LIVRE II (1372). iAl
un gouverneur, nommé directement par le duc d'Albe, vint remplacer la magistrature communale. Ce gouverneur fut Jean de Bonnière, dit Sonastre, seigneur de Vicht, bourgmestre des échevins de Bruges '.
La garnison d'Auderrarde abandonna cette ville dans la soirée du 4 octobre, lorsqu'elle connut la capitulation de Mons et l'approche du comte du Rœulx, qui s'avançait avec mille hommes d'infanterie et deux cents chevaiix. Pendant l'occupation de la ville, les soldats calvinistes s'étaient signalés par une haine sanguinaire contre les catholiques. Les églises et les monastères d'Audenarde, de Pamele et de Renaix avait été succagés, sans que l'on respectât même les sépultures ; les prêtres et les moines avaient été persécutés, maltraités ; avant de quitter Audenarde, les calvinistes garottèrent cinq curés et un chapelain , qu'ils tenaient prisonniers au château de Bourgogne, et les jetèrent dans l'Escaut ; le plus âgé et le plus infirme surnagea et fut retiré sain et sauf du fleuve par quelques paysans ^. Les troupes catholiques du comte du Rœulx respectèrent la ville, qui put également se racheter pour huit mille florins, mais elles se mirent vivement à la poursuite des gueux. Ceux-ci gagnèrent Ostende. Là, ils s'emparèrent de quelques navires et s'embarquèrent pour l'Angleterre avec une telle hâte qu'ils laissèrent un certain nombre de leurs compagnons sur le rivage. Le comte du Rœulx les fit saisir et mener à Bruges ; ils y furent décapités ou pendus. Un gentilhomme, nommé Utenhove, ayant confessé qu'il appartenait à la religion réformée, fut brûlé vif. Quatre
' Le duc d'Albe au Roi, de Tongres, 13 octobre 1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 286. —Voir aussi Grande chronique de Hollande, t. II, p. 236. — Vicbt mourut le ler juillet '1373.'
^ Van Meteuen, fol. 85 v". — M. Aitsinger, De Leone belgico, fol. 135 et 442. — E. F. Van Calwenberghe, Lettres sur l'hisloire d'Audenarde (Audenarde. 1847), passirn.
1 t2 SOULÈVEMENT DES PAYS-DAS.
cents hommes réussirent cependant à gagner les côtes d'Angleterre, et débarquèrent les uns à Douvres, les autres à Sandwich .
Des agents venus de Flessingue pour recruter des auxiliaires firent rembarquer les soldats de Blomraaert et les envoyèrent dans l'île de Walcheren. Comme ils étaient partie Flamands et partie Wallons, il en fut fait deux compagnies : les Flamands furent envoyés en Hollande, et les Wallons retenus pour la garde de Flessingue. Jacques Blommaert et les autres chefs s'étaient séparés de leurs gens, a\ec l'espoir de mieux assurer leur salut, en se dirigeant seuls vers la Zélande. Mais les troupes catholiques les surprirent de nuit dans une maison près d'EecIoo : comme les capitaines des gueux refusaient de se rendre, on mit le feu à la maison, et elle fut brûlée avec tous ceux qu'elle renfermait ^
Tel fut le dénoûment de la seconde expédition de Guillaume de Nassau dans les Pays-Bas méridionaux. Le duc d'Albe, arrivé à Maestricht, apprit d'une manière certaine que le prince d'Orange avait licencié son armée et qu'il s'était dirigé vers Zutphen. Décidé maintenant à le poursuivre jusque dans son dernier asile, il résolut de passer le Rhin à Emerich.
' Grande chronique de Hollande, t. II, p. 237. — Van Metere.n, foi. 83 v». — Correspondance de Philippe II, t. II, p. 28G.
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