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Élal des provinces insurgées. — Les Espagnols délivrent Tergoes. — Le prince d'Orange en Hollande. — Les Espagnols se dirigent vers le Nord. — Sac de Zutphen. — La Gueldre, l'Over-Yssel et la Frise retombent sous le joug espagnol. — Vives discussions entre le duc d'Albe et le duc de Medina-Celi. — Sac de Naarden. — Exaspération des insurgés. — Siège de Harlem. — Efforts du prince d'Orange pour sauver celte ville importante. — Arrestation de Guillaume de La Marck. — Héroïsme des bourgeois de Harlem. — Dernières et vaines tentatives pour arracher cette ville à l'Espagnol. — Capitulation de Harlem. — Horribles exécutions. — Mutinerie des vétérans du duc d'Albe.
Tandis que les bandes espagnoles saccageaient Malines , le prince d'Orange avait repassé le Rhin à Orsoy, se dirigeant vers Zutphen. Il venait d'échapper presque miraculeusement à plusieurs tentatives contre sa liberté et sa vie. Un aventurier allemand, nommé Heist, chevalier de l'ordre de Saint-Micheî, s'était glissé dans le camp du libérateur, après être convenu avec le duc d'Albe de le tuer d'une arquebusade ou pistoletade ^. Délivré de ce traitre, Guillaume se trouva à Orsoy en face des
■■ Celte tentative d'assassinat est formellement attestée dans une lettre de Mondoucet à Charles IX, datée de Bruxelles, -14 octobre 1.572.
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mercenaires allemands qui, furieux de ne pas recevoir la solde promise, voulaient le retenir en otage et même le livrer au lieutenant de Philippe II. Pour les apaiser, il fut contraint de vendre ses munitions et son artillerie.
Ainsi retombèrent sous le joug espagnol les provinces méridionales des Pays-Bas. Le Hainaut, le Brabant, la Flandre et la Gueldre, avaient été successivement évacués par les soldats patriotes. Le découragement gagna l'Over-Yssel. Zutphen eut été dès lors perdu sans l'arrivée du prince d'Orange. Plus de quarante enseignes de gens de pied avaient pris inconsidérément la fuite. Les meilleurs citoyens eux-mêmes se montraient profondément découragés. Guillaume s'efforça de relever les esprits abattus. Il rétablit l'ordre dans Zutphen, et y laissa pour gouverneur, avec douze cents arquebusiers wallons, Christophe d'Ysselstein, ancien confédéré.
La cause du prince d'Orange, quoique très-compromise, n'était pas encore désespérée. Elle était ardemment soutenue par la Hollande tout entière, à l'exception d'Amsterdam. Les partisans de Guillaume de Nassau étaient aussi solidement établis dans l'île de Walcheren, et ils entretenaient des relations presque fraternelles avec les côtes de la Flandre. Le duc d'Albe enjoignit au comte du Rœulx d'empêcher rigoureusement que les habitants du littoral n'envoyassent aux pirates de Flessingue des vivres et des munitions K Mais, assurés de la sympathie des paysans, les hardis marins de Flessingue ne craignaient pas de descendre du côté de Heyst et de Blankenberghe ; ils avaient môme formé le dessein de pousser, le long dos dunes, jusqu'à Ostende ^.
' Il ordonnait de faire pendre quelques-uns de ceux qui violeraient cette défense « afin de donner terreur aux autres pour s'en abstenir. » Le duc d'Albe au comte du Rœulx, 28 novembre '1572.
^ « ... Les paysans sont si méchants, au moins la plupart, qu'ils nous
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En vain les Espagnols cherchèrent-ils à corrompre quelques-uns des chefs qu'ils redoutaient le plus ; ceux-ci repoussèrent avec dédain les offres d'un ennemi exécré. On avait répandu le bruit à Anvers que Flessingue était retombée en l'obéissance du Roi par la défection du capitaine Worst; mais, loin de trahir, cet amiral des gueux de mer s'opiniâtra, pour parler le langage de l'époque, dans sa folie patrotique K
Le gouverneur de Flessingue, Jérôme Tseraerts, après avoir conduit une partie de ses troupes jusqu'à Ârdembourg, dans la Flandre, avec le vain espoir de prendre Bruges et même Gand, retourna en Zélande et tenta de s'emparer de Goes ou Tergoes, chef-lieu de l'île de Sud-Beveland. Cette ville, située au milieu de riches campagnes, était défendue par de bonnes murailles et des fossés profonds. Comptant trop sur les intelligences qu'il avait dans la place, Tseraerts négligea de se munir d'artillerie et fut deux fois repoussé. Apprenant que les Espagnols accouraient d'Anvers et de Berg-op-Zoom, il retourna dans l'Ile de Walcheren, où il fut très-mal accueilli par les gueux de mer. Ceux de Flessingue, l'accusant de lâcheté et de trahison, refusèrent de le recevoir et l'obligèrent de se retrancher à la hâte dans la campagne, Beauvoir, gouverneur de Middelbourg, essaya, par une attaque soudaine, de s'emparer de ce camp encore mal fortifié. Déjà les Espagnols avaient pénétré jusqu'au centre, lorsque les auxiliaires wallons et anglais, combattant comme des lions, les obligèrent de reculer et les jetèrent hors des tranchées. Une seconde attaque, encore plus soudaine'et plus furieuse, n'eut pas
trahissent de tous côtés et avons autant à faire nous garder d'eux que des ennemis... » Le comte du Bœulx au duc d'Albe, 4" octobre 4572.
* Le conseiller d'Assonleviile au duc d'Albe, 27 août, et le seigneur de Champagney au même, M octobre 1572. Il résulte d'un billet du duc d'Albe, du 28 novembre, qu'une autre tentative faite pour gagner le bailli de la Vere et un bourgmestre de cette localité échoua également.
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plus de succès. Les Wallons et les auxiliaires français venus de Dieppe, suivis des Anglais et des Hollandais, poursuivirent les ■ennemis et les mirent en pleine déroute. Une compagnie entière d'Espagnols, qui s'était réfugiée dans une grange, y fut brûlée. Aucun quartier n'était accordé aux prisonniers; dans l'un et l'autre camp, ils étaient impitoyablement pendus. Quinze jours après cette espèce de victoire, les habitants de Flessingue, grAcc à l'intervention des capitaines français, consentirent enfin à recevoir Tseraerts dans leurs murs. Il fut alors résolu, pour occuper les troupes, de faire une nouvelle tentative contre Tergoes. Tseraerts, qui s'était muni de neuf doubles canons, parvint à ouvrir une large brèche dans les murs; il ordonna ensuite l'escalade, pendant la nuit, sans s'être assuré si les murailles étaient gardées. Les auxiliaires anglais et français montèrent à l'assaut et furent repoussés avec honte et perte *.
