‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 35 sur 131 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

il ordonna d'énarteler le cadavre dont Tidentité avait été attestée par Noircarmes qui avait fort bien connu Olivier, et les membres de ce vaillant homme furent attachés à quatre pieux. Quelques semaines après, le duc d'Albe commanda au receveur des confiscations d'Amsterdam de payer aux bourgmestres, au profit des deux compagnies bourgeoises de la ville, la récompense, de 2,000 carolus, promise à celui qui tuerait Olivier. Quant au capitaine Worst, il était mort de maladie dans la nuit du 9 au 10 mai^ Les vaisseaux royalistes étant à peu près maîtres de la mer de Harlem et l'armée assiégeante resserrant la ville de tous côtés, les communications avec le dehors devenaient périlleuses. Si quelques hommes hardis parvenaient encore à sortir de temps en temps pour aller joindre la flotte du prince d'Orange , ils devaient se glisser entre les forts et franchir plus de cent fossés dont quelques-uns avaient une largeur de plus d'une pique et demie ^. Ils emportaient avec eux des pigeons qui rendire[it les plus grands services. Le prince d'Orange et les états de Hollande voulaient-ils correspondre avec les assiégés, ils lâchaient un de ces pigeons, qui en)portait une petite lettre attachée à sa patte. Le messager aérien retournait immédiatement à son colombier, oii il était épié et attendu. Voulait-on informer le prince que son message était heureusement arrivé, les assiégés

' Commentaires de B. ue Mexdoça, liv. IX. — Don Fabrique de Tolèdi? au duc d'Albe, du camp devant Harlem, 7 mai, et le duc d'Albe au Roi, de Nimègue, 13 mai 1573, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 333 et 3S8. — Van Meteren, fol. 89 v. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 249. — Korte historische aaiitekcningen, etc , p. 61.

^ Julian Romero, qui donne ces détails au duc d'Albe, dans une lettre du 25 mai (datée du camp devant Harlem), ajoute que les assiégés, pour franchir les fossés, se servaient de bâtons, très-légers et gros, et plus longs que des piques : ces bâtons avaient en haut un fer, comme les piques, et, en bas, un morceau de bois de la grandeur d'un petit plat, afln qu'ils ne s'enfonçassent pas dans la boue. {Correspondance de Philippe II, t. H, p. 362.)

faisaient ensuite quelque signal du haut des tours, en déployant un drapeau ou en allumant un fanal.

Pour interrompre entièrement les communications des assiégés avec la flotte, don Fadrique fit construire une tranchée précédée d'un large fossé qui rendait le passage presque impossible. Il ne réussit point toutefois à empêcher les attaques des assiégés. Le 17 mai, ceux-ci emportèrent d'assaut le fort de Fuyck; mais les Espagnols le reprirent bientôt, et, le 25, ils obtinrent encore un autre succès. Don Fadrique avait été informé par des prisonniers que les assiégés se concertaient avec la flotte du prince d'Orange pour qu'une nouvelle tentative fût faite à l'effet d'introduire de la poudre dans la place. Le 25, au soir, des feux brillèrent presque simultanément sur les vaisseaux hollandais et dans Harlem. A minuit, les soldats de la flotte débarquèrent en trois endroits différents et cherchèrent à se frayer passage entre les forts occupés par les troupes royales. En même temps une troupe nombreuse sortit de la ville et vint avec la plus grande intrépidité (don Fadrique lui rendit cette justice) se jeter sur les retranchements des Allemands. Mais cette double tentative échoua contre les dispositions prises d'avance par les Espagnols. Un grand nombre de vaillants patriotes avaient été passés au fil de l'épée ; d'autres furent réservés pour un sort plus cruel. Le 27 mai, vers huit heures du soir, les Espagnols élevèrent sur une plate-forme un gibet qui pouvait être vu des assiégés, et ils y pendirent, les uns par le cou, les autres par les pieds, des bourgeois et des soldats faits prisonniers. Les soldats de la ville, enflammés de colère, exercèrent aussitôt de terribles représailles. Ils élevèrent aussi un gibet sur un des remparts de Harlem, en face du principal quartier des assiégeants; ils y pendirent deux anciens bourgmestres , arrêtés depuis le 9 , comme suspects de trahison ; ils y attachèrent d'autres bourgeois catholiques, cinq soldats royalistes, même des religieux et

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