LIVRE II
11 s'apercevait de leur détresse : le pain qu'on avait trouve dans les barques, tombées au pouvoir des Espagnols, était très-noir, et fait presque entièrement d'avoine * .
Le défaut d'entente entre les assiégés et la flotte hollandaise, rendait en quelque sorte stérile l'intervention de celle-ci. Le 19 avril, les navires du prince d'Orange ayant mis à terre deux raille hommes près d'un poste occupé par les Espagnols, et appelé les Cinq-Maisons, cette tentative fut encore nulle, parce que ceux de la ville ne bougèrent point. Cependant Harlem était, chaque jour, resserré de plus en plus, et la disette, depuis la fin de l'hiver, devenait aussi plus grande. Mais les assiégés, patients et courageux, étaient décidés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité ; ils voulaient, en surmontant les dangers de toute sorte qu'ils prévoyaient, rester fidèles à la fière devise de Harlem : vincit vim virtus.
Antoine Olivier, qui naguère avait tant contribué à livrer la ville de Mons à Louis de Nassau, entreprit aussi de secourir Harlem. Le 26 février, le duc d'Albe avait été informé que ce patriote entreprenant était venu de Londres à Flessingue, de la part du comte de Montgommery j il devait procurer à ce capitaine huguenot des vaisseaux, pour transporter au secours de La Rochelle les soldats levés en Angleterre. Le duc d'Albe enjoignit au conseil d'État de mettre à prix la tête d'Antoine Olivier. Tel fut l'objetd'un placard du 17 mars, dans lequel était compris le capitaine Thibaut Worst, amiral de Flessingue, que les Espagnols désignaient comme un des plus dangereux conducteurs des pirates et des voleurs de mer, tandis que les patriotes le signalaient comme un chef aussi désintéressé que vaillant et
* Don Fudrique de Tolède au duc d'Albe, du camp devant Harlem, 9 avril 1573, dans la Correspondance de Philippe //, t. 11, pp. 326 et suiv. — Voir aussi BoR, Ge liv., fol. 319 v, et Grande chronique de Hollande, t. II, p. 2i7.
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hardi. Une somme de 4,000 carolus d'or était promise à celui qui livrerait vif l'un ou l'autre, et la moitié en cas qu'ils fussent morts ^ Ce décret de proscription, loin d'abattre Olivier, parut aiguillonner son courage. Il ne se contenta point des services qu'il venait de rendre aux huguenots français ; il revint une seconde fois d'Angleterre pour combattre ou succomber avec les héroïques défenseurs de la Hollande. Le 7 mai, avec quelques navires et deux compagnies, formant un millier d'hommes, il s'empara de la digue située entre Amsterdam et Ouderkerk et qui était le droit chemin d'Utrecht à Amsterdam. De là, il passa sur la seconde digue qui allait de cette dernière ville à Muiden. Il fermait ainsi les deux routes par où les vivres arrivaient au camp des Espagnols devant Harlem. C'était le moyen le plus sûr de faire lever le siège. Mais les Espagnols et leurs partisans reprirent bientôt le dessus. Le capitaine François.Verdugo, qui se trouvait à Amsterdam, se mit à la tête de deux compagnies de bourgeois auxquels se joignirent les soldats levés dans la ville. Ils marchèrent contre les patriotes, les chassèrent des digues dont ceux-ci s'étaient rendus maîtres et leur prirent sept navires. La déroute fut terrible •. plus de trois cents hommes périrent sous le fer des royalistes ou se noyèrent dans les marais. Le surlendemain, tandis que vingt-quatre salves retentissaient dans le camp des assiégeants, ceux-ci jetèrent au-dessus des murs de Harlem une tète à laquelle était attachée l'inscription suivante : K Voici la tête du capitaine Olivier. » C'est ainsi que les braves défenseurs de la ville apprirent la défaite de leurs auxiliaires et la mort d'un des plus intelligents et des plus intrépides champions de la liberté. Le duc d'Albe ne se borna point d'ailleurs à faire jeter la tête du « traître >• dans les remparts de Harlem,
' Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 3-38. — Grande chronique de Hollande, l. II, p 249.