Une autre expédition, dirigée vers la môme époque contre Anvers, échoua également. Cette tentative prématurée coûta la vie à quelques bourgeois, accusés et convaincus d'être de connivence avec les rebelles -.
Bartel Entes, lieutenant du comte de La Marck, étant venu joindre Tseraerts avec deux mille volontaires, le siège deTergoes fut repris. Alors Sancho d'Avila, châtelain de la citadelle d'Anvers, reçut l'ordre de se mettre à la tête de trois mille hommes et de chasser les rebelles de l'île de Sud-Beveland. Les passages de la Zélande étant fermés par les croiseurs de Flessingue, il conduisit par terre, jusqu'à Berg-op-Zoom , les troupes qu'il destinait à la délivrance de Goes, Dirk Blommaert, capitaine brabançon au service de l'Espagne, suggéra ensuite
' Grande chronique de Hollande, t. II, p. 228. — Bon, (i<= liv., fol. 28G. — Van de Spiegel, Ilistoriv van de satisfactie der slad Gocs, etc. (Goes, 4 777), p. 136.
^ Grande chronique de HoUundc cl Zélande, t. II, p 228.
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uii projet qui devait sourire à l'intréjùdité de Sancho d'Avila et du colonel Christophe Mondragon, son valeureux lieutenant. Le 20 octobre, Mondragon embarqua ses soldats à Berg-op-Zoom, laissant croire qu'il allait chercher la flotte des rebelles ; mais il n'avait d'autre but que de ne pas leur donner l'éveil sur son véritable dessein. Blommaert mena les Espagnols à Woonsdrecht, 011 ils devaient, à la basse marée, passer l'eau pour atteindre l'île de Sud-Beveland. Il s'agissait de faire un trajet de deux lieues dans un pays submergé, et de s'aventurer entre des canaux assez profonds. Malgré les dangers qu'offrait l'expédition, elle fut tentée. Le vieux Mondragon se mit à la tête de dix compagnies de son régiment et de celui d'Arieta, d'une compagnie d'Allemands et de cent arquebusiers espagnols. Cette vaillante troupe s'avança vers l'île de Sud-Beveland, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture et quelquefois jusqu'à la poitrine. Après avoir marché pendant quatre à cinq heures et perdu quelques hommes qui se noyèrent, Mondragon atteignit la digue de Valkenisse, où se trouvait une compagnie de soldats orangistes. Terrifiés par l'arrivée soudaine et incompréhensible des Espagnols, ils prirent la fuite vers le camp des assiégeants, tandis que Mondragon faisait allumer de grands feux .sur la digue pour annoncer l'heureux succès de son expédition à Sancho d'Avila et à Serooskercke, gouverneur de Berg-op-Zoom, demeurés l'un et l'autre sur la rive brabançonne. Les protestants, qui assiégeaient Tergoes, au nombre de cinq mille hommes, auraient pu facilement avoir raison de la faible troupe, qui arrivait harassée et trempée. Mais il aurait fallu l'attaquer le soir même, au lieu de lui laisser la nuit pour se reposer. Le lendemain, les Espagnols s'avancèrent, et les orangistes , assaillis à la fois par Mondragon et par la garnison de Tergoes, levèrent le siège et prirent la fuite, se jetant en désordre dans leurs navires. Bartel Entes donna l'exemple de cette déplorable retraite. Le 22 octobre, il arriva
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avec ses gens cl les auxiliaires français devant la Vere, tandis que les auxiliaires anglais arrivaient devant Flessingue *.
On fit de nouveau tomber sur Tseraerts la responsabilité de ce grave échec. On l'accusa de trahison, sous prétexte qu'il avait un frère au service des Espagnols, et que toute sa famille tenait leur parti. Ainsi, les soldats qui avaient fui devant Mondragon, rejetaient sur leur capitaine les fautes occasionnées par leur indiscipline et leur couardise. Ils appelaient traître un gentilhomme qui servait depuis dix-huit ans le prince d'Orange et qui avait mérité toute sa confiance. Pour dire la vérité, c'était sa modération qui l'avait rendu suspect et impopulaire parmi les plus fanatiques. Quelque temps auparavant, comme il se trouvait à la Vere, il avait chassé ignominieusement ceux de ses soldats qui dévastaient la principale église et se disposaient à enlever du chœur les armoiries des chevaliers de l'Ordre de la Toison d'or ; il avait même percé, de son épée, deux des pillards. Dès ce jour, il perdit toute faveur parmi les fanatiques, qui l'appelaient «i meurtrier et papiste. )> Voyant que son autorité n'était plus respectée, il remit le gouvernement de Flessingue à .Tacques Smid, de Baarland, et alla rejoindre le prince d'Orange pour se disculper. 11 le pria de lui donner l'autorisation « de pouvoir appeler, à cri public et par affiches, au combat et au duel, tout homme qui le voudrait qualifier autre que gentilhomme fidèle et loyal, s'étant, en tout et partout, acquitté de son devoir. » Quelques-uns de ses amis lui donnèrent le conseil
' Grande chronique de Hollande, elc, t. II, pp. 228-229. — Bor, 6^ liv., fol. 287. — Van Metehex, foi. 286. — Vax de Spiegel, pp. 157 et siiiv. — Le duc d'Albe au Roi, iO novembre, et le secrétaire Albornoz au secrétaire Çayas, 5 novembre 4 572. [Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 290-294.) « Cette expédition de Mondragon, écrivait Albornoz, a produit une sensation extrême dans tout le pays, et, malgré cela, ces traîtres hérétiques trouvent des centaines de mille personnes qui les servent. »
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(Je patienter, parce que le temps devait suffisamment le justifier si ses actions étaient droites. Quant au prince d'Orange, il lui confia un autre commandement pour mettre son honneur à couvert '.
Le 20 octobre, tandis que Mondragon marchait au secours de Tergoes, le prince d'Orange, avec soixante cavaliers, arrivait à Kampen. Quatre jours auparavant , il avait écrit à Thierry Sonoy, amiral de la flotte de la Hollande septentrionale et gouverneur de ce pays, qu'il se proposait de se rendre à Enkhuizen. 11 lui recommandait en même temps d'encourager les villes hollandaises, exprimant l'espoir que les choses prendraient bientôt une tournure telle qu'il y aurait lieu de rendre grâce à Dieu. Il écrivit aussi aux états pour annoncer son arrivée prochaine en Hollande et les inviter à se tenir réunis. 11 traversa le Zuiderzee sur la flotille envoyée à Kampen et parvint sans encombre à Enkhuizen, oîi il fut reçu avec allégresse. H y demeura quelques jours, fit équiper des vaisseaux pour chasser l'ennemi du Zuiderzee, et ériger un rempart, que la bourgeoisie, malgré un froid rigoureux, termina rapidement. Après avoir visité le quartier du Nord, il se rendit à Harlem, où les états l'attendaient ^.
