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Les habitants de Harlem persistaient néanmoins dans leur résistance héroïque. Le 25 mars, vers neuf heures du matin, deux cents Wallons sortirent de la ville par la porte de Zyl et allèrent assaillir, sur la lisière du bois, leurs compatriotes, ces autres Wallons, qui servaient dans l'armée de don Fadrique. Ils furent repoussés. Le môme jour, vers quatre heures de l'aprèsmidi, un millier d'hommes sortit de nouveau de la ville et attaqua, avec une extrême bravoure, les quartiers des Wallons et des Allemands. Ceux-ci s'enfuirent, abandonnant leurs drapeaux et six pièces d'artillerie. Les assiégés mirent le feu au camp et rentrèrent dans la ville avec un grand butin, composé d'armes et de vivres. Puis, narguant leurs ennemis, ils arborèrent, au son du tambourin, les drapeaux enlevés aux Allemands, sur le nouveau rempart qui avait été construit derrière la porte de la Croix '.
Il importait surtout aux Espagnols de se rendre maîtres de la mer de Harlem , afin d'interrompre les communications des assiégés avec les autres villes hollandaises. Le 29 mars, Boussu fit rompre la haute digue, entre Amsterdam et la mer de Harlem ; il s'avança ensuite, dans cette mer orageuse, avec trente-trois vaisseaux et sept galères. Une seconde digue, occupée d'ailleurs par deux mille arquebusiers espagnols, devait encore être rompue pour que la flotte royale pût entrer dans le canal de Harlem. L'escadre commandée par Martinus Brant, étant trop faible pour
d'Albe au Roi, de Nimègue, 46 avril 1573. {Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 335 et 336.) — Voir aussi la lettre écrite par Marnix à Jean de Nassau, de Deift, 30 mars 1373. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 80.) — Marnix n'évaluait qu'à deux cents le nombre de ceux qui avaient péri sur la digue.
* Correspondance de Philippe il, t. II, pp. 335 et suiv. — Lettre de Marnix, du 30 mars 1373, citée ci-dessus. — Voir aussi Grande chronique de Hollande, t. II, p. 247.
engager un combat, se relira vers Leyde. Mais le prince d'Orange ordonna d'équiper, sans retard, cinquante ou soixante vaisseaux. Le 9 avril, les navires du prince, au nombre de plus de cent, se dirigèrent vers le Fuyck, comme s'il voulaient attaquer la flotte royale. Le matin, de très-bonne heure, Boussu avait fait dire à don Fadrique que l'on apercevait cinquante voiles ennemies qui voguaient vers lui ; qu'il se préparait à les recevoir et à les combattre , quand même elles seraient au nombre de deux cents, si elles lui en fournissaient l'occasion ou si elles tentaient d'introduire du secours dans Harlem. Don Fadrique ordonna d'occuper et d'armer le fort de Fuyck ; il prit aussi des dispositions pour défendre le quartier des Allemands, qu'il croyait le plus menacé, car il supposait, avec raison, que les assiégés l'attaqueraient afin d'occuper les troupes royales, tandis que par le Spaarn , qui traverse Harlem, on chercherait à ravitailler la place. En effet, une double sortie fut tentée, mais sans succès; les Espagnols s'emparèrent même de deux des seize barques armées qui étalent destinées à rejoindre, parle Spaarn, la flotte hollandaise. Celle-ci, forte de cent et huit voiles, s'était avancée vers les navires royalistes. Mais lorsque Boussu alla à sa rencontre, elle vira de bord. Deux fois il présenta le combat, et deux fois la bataille fut refusée. Il est vrai que la flotte des patriotes, composée de navires bien moins grands que les vaisseaux espagnols, était contrariée par un vent nord-est et qu'elle n'osait approcher de trop près à cause de l'artillerie du fort de Fuyck. Une seconde sortie des assiégés, du côté de ce fort, fut repoussée par le seigneur de la Motte, qui se rendit, depuis, si célèbre. Toutefois, don Fadrique rendit hautement justice à ses adversaires. Il écrivit au duc d'Albe que ceux de la ville avaient fait tout ce que les meilleurs soldats du monde pourraient humainement faire. Il pensait, au surplus, que l'insuccès de toutes ces tentatives découragerait les assiégés cl hâterait leur reddition.