‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 27 sur 131 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Le duc (J'Albe suspendit aussi les commune-maîtres et échcvins de leurs offices et charges, et remit le gouvernement de Malines au seigneur de Zweveghem ^ Don Fadrique, de son côté, pour avoir sa part des dépouilles, avait donné pouvoir à un capitaine espagnol, nommé Erasso, de s'emparer de toutes les provisions et des objets mobiliers qui n'auraient pas été rachetés les deux premiers jours du sac et dont on ne produisait point les quittances. Les ecclésiastiques furent de nouveau soumis au sort commun. Erasso fit aussi main basse sur le bétail et tout ce qui se trouvait dans les villages environnants, prétendant, malgré les réclamalions des fermiers , que c'étaient des biens des Malinois. On comprendra mieux la rapacité d'Erasso lorsqu'on saura qu'il avait fait, avec don Fadrique, un accord par lequel il s'engageait à lui remettre, sur les objets rachetés, 12,000 ducats , le demeurant étant pour lui. Aussi menaçait -il d'emporter, si on ne les rachetait pas, même les portes et les fenêtres, les lambris, les verrières, les peintures, etc. Quant aux tableaux, comme il en connaissait la valeur, il refusait de les laisser racheter. Malgré les plaintes du nouveau gouverneur de Malines, Erasso, fort de l'appui de don Fadrique, continua ce second et fructueux pillage pendant l'espace de deux mois , après le premier sac. Le duc d'Albe, donnant d'ailleurs l'exemple, avait fait saisir et séquestrer les biens et les rentes de tous les habitants de Malines, sans exception, quelque part qu'ils fussent situés. Tous les conseillers et employés du grand Conseil, se trouvant compris dans cette spoliation nouvelle , présentèrent requête au duc : mais il les renvoya au conseil des Troubles ^.

Certes, les troupes du prince d'Orange, dans leur retraite vers

* Viglius à Hopperus, 10 novembre ]51'i. {Analecta bcigica, t. Il, p. 712. — Renon de France, MS, '2«^ pai'tie, chap. XX. - Discours du pillage de Malines, etc.

le Rhin, n'avaient pas toujours respecté les biens des habitants. On prétendait nriéme qu'elles emmenaient plus de trois mille chariots chargés d'objets volés. Toutefois ces déprédations n'étaient rien 5 côté des immenses et sacrilèges spoliations des soldats catholiques.

Le saccagement de Malines, début d'une ère sanglante, répandit l'effroi dans tous les Pays-Bas méridionaux, mais il donna en même temps une nouvelle énergie à la haine générale contre le duc d'Albe. Les catholiques, sans excepter le méticuleux Viglius, gémirent sur le sort terrible et lamentable de la cité métropolitaine, de l'ancienne et noble résidence de Marguerite d'Autriche, de l'agréable et hospitalière commune où Charles-Quint avait passé une partie de son enfance et oîi il avait donné au grand Conseil tant de marques de sa haute déférence et de sa profonde estime ^

Philippe II lui-même désapprouva le duc d'Albe. Mais on aurait tort d'attribuer à un sentiment de commisération l'opinion exprimée par le fils de Charles-Quint sur le sac de Malines. Philippe II était sans pitié pour tous ceux qui adhéraient directement ou indirectement aux croyances protestantes. Lorsque, le 7 septembre au soir, il avait reçu la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy, il s'était rendu aussitôt au monastère de Saint-Jérôme pour y rendre grâces à Dieu. Le lendemain, l'ambassadeur de Charles IX- étant venu le trouver dans ce monastère, Philippe, toujours si froid et si dissimulé, se prit à rire, et avec des démonstrations d'une joie bruyante, s'écria que le roi de France avait bien mérité le titre de Très-Chrétien, et que nul souverain ne l'égalait en valeur ni en prudence. Il

' Viglius à Hoppcrus, 10 novembre 1372. [Analectabelgica, t. II, p. 712.) — J.-B. DE ÏAssis, Comment., lib. 1. [Ibid., t. IV, p. 163.) — Renon de France, MS, 2" partie, clvip. XX, — Stuapa, D, I, liv. VII.

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