I\Ialgré les sévères défenses du duc d'Albe, toutes les villes de la Hollande, à l'exception d'Amsterdam, avaient envoyé leurs représentants à Harlem. Naguère l'assemblée de Dordrecht reconnaissait Guillaume de Nassau tout à la fois comme le véritable stathouder et comme le chef de la résistance contre les Espagnols. Elle lui avait conféré, pour la durée de la guerre, une sorte de dictature , avec la réserve cependant que les
' Grande chronique de Hollande, etc. , t. II, p. 229, et Bor, G« liv., p. 286. Ce dernier annaliste donne la lettre justificative répandue par Tseraerts, lorsqu'il eut quitté Walcberen et se fut retiré près du prince d'Orange. Elle porte la date du 6 décembre 1572.
' Bor, 6^ liv., foi 302.
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coutumes et les privilèges du pays seraient maintenus et que les états concourraient au gouvernement. A Harlem, les états, après avoir rappelé au prince d'Orange la constance avec laquelle ils l'avaient aidé, firent remarquer qu'il était impossible que les habitants de la Hollande résistassent seuls à la formidable puissance des Espagnols. Ils le prièrent de leur faire connaître les moyens qu'il avait de les aider et de repousser l'ennemi, avec le secours de Dieu. Le prince, venu en Hollande pour triompher ou mourir avec les défenseurs de la liberté, donna aux députés, et sur toutes choses, si bon espoir qu'ils se déclarèrent prêts à aventurer avec lui tout ce qu'ils avaient au monde.
Un grand nombre de réformés, persuadés que le pays allait retomber sous le joug des Espagnols, se montraient disposés à s'exiler de nouveau. La venue du prince d'Orange les rassura. On ne songea plus qu'à soutenir avec énergie la terrible lutte dont la Hollande allait devenir le théâtre. Guillaume s'empressa de publier de nouvelles ordonnances afin de resserrer les liens de la discipline dans l'armée et dans la flotte. II mit un frein aux désordres causés par les bandes indisciplinées et presque sauvages qui, les premières, étaient venues dans le pays avec le comte de la Marck, Un autre placard défendit tout commerce avec les Espagnols et leurs adhérents ; la sortie des denrées fut également prohibée. Par représaille, le duc d'AIbe défendit de ne rien tirer de la Hollande et môme de l'Angleterre. Cette mesure fit immédiatement hausser, dans les provinces encore soumises, le prix du beurre, du fromage, du poisson, etc., et causa un profond malaise et un vif mécontentement '. Pour l)ourvoir à la défense du pays, les états de Harlem avaient
' Mondoucet, rendant compte au roi de France, le 17 décembre 1572, des prohibitions du duc d'AIbe, ajoutait que « c'était un nouveau moyen de faire mourir de faim et crier ce pauvre peuple. »
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décrété la levée du douzième des revenus des terres et des maisons : l'accise sur la bière et le vin fut doublée, mais on abolit les impôts sur les grains, sur le beurre, sur le fromage, sur les bestiaux, sur les draps, sur l'huile, sur le hareng. Enfin, pour donner à l'importante et riche province, qui allait devenir le principal boulevard des adversaires de l'Espagne, une organisation stable et régulière, les états, sur la proposition de leur stalhouder, rétablirent la cour et la chambre des comptes de Hollande \
De Harlem, le prince d'Orange alla à Leyde, où il fit venir de Zélande un grand nombre de vaisseaux, avec le dessein, croyaient les Espagnols, d'assiéger Amsterdam.
Le duc d'Albe ne s'était pas arrêté longtemps à Maestricht. Il était entré dans le duché de Clèves , avait passé le Rhin à Emraerich, et s'était rendu à Nimègue. Là, il fut résolu dans un conseil, de commencer la guerre de Hollande par la prise de Zutphen, et de charger de cette expédition don Fadrique de Tolède et Noircarmes. Pendant ce temps, les ducs d'Albe et de Médina devaient rester à Nimègue, sous prétexte que leur présence à l'armée pourrait occasionner des embarras, à cause de la rareté des vivres et des fourrages. Mais cette résolution avait été très-vivement combattue par le duc de Médina. Il dit, non sans colère, au duc d'Albe, qu'il ne voulait pas rester tranquillement dans les villes obéissantes, et il pria le gouverneurgénéral de lui déclarer nettement s'il avait le dessein ou non d'assister à l'expédition de Hollande. Le duc d'Albe s'en référa à l'opinion émise par la majorité du conseil, ajoutant toutefois qu'il ne se refusait pas à délibérer de nouveau sur la proposition du duc de Médina , après la prise de Zutphen. Médina
• BoR, (>■ liv,, loi. 302 V". — La nouvelle cour provincitiie de Holkinde tint sa première réunion à Delft, le 13 février lo73.
repartit aigrement que, si le duc d'Albe n'allait [)as à la guerre, le Roi n'avait pas besoin de lui. Le gouverneur des Pays-Bas feignit de ne pas entendre et s'occupa d'autres affaires. Jusqu'alors il avait cherché constamment, et avec affectation même, à dissimuler le désaccord qui existait entre lui et le duc de Médina ; il voulait faire croire au Roi et au public que le duc approuvait sa conduite, tandis que, en réalité, ce seigneur ne cessait de se plaindre de lui, et que même, dans plusieurs conseils, il avait critiqué amèrement des mesures que le gouverneur avait prises. Mais, après le retentissement qu'avait eu la dispute survenue à Nimègue, il ne fut plus possible de dissimuler la vérité. Le lendemain de la séance du conseil, le duc d'Albe devait recevoir à dîner le duc Adolphe de Holstein, qui venait d'arriver au camp, et, pour lui faire honneur, il avait été convenu que le duc de Medina lui tiendrait compagnie. Mais celui-ci refusa de se rendre à l'invitation qu'il avait d'abord acceptée; au capitaine de la garde du duc d'Albe, qui vint lui rappeler sa promesse, il répondit sèchement qu'il ne lui seyait point de figurer dans des banquets pendant que l'armée du Roi était en campagne '. Don Fadrique de Tolède, qui venait d'être investi du commandement de l'armée espagnole, avait le cœur d'un spadassin. Une action indigne d'un gentilhomme l'avait fait autrefois bannir de la cour du Roi Catholique et reléguer à Oran -. Ayant obtenu ensuite la permission de servir aux Pays-Bas sous le duc d'Albe, son père, il espéra reconquérir la faveur de Philippe II en combattant les rebelles avec ce mélange d'astuce et de cruauté que les soldats de Pizarre avaient montré dans les Indes. Il partit de INimègue le 29 octobre, fit halte à Duisburg cinq ou six jours
' Albornoz à Çayas, Nimègue, G novembre 1572. [Correspondance de PhHippe 11,1. Il, pp. 291-293.)
^ Il avait refusé d'accomplir la promesse solennelle de mariage qu'il avait faite à dofïa Madalena de Guzman, dame de la reine (ÉlisuIteUi de Valois).
