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il ne Irouvnit personne qui voulût servir sur mer, tous les marins ayant embrassé la cause du prince d'Orange '.
Les chefs de Tarmée, après avoir reconnu la ville, prirent la résolution de Taltaquer du côté du Midi, qui était la partie la plus faible. Don Fadrique s'établit dans l'ancien château de Henri de Bréderode, en face de la porte de la Croix : de cette position, la vue embrassait Harlem et dominait sur le camp des assiégeants'^. Noircarmes et les autres chefs wallons se logèrent autour de don Fadrique dans de grandes fermes ou des maisons de campagne. Les Allemands du comte d'Overstein campèrent à Heemstede, dans le bois de Harlem.
Le 18 décembre, à huit heures du malin, les Espagnols dirigèrent le feu de quatorze pièces d'artillerie contre un ravelin qui couvrait la porte de la Croix et contre les murailles joignantes, très- faibles parce qu'elles n'étaient pas soutenues par des ouvrages en terre. Vers raidi, le ravelin était évacué, la porte abattue et une brèche praticable. Mais les bourgeois, stimulés par le bourgmestre Jean Van Vliel, passèrent la nuit à réparer les ravages de l'artillerie, à combler la brèche et à rendre plus solide le ravelin dont ils avaient repris possession. Le lendemain, depuis le matin jusqu'au soir, les canons espagnols battirent la porte de Saint-Jean, ainsi appelée à cause de la commanderie de Saint -Jean de Jérusalem qui s'élevait de ce côté ^. Les assiégés, aussi diligents que la veille, se hâtèrent dobvier aux
* Le duc d'Albe au Roi, Nimègue, 8 janvier 1373. {Correspondance de Philippe II, t. Il, pp. 304-306.) — Van Meteren, fol. 89. — Bor, 6^ liv., fol. 309 vo.
^ VHuis ter cleef, ancienne résidence de H. de Bréderode près de Harlem, est aujourd'hui remplacée par une ferme ; mais on voit encore des vestiges du château.
" La vieille église de l'aucionne commanderie de Saint-Jean est encore debout.
i70 SOULÈVEMENT DrS PAYS-BAS.
dégâts de rartillcrie espagnole ; ils construisirent rapidement, depuis la porte de Saint-Jean jusqu'au pont de Sainte-Catherine, un nouveau rempart. Cependant, le 20, le feu des ennemis redoubla, et, vers midi, ils se disposèrent à escalader les fossés. Aussitôt le tocsin retentit dans Harlem, tous les soldats et les bourgeois coururent aux armes et chacun vint, sur les remparts, se ranger à son poste. De forts détachements d'infanterie et de cavalerie étaient placés devant toutes les portes de la ville pour empêcher les assiégés de fuir ; les tranchées étaient également bordées de mousquetaires chargés de surveiller les remparts. Vers une heure, on vit les Espagnols s'avancer du côté de l'hôpital des lépreux *, enseignes déployées, et se diriger vers le ravelin de la porte de la Croix. Mais à peine eurent-ils jeté les ponts destinés à escalader la muraille que les canons des assiégés prirent les assaillants en flanc, tandis que les soldats qui gardaient chaque côté de la brèche faisaient un feu roulant de leurs mousquets et de leurs arquebuses. Une seconde tentative n'eut pas plus de succès. Les Espagnols, repoussés avec vigueur et poursuivis jusqu'au pied de la brèche, durent regagner leurs tranchées, laissant dans les fossés de la ville des centaines de morts. Parmi les blessés se trouvait le mestre de camp Julian Romero, qui avait reçu à l'œil droit un coup d'arquebuse ^. Quelques jours après cette tentative avortée, le 28 décembre, Noircarmes, qui était à la tranchée, donnant des ordres, eut la joue traversée d'une balle de mousquet. Puis vint le tour de la Cressonière. Les Espagnols commençaient la construction d'une plate-forme qui, en dominant le ravelin de la porte de la Croix, devait rendre cet ouvrage inutile. La Cresson-
' Cet ancien édifice existe encore.
2 BoR, (je liv., fol. 310. — Van Meteren, fol. 89. — Grande chronique de Hollande, t. Il, p. 239 — Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 301-306.
