LIVRE II
annonça même l'intention de faire châtier sans miséricorde ceux qui prétendraient que l'exécution de Goligny et de ses adhérents avait été faite à l'insu du monarque français ^ Le 18 septembre, il écrivit au duc d'Albe -. « Par la relation que m'a faite l'ambas- <i sadeur de France, d'après l'ordre de son roi, j'ai appris la «I résolution honorable et chrétienne qu'il a prise de se défaire «( de l'amiral et des autres personnes marquantes de son parti. <' Je m'en suis réjoui, ainsi que vous pouvez l'imaginer, tant « parce qu'il importait au service de Dieu et au bien de la reli- « gion d'être débarrassés d'hommes si pernicieux, que parce que « le roi de France en recherchera davantage mon amitié, car il « est clair que, dès aujourd'hui, ni les protestants d'Allemagne, « ni la reine d'Angleterre ne se fieront plus à lui, et parce que •1 je tiens également pour certain que cela aura une grande « influence sur le rétablissement des affaires aux Pays-Bas ^. » Sur ces entrefaites arriva du camp de Mons don Fernando de Tolède, chargé d'exposer au Roi les motifs qui avaient déterminé le duc d'Albe à ratifier la capitulation de cette ville. Philippe reçut aussi la lettre du 2 octobre dans laquelle le Duc annonçait que l'armée catholique commençait le sac de Malines. Cette nouvelle inattendue fut loin de le satisfaire comme celle du massacre des huguenots français. Il eut applaudi sans doute à la destruction d'une des villes calvinistes de la Hollande ; mais il redoutait l'impression que laisserait le saccagement de la cité métropolitaine des Pays-Bas. Il écrivit donc au duc d'Albe, le 19, qu'il trouvait très-sages les motifs qui avaient déterminé la capitulation de Mons, et qu'il les approuvait. Il lui paraissait aussi que ceux de Malines avaient mérité le châtiment qu'ils
■* Le seigneur de Saint-Goard à Charles IX, 12 septembre 1 372. [Archives dclamaisond Orange-Nassau, l. IV, 2« partie, p. 'Il , et supplém , p. 125.)
^ Particularités inédites sur la Saint -Barthélémy, par M. Gacuard. [BulleUn de l' Académie royale de Belgique, t. XVI.)
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avaient reçu ; mais il eût souhaité, ajoutait-il, que ce chûtiment ne consistât point dans le sac de leur ville. En outre, que ceux de Louvain se disculpassent ou non, il défendait formellement à son lieutenant de livrer leur cité au pillage \ On sut bientôt dans les Pays-Bas que le Roi avait trouvé trop rigoureux le châtiment infligé à Malines, et ce désaveu accrut encore l'animadversion contre le duc d'Albe. Mais l'orgueilleux capitaine n'accepta point le désaveu de son maître. Tandis que, de son côté, il improuvait presque ouvertement les auteurs du massacre de la Saint- Barlhélemy , il trouvait juste la dévastation de Malines -. Il soutint quïl n'aurait pu se dispenser de châtier cette commune, et il assura au Roi que tous les habitants, sauf quelques-uns peut-être, avaient mérité un pareil châtiment. Quant à Louvain, il n'avait jamais eu l'intention de saccager la ville universitaire : il saurait néanmoins punir les coupables '.
Soit qu'il craignît un soulèvement général ou qu'il fût satisfait, pour le moment, d'avoir fait un exemple à Malines, le duc d'Albe se montra moins rigoureux à l'égard des autres villes qui avaient également ouvert leurs portes au prince d'Orange. Il permit à Diest de se racheter du pillage pour huit mille florins, et il accorda la même faveur à Termonde. La garnison orangiste de Termonde s'était retirée vers la mer afin de gagner Flessingue : elle fut poursuivie et perdit nombre de gens. Comme à Malines,
' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 289. — Morillon mandait à Gianvelle, le 30 novembre 4572 : « J'entends que le Roi se contente peu de l'apoinctement de Mons et qu'il enrage du sac de Malines. » [Archives de la maison d'Orange-Nassau, supplém., p. i 13.)
^ L'ambassadeur de France à Madrid se plaignit vivement à Philippe II des propos tenus par le duc d'Albe sur Ja Saint-Barthélémy. Le duc avait dit « que c'était chose furieuse, légère et non pensée que cette exécution. » Saint-Goard à Charles IX, Madrid, 15 novembre 1572. [Archives de la maison d'Oraiige-Nassau, t. IV, 2'- partie, p. 24.)
' Correspondance de Philippe 11, t. M, p. 209.