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pour y attendre son artillerie et, dans cet intervalle, il alla reconnaître Zutphen.
Cette ville, située sur l'Yssel, était forte et possédait une bonne garnison. Le 14 novembre, les Espagnols l'investirent et, le lendemain, dix-sept pièces d'artillerie commencèrent à battre les murailles. Une grande crainte s'empara des assiégés et le plus grand nombre voulut capituler dès la nuit suivante; alors la plupart des soldats et une compagnie bourgeoise, qui s'étaient prononcés pour la résistance, abandonnèrent la ville. Le 16, les assiégés ouvrirent les portes et firent savoir qu'ils se rendaient : mais don Fadriquo avait reçu de son père l'ordre de ne pas laisser un seul homme en vie et de mettre le feu à la ville. Les Espagnols, éludant la capitulation, escaladèrent les murailles et entrèrent par la brèche qu'ils avaient commencé à pratiquer. Don Fadrique voulait plutôt excéder qu'enfreindre les ordres de son père; les troupes, de leur côté, étaient alléchées par la perspective d'un sac comme celui de Malines. Bien que les Espagnols ne rencontrassent plus de résistance, ils mirent le feu en huit endroits et passèrent indistinctement au fil de l'épée les bourgeois et les soldats demeurés dans la place. Fatigués de tuer et de pendre, ils finirent par jeter dans l'Yssel cinq cents personnes qui y trouvèrent la mort. Des habitants notables, réservés pour être rançonnés, subirent des tourments si affreux qu'ils envièrent le sort de ceux qui avaient été tués dans la première furie. Les femmes, les vierges, les petits enfants même ne rencontrèrent pas plus de pitié à Zutphen qu'à Malines. Et les infortunés qui survécurent à tant d'horreurs furent obligés, sans exception pour les ecclésiastiques, de soudoyer pendant longtemps les troupes espagnoles canipées sur les -ruines de Zutphen '.
' Le duc d'Albe au Roi, de Nimègue, \9 uoveiiibre 1572. (Correspoii-
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Kii apprenant ce nouveau désastre, le prince d'Orange s'efforça encore d'entretenir la constance de ses j)artisans. Il ne se borna l)oint d'ailleurs à multiplier les lettres d'encouragement; il travailla jour et nuit à organiser les gens de guerre qui se trouvaient en Hollande. Déjà il tenait prêtes environ quarante compagnies de bons soldats, et il se disposait à marcher dans cinq ou six jours contre l'ennemi lorsqu'il apprit la retraite du comte de Berghes. Ce fut une cruelle déception pour le prince à qui son beau-frère avait écrit de Kampen, quelques jours auparavant, qu'il était bien résolu à résister aux Espagnols.
Pendant que le Taciturne pénétrait dans les Pays-Bas méridionaux , le comte de Berghes s'était porté dans les provinces d'au delà du Rhin, en Gueldre, dans lOver-Yssel, et dans le comté de Zutphen. Marie de Nassau, fermement attachée à la cause défendue par ses frères, avait dirigé le soulèvement de ces provinces. Malheureusement, le sort de Malines et de Zutphen y excita une inexprimable terreur, et le comte donna l'exemple de la défaillance. Il s'enfuit de Kampen (Over-Yssel) en Westphalie, avec sa femme, une centaine de cavaliers et quelques chariots chargés de bagages ^ La gendarmerie du comte, délaissée par son chef, abandonna toutes les places qu'elle occupait en Gueldre, dans le comté de Zutphen et le pays d'Over- Yssel. Les villes envoyèrent des députés à don Fadriquepour faire leur soumission et implorer leur pardon. Il l'accorda moyennant des amendes considérables et en exceptant les bourgeois qui s'étaient le plus compromis : les biens de ceux-ci furent confisqués; eux-mêmes furent menacés d'être attachés au gibet
clance de Philippe II, t. JI, pp. 294-2t)o.) — Bentivoglio, liv. VL — BoR, 6<= iiv., p. 303. — Vax Meteren, fol. 87. — Le Petit, t. II, p. 237. — Dépêche de Mondoucet à Charles IX, du 23 novembre 1372.
' Le duc d'Albe au Roi, 28 novembre çt 19 décembre 1372. [Correspondance de Philippe U, t. II, pp. 2flG et 300.)
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si l'on pouvait les atteindre. Il y avait une sorte d'affaissement dans les esprits naguère surexcités. Les bourgmestres, échevins et conseillers delvampen envoyèrent, le 20 novembre, une lettre pressante à ceux d'Enkhuizen pour les engager à faire aussi leur soumission. Il s'adressèrent en outre à d'autres villes du Watcrland : mais vaines furent ces exhortations de la peur; on menaça même de mort les messagers qui apporteraient encore de pareilles lettres '.
La Frise subit le contre-coup de la défection des villes de rOver-Yssel. Josse de Schauenbourg, en apprenant l'approche des Espagnols, sortit, le 18 novembre, de Franeker avec quelques compagnies de soldats, se rendit à Mackum, sur la côte, et y commença une redoute afin de pouvoir s'y réfugier et en tout temps s'y embarquer pour la Hollande. Mais, avant qu'il se fût bien fortifié, Billy l'y suivit. Schauenbourg échappa néanmoins aux Espagnols et réussit à gagner la Westphalie. Les garnisons de Bolsward , de Sneek et de Franeker abandonnèrent honteusement ces villes. Les bourgeois de Sneek livrèrent même à l'ennemi Thierry de Batenburg, le capitaine que naguère ils avaient appelé et accueilli avec tant d'allégresse : il fut conduit au fort de Leeuwaarden. Là vinrent aussi les bourgmestres de Bolsward, de Franeker et de Sneek, pour présenter à Billy les clefs de ces cités. Le gouverneur espagnol visita ensuite les trois villes soumises. Les habitants, hommes et femmes, se précipitaient à ses pieds, les mains levées, demandant pardon. Billy mit ses compagnies wallonnes dans les villes et les compagnies allemandes dans les districts ou juridictions, avec charge expresse de poursuivre et de saisir les réformés et de les envoyer à Leeuwaarden. Défense était faite de les loger ou de les cacher : il fallait les dénoncer sous peine de la vie ; et quant aux receleurs,
1 Boa, 6cliv., fol. 303 v^
ils s'exposaient, en tout cas, à la confiscation do leurs biens et à la destruction de leurs niaisons. Le duc d'Albe ordonna en outre à Billy de détruire les remparts et les murailles et de combler les fossés des villes qui s'étaient révoltées '.