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nière, étant près des gabions destinés à être mis sur la plateforme, reçut à la tète un coup d'arquebuse dont il mourut le troisième jour. Le duc d'Albe déplora vivement cette perte, parce qu'il regardait la Cressonnière comme l'officier le plus capable de disposer et de diriger l'artillerie. Il déplora également la terrible guerre dont il avait la responsabilité, «t C'est la guerre la plus sanglante qu'on ait vue depuis longtemps, écrivait-il à Philippe II ; car il y a neuf mois que l'on se bat sans aucune interruption. »
Le prince d'Orange avait constamment les yeux sur Harlem. Le 27 décembre, les assiégés avaient reçu des lettres, par lesquelles Guillaume promettait d'envoyer à leur secours quelques compagnies de Wallons. Le 29, cette promesse était accomplie. Cinq cent cinquante Wallons, armés de l'arquebuse à croc, traversèrent, deux heures avant le jour, le quartier des Allemands de Frunsberg, et entrèrent dans Harlem. Avec eux se trouvait, comme commissaire du prince, Jérôme de Tseraerts, l'ancien gouverneur de Flessingue. Le Taciturne, pour sauver Harlem, avait rappelé les garnisons qui se trouvaient dans les villes de Hollande les moins exposées, et il formait à Sassem ou Sassenheim, entre Leyde et Harlem, un camp de secours et de ravitaillement. C'était là que se réunissaient les soldats de toutes nations venus pour soutenir la cause du prince d'Orange, Français, Wallons, Anglais, Écossais. C'était de Sassem que partaient de rapides traîneaux qui, traversant sur la glace la mer de Harlem, apportaient dans la ville le blé, la poudre et les autres objets nécessaires aux assiégés. Mais ces secours ne pouvaient préserver longtemps la ville des horreurs de la famine. Aussi, dès le commencement du mois de janvier 1573, des ordonnances rigoureuses avaient-elles été publiées pour que les provisions fussent ménagées.
Les assiégés, cependant, défendaient non-seulement leurs
inufaillcs nvcc une rare vuiliancc, mais encore, depuis le 1" janvier, il ne se passa, pour ainsi dire, pas de jour sans qu'ils fissent une ou deux sorties. Riches et pauvres , hommes et femmes, tous les habitants de Harlem ou combattaient sur les remparts ou travaillaient à répai'er les brèches faites par le canon ennemi. On avait même vu se former une compagnie de femmes qui, elles aussi, luttaient contre l'Espagnol avec la pique, l'arquebuse et i'épée. Ces vaillantes Hollandaises étaient commandées par une femme encore plus courageuse, Kenau Hasselaer, honorable veuve, âgée de quarante-six ans '.
Les espagnols souffraient beaucoup de l'extrême rigueur de la saison, des sorties continuelles des assiégés et de leur feu parfaitement dirigé. La plupart des officiers supérieurs étaient morts ou blessés. L'armée ennemie n'eut pas seulement à pleurer La Cressonnière, mais encore son meilleur ingénieur, le capitaine Bartolemeo Campi. Un jour que, dans la tranchée, il donnait aussi quelques ordrps, il reçut à l'œil un coup d'arquebuse qui le tua ^.
Le 9 janvier, une partie des troupes rassemblées au camp de Sassem tenta de pénétrer dans Harlem. Mais don Fadrique avait été prévenu et les attendait. Les uns, en assez grand nombre, tombèrent dans une embuscade et furent massacrés; d'autres, plus heureux, distinguant, à travers le brouillard, les feux de Ja tour de l'église de Saint-Bavon, et guidés par le son d'une cloche, réussirent à entrer dans la ville.
' Elle s'appelait Kenau Symons dr., c'esl-â-dire Kenau, fille de Symoiis; Hasselaer était le nom de son mari. Voir Van Meteuen, fol. 89, et les autres historiens du siège. Au surplus, les archives de Harlem contiennent certaines particularités au sujet de Kenau dont l'existence est ainsi hors do doute.
^ Correspondance de Philippe 11, t. Il, pp. 31.'i et suiv. — Lettre de Mondoucet au roi Charles IX, du 2(5 janvier lo73.