdit point l'ofBce divin, il publia même qu'il n'y voulait faire aucun changement , et il commanda aux ecclésiastiques et aux religieux de continuer l'exercice de leur culte et de porter leurs habits accoutumés. Tandis que Mérode pratiquait ouvertement le calvinisme dans sa maison, que l'on y faisait des prêches et que l'on y baptisait, à la mode de Genève, les enfants des soldats allemands de la garnison , les églises catholiques continuaient à être fréquentées comme auparavant ^

Mérode, cependant, établissait son autorité. En vertu de la commission qu'il tenait du prince d'Orange, il se fit prêter serment parles membres du magistrat, ainsi que par les confréries et autres corporations ; mais il ne put vaincre la résistance du grand Conseil. Dès le 1" septembre, les membres de ce tribunal suprême avaient demandé de pouvoir s'éloigner de la ville; ils avaient réclamé, en outre , la mise en liberté des évêques d'Arras et de Namur. L'une et l'autre requête avaient été rejetées. Comme le bruit s'était répandu qu'ils seraient également

' Mémoire de Bernart. seigneur de Mérode, pour justifier sa retraite de Malines, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. I V, pp. 9 et suiv.— Mais ce n'est là qu'un discours sommaire. Nous avons fait également usage d'un document plus complet, plus important et plus rare, à savoir la Brieve response, excuse et défense de Bernard de Mérode, baron, chevalier et seigneur de Bumnien, contre les calomnies semées contre luy concernant le fait dn gouvernement qu'il a eu à Malines. L'an •/ô'72. — Imprimé l'an MDLXXIIl, 10 du moisd'aoust.

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sommés de prêter serment au prince d'Orange, ils s'assemblèrent tous au palais, et là, d'un commun accord, résolurent de plutôt endurer la mort que de prêter ce serment ou de faire autre chose contre l'obligation qu'ils avaient au Roi. Mérode se rendit au palais avec une nombreuse escorte, et déclara au grand Conseil qu'il était venu à Malines, par charge du prince d'Orange, pour le service du Roi et le bien de la ville. Il requit donc les conseillers de prêter au Roi et au prince le serment qu'avaient déjà prêté les autorités urbaines. Après que le grand Conseil eut délibéré sur cette proposition, messire Loys Pery, archidiacre et conseiller ecclésiastique, répondit, au nom de tous ses collègues, qu'ils avaient fait déjà une fois serment au Roi, et que, partant, l'on ne les devait presser d'en faire un nouveau. Mérode répondit qu'ils devaient bien voir qu'ils étaient contraints de se résigner. L'archidiacre répliqua que c'était au grand regret de tous qu'ils se voyaient dans cette position , mais qu'ils avaient tous pris la résolution de mourir plutôt que de faire le serment exigé. Mérode se retira très-mécontent et la menace à la bouche. Voyant cependant qu'il n arracherait pas au grand Conseil le serment exigé, il le requit de l'assister avec le magistrat de la commune, pour provenir les desordres qui pourraient être commis par les gens de guerre Les conseillers répondirent n'avoir charge du Roi de se mêler de la police. Mérode répliqua, avec un rude maintien, qu'ils seraient bien obligés de remplir ce devoir, puisqu'ils étaient habitants de la ville et quils devaient vivre et mourir avec les autres. Mais ils persistèrent dans leur refus. Quelques jours après , Mérode fit emprisonner trois membres du grand conseil, ainsi que le greffier et le secrétaire, qui avaient été employés dans les procédures relatives aux confiscations ; les autres conseillers furent surveillés de telle sorte qu'ils ne purent réaliser le dessein qu'ils avaient foim(\ de s'échapper de la ville. Prévenus qu'on voulait les

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contraindre à s'occuper, comme de coutume, des procès pendants et qu'on se proposait de leur adjoindre, au lieu des conseillers prisonniers, quelques avocats, ils résolurent de nouveau de ne point se prêter à cette exigence, quoi qu'il dût advenir. Ils refusèrent également d'aller saluer le prince d'Orange lors de son entrée à Malines. Et cependant ils étaient avertis que le prince, discourant des conseillers, avait usé de rudes paroles, disant qu'ils se montraient fort braves et rebelles, et ajoutant que, dorénavant, il les empêcherait bien de machiner quelque chose contre lui. Sommés, de la part du gouverneur, de fournir, en déans vingt-quatre heures, pour le payement des soldats, qui trois, qui quatre, qui cinq cents florins, sous peine de voir leurs maisons saccagées, chacun répondit <i n'avoir argent à cette fin, ni l'intention d'obéir à un tel commandement ^ » Les Espagnols récompensèrent bien mal cette fidélité courageuse et ce zèle ardent pour le roi Philippe II.

Après la retraite du prince d'Orange, Mérode devait, avec quelques compagnies de reîtres et de lansquenets, défendre une grande cité, peu forte par elle-même, enceinte de vieilles murailles et située au milieu d'une contrée qui obéissait à l'ennemi. Non-seulement il avait à se tenir en garde contre une population généralement hostile, mais il n'était pas même maître de ses soldats. Quelques jours avant l'approche des Espagnols, la cavalerie prenait, en sa présence, la résolution de suivre et de rejoindre l'armée du prince d'Orange. Quant à ses quatre compagnies d'infanterie, elles s'affaiblissaient aussi par de nombreuses désertions et montraient d'ailleurs peu de bonne volonté, à cause des mauvais traitements et des injures auxquels les soldats

' Requête de ceux du grand conseil de Malines au Roi. (Archives du royaume. Collection de documents historiques, t. XIII.) — Discours du pillage de Malines, dans les « Mélanges » de M Willems.

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protestants étaientjournellement exposés de ia part des bourgeois. Le gouverneur de Malines avait donc autant d'ennemis dans la ville qu'au dehors, sans espoir, ni pour le présent ni pour l'avenir, de voir arriver un secours quelconque. Il n'avait jamais reçu, des magistrats, que des paroles vaines; il n'avait jamais été assisté d'une manière efficace. Le peuple, voyant la conduite de ses magistrats, se signalait par son indocilité et son mauvais vouloir. A toute heure, il menaçait le gouverneur de Malines de lui couper la gorge, de le brûler dans sa maison, de lui enlever les clefs des portes, même de le livrer au duc d'Albe ; il lui défendait de hausser les eaux, de couper les arbres à fruits qui étaient près des portes, de prendre enfin les mesures usitées dans les places assiégées.

Le 30 septembre, don Fadrique vint reconnaître les abords de Malines, et, le 1" octobre, il s'empara des faubourgs sans éprouver beaucoup de résistance. Mérode ne les abandonna toutefois qu'après y avoir mis le feu ; de même, pour assurer la défense, il fit incendier trois monastères contigus à la ville, et une partie du béguinage ^ Le duc d'Albe, qui suivait don Fadrique avec le gros de l'armée, était venu camper à Muysen. Les ponts, naguère rompus par les partisans du prince d'Orange, ayant été rétablis et l'artillerie les ayant traversés, des ordres furent donnés pour que, le lendemain, elle ouvrît le feu contre la ville.

Quoiqu'il fût assiégé par toute l'armée catholique, Bernard de Mérode voulait résister jusqu'à la dernière extrémité. Mais les chefs de la faction espagnole avaient repris courage et fomentaient le mécontentement du peuple contre le lieutenant du prince d'Orange. Le 28 septembre, les royalistes avaient fait une manifestation imposante, en communiant le même jour jusqu'au nombre

* Il sagit des trois couvents des dames de Bethauie, de Thabor et de Bloomberghe.

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