Un nouveau conseil de guerre, encore plus orageux que le précédent, avait été tenu à Nimègue, lorsqu'on y connut la prise de Zutphen et la soumission de toute la Gueldre , à l'exception de Bommel, Le duc d'Albe proposa de laisser cette ville en arrière et de réduire immédiatement la Flollande. C'était aussi l'avis du duc de Medina-Celi; mais il demanda si le duc d'Albe marcherait en Hollande avec l'infanterie. Le gouverneur des Pays-Bas, très-offensé, répondit qu'il se transporterait oii sa présence serait nécessaire; qu'il n'avait jamais reculé devant les fatigues et les dangers, et qu'il ne reculerait pas, lui fallut-il nager dans les canaux de la Hollande. Cette réponse, fière mais évasive, ne satisfit point le duc de Médina. Prétextant que, depuis Maestricht, le duc d'Albe montrait la même irrésolution, il dit qu'il était déterminé à s'en aller, vu qu'on le mettait dans l'impossibilité de rendre service au Roi. Il se leva, en effet, et retourna à sa demeure, d'où il partit le jour suivant, sans faire connaître à personne où il allait. Il se retira à Grave et de GraveàBois-le-Duc, décidé à attendre, écrivait-il au Roi, que le duc d'Albe allât chercher les ennemis -.
Don Fadrique, chargé de reconquérir la Hollande, résolut d'épouvanter les rebelles. Il se dirigea versNaarden, petite ville du quartier de Goyiand, mais bien peuplée et rendue prospère par de florissantes draperies. Le 22 novembre, un trompette, qui précédait cent cavaliers espagnols, vint sommer Naardcn au
' Van Meteren, fol. 87. — Bon, C^ liv. fol. 304.
2 Le duc (le Medina-Coli à Philippe II, de Grave, 27 novembre, et le duo d'.XIbe au même, de Nimègue, 28 novembre 1372. [Correspondance de PhUil>l<c II. t. 11, pp. 29()et 207)
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nom du roi d'Espagne et du comte de Boussu, son gouverneur. Les habitants répondirent qu'ils avaient gardé jusqu'alors la ville pour le roi d'Espagne et qu'ils espéraient, avec l'aide de Dieu, la conserver encore. Malheureusement, un insensé, désavoué par les bourgeois, déchargea une coulevrine contre les Espagnols, et cette insulte accrut la haine de don Fadrique contre la petite ville, que le duc d'Albe avait condamnée à la destruction comme un fojer d'anabaptistes.
Les habitants, prévoyant qu'ils seraient attaqués, cherchèrent les moyens de se défendre. Ils envoyèrent des députés à Enkhuizen et ailleurs pour obtenir de la poudre, ils réclamèrent l'assistance de Sonoy, gouverneur de la Nord-Hollande ; ils écrivaient aussi à Bartel Entes, pour qu'il leur envoyât deux enseignes de gens de guerre -, enfin, ils firent connaître leur position au comte de La Marck et au prince d'Orange. Mais aucun secours ne vint; ils ne reçurent que de belles paroles. Quand ils virent que leur position était désespérée, les bourgeois résolurent d'envoyer des députés à don Fadrique pour traiter d'un accord. En apprenant cette détermination, trois cents soldats qui se trouvaient dans la ville s'en allèrent, malgré les représentations des habitants. Alors le bourgmestre Maerten Laurensz, et l'échevin Gerrit se rendirent en traîneau à Amersfoort, oii se trouvait don Fadrique. Il ne voulut pas les recevoir, mais il leur commanda d aller à Bussem, à une demi-lieue de Naarden. En route, le bourgmestre, plein de méfiance, descendit du traîneau et, y laissant son manteau comme s'il allait revenir, prit la fuite. Son compagnon voulut partager le sort de sa famille et de ses concitoyens. Il suivit don Fadrique à Bussem et fut reçu par le comte de Boussu. Lorsqu'il eut affirmé que les soldats orangistes étaient sortis de Naarden, on exprima le désir que des députés vinssent le lendemain au matin, en nombre compétent, au camp de don Fadrique pour arrêter un accord. Mais déjà Naarden était
11)8 SOULÈVEMENT DES PWS-UAS.
investi. A une des portes se trouvaient des arquebusiers à cheval ; ù une autre, le mestre de camp Julian Romero avec quatre cents hommes d'infanterie; don Fadrique lui-même, avec ce qui lui restait de fantassins espagnols , gardait la dernière porte. Le 1" décembre, au matin, l'échevin Gerrit, accompagné de cinq autres députés, revint dans le camp. Ils demandèrent de pouvoir parler à don Fadrique; on leur répondit que Juiian Romero était chargé de traiter avec eux. Ils s'abouchèrent donc avec cet officier, et il fut convenu que la ville serait rendue à don Fadrique, mais à la condition expresse que tous les bourgeois auraient la vie sauve et conserveraient leurs biens : ils prêteraient de nouveau serment au Roi, et, comme châtiment de leur rébellion, il serait permis à environ cent Espagnols d'emporter autant d'objets qu'ils pourraient. Julian Romero donna par trois fois la main à l'un des députés, le vénérable recteur Lambert Hortensius, et répéta que les bourgeois ne seraient grevés ni en leurs corps ni en leurs biens. Pendant ces négociations, les portes étaient restées fermées et les bourgeois faisaient la garde sur les remparts.
L'accord conclu, Romero, accompagné d'une vingtaine d'Espagnols, entra dans Naarden avec les députés. On publia immédiatement, au son du tambourin, que tous les bourgeois eussent à venir sans armes dans l'église de l'hôpital, qui servait de maison commune, afin de prêter un nouveau serment au Roi Tandis que les bourgeois obéissaient à cette proclamation et se rendaient au lieu désigné, la ville se remplissait de soldats espagnols qui avaient passé les fossés sur la glace et escaladé la muraille avec des échelles. Ils se dirigeaient vers la maison commune. Pendant quelque temps un prêtre se promena devant cet édifice, puis, tout à coup, se tournant vers les bourgeois, il leur dit qu'ils eussent tous à se préparer à la mort. Les grandes portes de l'église furent ouvertes, les soldats espagnols s'avancèrent et firent feu de leurs arquebuses : on entendit un cri horrible. Les
LivKii m (4 572). 15!)
