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de trois mille, dans les diverses églises. Mérode n'ignorait pas que dix chefs avaient été désignés pour, de concert avec les ecclésiastiques et les gens de longue robe , pousser le peuple aux armes, livrer au duc d'Albo, dans la nuit même, le lieutenant du prince d'Orange, et massacrer les soldats. Ils avaient aussi rompu Tunique pont que les patriotes tenaient libre, « afin, dit plus tard Mérode lui-même, de pouvoir exécuter leur trahison, nous prendre au piège et accomplir semblable massacre ou matines que celui de France. » De leur côté, les catholiques reprochaient au gouverneur et à ses soldats de méditer le massacre des ecclésiastiques. La défiance était donc égale de part et d'autre. Mérode et ses piétons allemands n'osaient même plus quitter leurs armes. Quelle que fût d'ailleurs la malice de ses adversaires, le lieutenant du prince d'Orange était toujours décidé à se faire couper la gorge plutôt que de quitter la place. Mais bientôt les partisans les plus notables qu'il avait dans la ville lui représentèrent que cette résolution serait insensée à cause des factions qui s'étaient déclarées contre lui. A ces représentations se joignirent les prières du magistrat et des bourgeois qui feignaient encore de se tenir neutres. Espérant le convaincre et le fléchir, ils sollicitèrent pour l'évéque d'Arras l'autorisation de se rendre à la maison de ville, afin de donner son avis. Mérode y ayant consenti, l'évéque vint dans la soirée à la maison communale, où il fit un discours public, touchant l'accord qui pourrait être conclu en faveur de la ville si la garnison en sortait, tandis qu'elle n'aurait à attendre que ruine et massacre à la suite d'un assaut. Tous étaient donc persuadés que, par le départ de la garnison et l'intercession des évoques, les habitants obtiendraient un accord et seraient du moins saufs de corps et de biens. Mérode , se voyant ainsi abandonné , ne pouvait plus garder ni défendre la ville pour le prince d'Orange. «' Je fus contraint, dit-il, de céder au plus fort, ne voulant être cause que
]'ÛS SOULÈVEMIiiM Ui;S PAYS-BAS.
tout ce peuijlc fut mis uu fil de l cpée. » Le 2 octobre, vers deux heures du matin, il sortit de Malines avec ses quatre compagnies, enseignes déployées, et se dirigea vers Ruremonde, oii il fut dévalisé par ses soldats mutinés ^
Les Espagnols eussent pu écraser cette faible troupe, bien qu'elle repoussât vaillamment ceux qui venaient la harceler. Mais à peine l'inquiétèrent-ils, aimant mieux tourner leur rage contre une ville désarmée et contre les catholiques même , coupables, à leurs yeux, de n'avoir pas mis en pièces Bernard de Mérode et ses soldats hérétiques. Ceux-ci ne sortirent pas seuls de la ville déjà condamnée. Une vague terreur régnait parmi les bourgeois qui avaient prêté serment au prince d'Orange. Aussi le nombre des fugitifs fut-il considérable. On l'évalua à dix ou douze mille, qui se dispersèrent en plusieurs contrées, n'osant retourner dans leurs foyers , de peur d'être livrés au conseil des Troubles ^.
Dès que Bernard de Mérode et ses compagnies se furent éloignés , les membres du grand conseil se réunirent tous en Ja maison de leur confrère, .Jean Richardot. Là se trouvaient aussi les évêques d'Arras et de Namur. Le premier, se faisant l'interprète du grand Conseil et des notables, s'empressa d'envoyer un messager au duc d'Albe pour l'avertir de la retraite des soldats orangistes et du départ des principaux séditieux ; il l'assurait aussi que les portes lui seraient ouvertes à l'heure qu'il voudrait. D'après le conseil des évêques, le clergé de la ville fit une autre démarche. Avant l'aube du jour, les ecclésiastiques, portant les croix, allèrent à la rencontre du duc d'Albe; et comme les portes de la ville étaient encore fermées, ils montèrent sur
' Défense et Briefve response de Bernard de Mérode, passim. — Mémoires anonymes, t. l"', p. 134.
- Discours du pillngcdo Mnlines. (\Vii,i,ems, Mr.nfjrlingcn, pp. 'lO.Tet 416.)
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les remparts, levant les mains au ciel et criant miséricorde ^ Les troupes espagnoles, frustrées du pillage de Mons et attendant depuis longtemps leur solde, réclamaient un dédommagement. Ce dédommagement leur fut lâchement accordé par le duc d'Albe. Telle était, dit Mendoça, l'indigence en laquelle les soldats se trouvaient, qu'ils se seraient soulevés contre leur général, quel qu'il eût été, s'il les eût privés du pillage. Mais le duc d'Albe n'essaya même pas un semblant de résistance. Le pillage de Malines fut promis pour trois jours, d'abord aux Espagnols, puis aux Wallons, et enfin aux Allemands. Le duc, dissimulant sa haine contre Malines et sa faiblesse devant ses soldats, prétextait qu'il fallait faire un exemple et en même temps récompenser les troupes -. Par une sanglante ironie, le cruel dictateur des Pays-Bas portait une armure sur laquelle il était représenté à genoux, et en prières, devant le Christ.
Un certain nombre d'habitants avait suivi les ecclésiastiques sur les remparts, tendant bénévolement les mains aux soldats catholiques et les aidant à escalader les murailles. Dès que les Espagnols, hissés de la sorte dans la ville, se virent les plus forts, ils obligèrent les ecclésiastiques à retourner dans leurs maisons, les menaçant même, s'ils n'obéissaient point, de les traiter comme les autres ; les prêtres et les moines (îédèrent à ces menaces, mais en laissant les croix plantées sur les remparts. Les soldats catholiques, n'éprouvant aucune résistance, se répandirent de tous les côtés et commencèrent leurs brigandages. Au premier abord, ils tuèrent quelques bourgeois et quelques femmes, forcèrent les portes des maisons, saccagèrent indifféremment les demeures des conseillers et des employés du grand
' Discours du pillage de Malines, etc. — Requête du grand conseil au Roi. ^ J.-B. DE Tassis, Comment., lib. \. [Analecta belgica, t. IV, p. 'IG3.] — Renon de France, MS, 2^ partie, cliap. XX.