Espagnols se précipitèrent et achevèrent à coups d'épée ceux qui respiraient encore. Plus de cinq cents hommes venaient d'être froidement massacrés. Le feu fut misa l'hôpital, et les Espagnols fouillèrent les rues et les maisons, faisant main basse sur tous ceux qu'ils rencontraient. Ils n'épargnèrent pas même les vieillards qui étaient gisant dans leurs lits, et des centenaires tombèrent à côté de jeunes enfants. Les femmes découvertes dans les maisons , étaient violées , pendues , quelques-unes brûlées vives, après avoir subi les plus cruelles tortures pour qu'elles livrassent leurs épargnes. Les soldats mirent le feu à la ville et la saccagèrent de telle sorte qu'il ne resta absolument rien aux malheureuses mères de famille qui eurent la douleur de survivre à celte épouvantable catastrophe. Pour comble d'horreur, les Espagnols firent proclamer, au son de la trompette, la défense d'enterrer les corps morts, et des monceaux de cadavres restèrent abandonnés dans les rues jusqu'au 21 décembre, c'est-à-dire pendant plus de trois semaines. Le duc d'Albe manda au Roi que de tous les bourgeois il n'était pas échappé un seul; on excepta cependant les ecclésiastiques et deux ou trois personnes de qualité, dont on espérait une riche rançon. Un de ces notables avait racheté sa vie pour deux cents couronnes d'or : on le conduisit, néanmoins, prisonnier au château de Muyden, puis il fut ramené àNaarden, pendu devant sa maison, puis écartelé, et ses dépouilles restèrent attachées aux portes de la ville. Cette horrible boucherie devait coûter cher à Philippe IL Le massacre de Naarden fît reprendre les armes à ceux qui, naguère, paraissaient disposés à se soumettre; il indigna les catholiques et les royalistes modérés eux-mêmes ; enfin, il provoqua en Hollande de nouvelles représailles contre les gens d'église et les monastères ^
' Le duc d'Allie, dans sa letlie au Roi, datée do Nimègue, lOdécem-
IfiO SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.
Toutefois, le duc d'Albe se complut si bien dans la proscription de Naarden, qu'il la confirma par une sentence publiée à Grave, un an après, c'est-à-dire le 6 novembre 1573. Elle portait que la ville de Naarden et ses habitants étalent coupables du crime de lèse-majesté; elle les privait pour jamais de tous leurs privilèges, droits et franchises-, elle déclarait confisqués les biens appartenant en commun à tout le corps de la ville ; elle ordonnait de rompre portes, remparts et murailles. Mais don Fadrique n'avait point attendu cette sentence pour achever son œuvre. Après le sac de la ville, le comte de Boussu, d'après les recommandations du général espagnol, avait écrit au châtelain de Muyden qu'il eut à contraindre, de la part du Roi, les paysans du Goyland, à raser les murailles de Naarden et à combler les fossés. Les paysans n'ayant pas montré d'abord beaucoup d'empressement, on les menaça de mettre le feu à leurs villages, et ils n'osèrent résister plus longtemps aux ordres de leurs oppresseurs.
Don Fadrique, après avoir brûlé Naarden, avait pris le chemin d'Amsterdam. Il arriva dans cette ville le 6 décembre 1572, avec environ six mille hommes de pied, sept à huit cents chevaux et dix-huit batteries. Il se proposait de conduire son armée contre
bre 1572 [Correspondance de Philippe 11, t. U. p. 300), prétend justifier la barbarie de la soldatesque en déclarant que les bourgeois de Naarden avaient voulu résister. C'est là un mensonge contredit non-seulement par les auteurs protestants, mais encore par les écrivains catholiques. Le cardinal Bentivoglio (liv. VI) dit positivement que la capitulation ne fut pas observée par les troupes d'Espagne; le jésuite Straoa (D. 1, liv. VII), que le sac de Naarden parut un crime et non pas un châtiment ; Renon de France (MS, 2« partie, chap. XXI), « que cet exploit trop rigoureulx offensa tous les catholiques des Pays-Bas, tant bons que mauvais. » — Voir, au surplus, BoR, liv. VI, fol. 306 ; Van Meteren, fol. 88; .1. F. Le Petit, t. II, p. 237. Celui-ci dit justement, dans la Grande chronique de Hollande, « que jamais Turcs, Scythes, ni les plus inhumaines nations du monde ne commirent plus abominable cruauté que don Fadrique fit en cette ville. »
LivitE m (1572). 1G1
ïlarlem. Si cette expédition réussissait, les Espagnols espéraient couper les communications entre la Hollande méridionale, oii se tenait le prince dOrange, et la Hollande du nord, où commandait son lieutenant Thierry Sonoy. Mais le patriotisme des défenseurs de Harlem allait opposer un puissant obstacle aux desseins du duc d'Albe.
Harlem , situé à une lieue de l'Océan , était alors la plus grande ville de la Hollande. On y admirait l'hôtel communal, témoignage de la prospérité acquise par une industrieuse population, ainsi que la vaste église de Saint-Bavon, dont la flèche se A oyait de plusieurs lieues. Les vieux remparts de Harlem n'ont disparu que de nos jours. Formées de murailles à l'antique, avec des tours rondes, qu'entourait un fossé, plein deau, large et profond par endroits, ces fortifications étaient loin pourtant . de répondre à l'importance de la place. On disait communément que si Harlem était la plus grande ville de la Hollande, elle en était aussi la plus faible. Du côté du midi et de l'est, au lieu des campagnes fertiles qui donnent maintenant à toute cette contrée un aspect si riant, s'étendait jusqu'à Leyde le vaste lac qui avait neuf à dix lieues de circonférence, et qui portait justement le nom de mer de Harlem. Du côté du nord-est, à une lieue de la ville menacée, se trouvait le village de Sparendam, où s'élevait un fort qui protégeait la digue. 11 fallait s'emparer de ce fort et occuper le village de Sparendam, avant de pouvoir assiéger efEcaccment Harlem.
Aussi le prince d'Orange avait -il commandé, à diverses reprises, de percer la digue entre Sparendam et Amsterdam, pour arrêter l'ennemi. Mais cette sage précaution avait été négligée par les menées d'un parti qui aurait voulu se soumettre sans avoir combattu ^.
* N. Brunynck, secrétaire du prince d'Orange, au comte Jean de Nassau, Tome I. \\
Cette faction timide avait pour chef un ancien bourgmestre, Dirk de Vries. D'accord nvecles partisans de l'Espagne, il aurait désiré que la ville acceptât le pardon que don Fadrique promettait par une lettre écrite d'Amsterdam, d'après son instigation. Elle émanait de Jacques Wy, curé du grand béguinage. Ce prêtre faisait connaître à son frère, habitant de Harlem, les intentions bienveillantes du général espagnol. Le grand conseil de la commune ayant été assemblé le 3 décembre, à sept heures du matin, on débattit la question de savoir si l'on irait ou non se présenter en suppliants devant don Fadrique. La majorité penchait manifestement pour des négociations ; mais avant qu'une résolution formelle eût été prise, Dirk de Vries, l'échevin Christophe de Schagen et le pensionnaire Adrien Van Assendelft sortirent de la ville, par la porte de Sparenwoude, sur un traîneau, faisant accroire à leur charretier qu'ils allaient à Sparendam ; ils passèrent outre et se rendirent à Amsterdam même. Admis devant don Fadrique et le comte de Boussu, ils implorèrent leur pardon et trahirent une cause sacrée, en révélant que Harlem était peu en état de soutenir un siège, parce que les habitants manquaient de vivres et de munitions. Don Fadrique répondit qu'ils n'avaient qu'à se défaire de leur garnison et qu'ils seraient très-bien reçus par lui ^
de Delft, IH décembre '1572. [Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. IV, pp. 33 et suiv.)
^ Lettre de N. Bruuynck. citée ci-dessus [Archives de la maison d'Orange- Nassaii, t. IV, pp. 33 et suiv.), et rapport du duc d'Albe au Roi , de Nimègue, 8 janvier -1573, dans la Correspondance de Philippe 11, t. Il, pp. 304 et suiv. — Voir aussi Van Meteren, fol. 88 ; Bob, G<= liv., fol. 308 ; Le Petit, t. II, p. 238, et l'ouvrage intitulé : Korte historische aanteekeningen, wegens het voorgevallene in de Spaansche belegering der stad Haarlem, in de jaaren 1572 en 1573 (Harlem, 1739, in-8o), p. 2. (C'est un journal contemporain" qui contient, jour par jour, tout ce qui se passa pendant le siège de Harlem.)
LiviiE III (1572). 1G5
Tandis que cet acte de félonie s'accomplissait à Amsterdam, les membres de la régence, restés à Harlem, convoquèrent toute !a bourgeoisie dans le nouveau Doel, où les confréries d'arquebusiers avaient coutume de s'exercer. Là , dans celte assemblée qui allait décider du sort de Harlem, parut le capitaine ^Yibald Eipperda, gentilhomme frison, assisté de Lancelot de Bréderode, un de ses lieutenants, d'Adrien Janszoon, écoutète de la ville, et du bourgmestre Gérard Stuiver. Wipperda prit la parole, communiqua la lettre adressée de la part de don Fadrique, puis, dans un discours énergique, montra, par l'exemple de Naarden et des autres cités saccagées et incendiées, ce qu'était le pardon du duc d'Albe. Il rappela aux bourgeois le serment de fidélité qu'ils avaient prêté au prince d'Orange, et jura que, pour lui, il était déterminé à défendre la ville jusqu'à la dernière goutte de son sang. Il demanda ensuite aux bourgeois de faire i^onnaltre leur résolution. L'assemblée, à l'unanimité, déclara qu'elle était résolue à se joindre à lui, et à sacrifier également corps et biens pour empêcher que la ville ne retombât sous la domination du duc d'Albe, Un messager fut envoyé au prince d'Orange, qui se tiouvait à Delft, afin de lui faire connaître la patriotique résolution de la bourgeoisie. On envoya également un messager au colonel Lazarus Muller, qui se tenait à Nieuwendam, avec dix enseignes d'Allemands. Il se mit immédiatement en route , traversa le Waterland durant la nuit, et, le 4 décembre, à midi, arriva aux portes de Harlem. On retint dans la ville quatre enseignes, sous la conduite du lieutenant-colonel Jacques Steenbach ; les autres compagnies se rendirent avec Muller à Leyde et dans les environs ' ,
Les réformés, qui dominaient dans la ville, s'étaient emparés
^ Korte historische aantekeningen , etc., pp. 3-5. — Va\ Meteren, fol, 8S vo. — Le Petit, t. IF, p. 238. — Bon, 6<; liv., fol. 308.
de la grande église, et prêchaient librement <i la parole de Dieu \ 1' Ils étaient, en réalité, l'âme de la résistance; ils enflammaient le peuple. L'échevin Christophe de Schagen et le pensionnaire Van Assendelft, étant revenus d'Amsterdam, furent immédiatement arrêtés par ordre de Ripperda, et envoyés d'abord à Leyde, puis à Deift, auprès du prince d'Orange. Dirk de Vries, n'ayant pas osé quitter Amsterdam, avait envoyé un messager , avec une lettre suspecte , pour le bourgmestre Stuiver. Ce messager fut également arrêté et pendu immédiatement.
Déjà les Espagnols s'avançaient. Noircarmes fut chargé, le 7 décembre, d'aller reconnaître le fort de Sparendam ; mais il s'éleva une tempête si violente, qu'il dut rebrousser chemin. Plusieurs de ses soldats furent jetés, par le vent, du haut de la digue, dans la mer. Le lendemain, les bourgmestres et commandants de Harlem donnèrent tardivement l'ordre de percer la digue entre Sparenwoude et Sparendam ; mais on ne la perça pas assez profondément. Les Espagnols firent immédiatement réparer les dégâts, après avoir de nouveau escarmouche contre la garnison de Sparendam. Le 10, profitant de la gelée qui avait fermé l'Y et le Spaarn, devant et en arrière de Sparendam, ils attaquèrent le village de tous côtés et s'en rendirent maîtres.
■■ Carte ende wamchtich verhael ende geschiedenisse van aile den handel in ende voor die stadt Harlem geschiet van 't beghinsel van decemher totten ses ende twintischsteti martii, par N. Van Rooswyck (Harlem, 1573).
On remarque, dans la grande église de Harlem, deux tableaux qui contiennent la liste des « ministres de la parole » depuis la Réformation. Elle commence ainsi :
^1572. Simons-Simonsz.
» Abrahamus Gallus.
Puis, après un intervalle significatif de .six ans :
4578. Johannes Damius.
ijviui III (lo7:2). 1(55
Le capitaine Maiten Pruis, conimantlant du fort, et ses meilleurs soldats furent tués; les autres se sauvèrent, par Ja glace, à Assendelft *.
Le prince d'Orange, cependant, ne cessait de se préoccuper du salut de Harlem, et il était noblement secondé par le patriotisme des autres villes afîranchies. Ayant ordonné, pour payer ses reîtres, qu'une capitation fût établie à Dordrecht, beaucoup de bourgeois disaient qu'on ne leur demandait pas assez, qu'ils voulaient payer le double. Il avait envoyé à Harlem Marnix de Sainte-Aldegonde, avec la mission de renouveler le magistrat. Le 9 décembre, toute la bourgeoisie se trouvant réunie dans le Doel, Marnix lui adressa une courte et vive harangue. Il signala l'amour que le prince d'Orange portait aux Pays-Bas, dépeignit les graves inconvénients qui étaient résultés de la défection de Dirk de Vries, et dit que sa commission tendait à assurer la sécurité de la ville, en confiant l'autorité à des hommes dévoués à la patrie. Il invita ensuite les chefs de la garde bourgeoise à recueillir les voix de leurs subordonnés pour désigner les bourgmestres, les échevins et les conseillers qui seraient chargés de gouverner la ville pendant l'année suivante. Les noms des candidats devaient être inscrits sur des bulletins, et ceux-ci déposés en la maison de Pieter Kies, où Marnix était descendu. Le 1 1 , ordre fut donné de retenir prisonniers, dans leurs demeures, quelques membres de l'ancienne régence, suspects d'avoir approuvé le voyage de Dirk de Vries. Le même jour, tandis que les Espagnols dressaient leurs tentes devant Harlem, le nouveau magistrat fut installé par Marnix '■'. Celui-ci, dont la mission était heureusement remplie, fut rappelé
■■ Le duc d'Albe au Roi, Nimègue, 19 décembre 1372, dans la Corresponihince de Philippe, H, l. II, pp. 301-302. — Grande chronique de UoUande, t. II, p. 239.
^ Les quatre bourgmestres pour la terrible année lo73, furent : Klaas
JCG SOULÈVEMENT DES l>AYS-IiAS.
par le prince d'Orange; mais il eut beaucoup de peine à sortir de la ville déjà assiégée \
Le \ 1 décembre, don Fadrique, voulant empêcher l'incendie des faubourgs, les avait fait occuper par quatre cents arquebusiers sous les ordres de don Fernando de Tolède. Noircarmes fut envoyé le lendemain de l'autre côté de la ville avec cent autres arquebusiers pour voir où l'armée pourrait se loger de manière à intercepter toutes les communications de l'intérieur avec le dehors. Un paysan informa Noircarmes que le comte de La Marck était sorti de Leyde et s'approchait avec quatre raille hommes environ d'infanterie, quatre pièces d'artillerie et cent chariots de bagages. Don Fadrique, averti de son côté, rassembla six cents chevaux et cinq mille piétons. La troupe mal disciplinée du comte de La Marck se trouvait, le 13, à Ilillegom, entre Leyde et Harlem, à une lieue en deçà de cette dernière ville. Elle se proposait de s'emparer du bois qui s'étendait au Midi, et de pénétrer dans la place assiégée. Mais elle fut prévenue par la brusque attaque des Espagnols. La Marck n'eut pas le temps de mettre en bataille ses troupes composées d'Allemands, de Flamands et d'Anglais. Il tint néanmoins tête à l'ennemi avec Bartel Entes, cent cinquante cavaliers et deux compagnies de fantassins. La cavalerie, aveuglée par la neige, écrasée, dispersée, entraîna les fantassins dans sa fuite. Protégé par les Français ou Wallons de sa garde, La Marck échappa aux Espagnols,
Van der Laan, .Tean Van Vliet, Gérard Stuiver et Pieter Kies ; les échevins : Willem Aflriaansz., Jacob Van Heusden, Cornelis Ryken , Pieter Baal, Kiaas Mattheusz., Klaas Ysbrandsz. et Matheus Augiistunsz. Voir Korte histonsche aantckcningen, etc., pp. 6-9, et Vaderlandsch-woordenboek, de Jacobls Kok (Amsterdam, 4 785], t. I<^<-, p. 528.
' Marnix se trouvait encore le 48 décembre à Harlem. « Il n"en peut sortir, bien que le prince l'ait mandé deux ou trois fois. » N. Brunynck au comlc Jean de Nassau, Delft, 48 décembre 1572.
LivnE III (io72). \Çt7
après avoir eu deux chevaux tués sous lui. Quelques-uns des porte-enseignes, entre autres Jacques Martens, de Gand \ voulurent s'opposer à la débandade; ils demeurèrent donc fermes sur le champ de bataille, s'enveloppèrent de leurs drapeaux et attendirent héroïquement la mort. Plus de cinq cents hommes furent moissonnés. Les Espagnols prirent dix drapeaux, une cornette, le guidon du comte de La Marck, l'artillerie et le convoi. Toujours cruels, ils attachèrent les prisonniers au gibet, la tête en bas. La Marck, par représailles, fît pendre également ceux qu'il avait en son pouvoir. Pour lui, il revint à Delft, oii son retour précipité et la fuite honteuse de la plupart de ses soldats (les reitres levés en Hollande et les piétons allemands avaient jeté leurs armes avant même d'avoir vu l'ennemi) provoquèrent une agitation qui s'étendit à d'autres villes ^.
Mais le prince d'Orange ne désespérait point de sauver Harlem. Voulant faire un exemple, il fut inexorable pour les magistrats communaux qui avaient naguère trahi la cause nationale. Ceux-ci croyaient n'avoir rien à craindre, alléguant qu'ils avaient agi avec l'assentiment de la régence. Mais, aux yeux du prince, leur conduite était criminelle parce qu'ils s'étaient chargés d'une mission perfide, à l'insu de Ripperda, gouverneur de la ville, et des autres capitaines de la garde bourgeoise. Les partisans du prince et de la liberté de la Hollande se montraient donc extrêmement irrités contre les magistrats, qui avaient clandestinement quitté la ville confiée à leur zèle. Le prince fit faire leur procès. Van Schagen mourut en prison, peut-être des suites de la torture à laquelle il avait été soumis. Assendelft,
' Il élait fils du président du conseil de Flandre que le duc d'Albe avait placé dans le conseil des Troubles.
2 Van Meteren, fol. 88 v. — Bon, 6^ liv,, fol. 310. — Le duc d'Albe au Roi, Nimègue, 19 décembre 1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 001-302. — Lcltrerilcc de N. Brunynck à Jean de Nassau.
168 soli,èvi;mi->t des pays-bas.
après jugement, fut condamné pour trahison, et pendu à Delft le 24 décembre : sa tète fut ensuite exposée pendant deux heures sur un poteau. Quant à Dirk de Vries, on sait qu'il s'était d'abord réfugiée Amsterdam. Tombé dans la disgrâce de don Fadriqne, furieux de la résistance qu'il rencontrait devant Harlem, l'ancien bourgmestre de cette ville chercha un asile plus sûr à Hambourg '. Telle fut la fin des trois hommes qui avaient voulu ternir la cause à laquelle Harlem allait se dévouer avec un héroïsme admirable.
Le prince d'Orange et les états de Hollande étaient bien résolus, il faut le redire, à seconder le patriotisme de Harlem. Ils ne devaient point se bornera des exhortations énergiques: ils promirent des secours efficaces ; ils s'engagèrent même à prendre à la charge de la généralité les sommes que les assiégés dépenseraient pour l'entretien de gens de guerre.
L'armée, destinée à assiéger Harlem, secomposaitde septantequatre enseignes ou compagnies d'infanterie : trente-six composées d'Espagnols, vingt-deux de "Wallons (celles-ci ayant pour chefs Noircarmes, Câpres et Licques) et seize de Hauts-.4llemands commandées par le comte dOverstein. Quelques jours après, le duc d'Albe renforça encore l'armée assiégeante de quelques compagnies wallonnes et de huit compagnies des Hauts-Allemands de Polweiler et de Frunsberg. l\ n'y avait que huit cents hommes de cavalerie au camp devant Harlem : le duc d'Albe les renforça également, H envoya, en outre, trois mille pionniers ou mineurs du pays de Liège, qui étaient destinés, pour la plupart, à périr par le froid ou par le fer de l'ennemi. Enfin, il avait résolu de recruter à Brème trois à quatre cents marins, car il avouait que, dans les provinces dont il était capitaine général,
' Archives de la maison d'Orauge-Nussau, t. IV, pp. 33 et suiv. — Bou, i> liv., fol. 308 \o.