‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 36 sur 131 · LIVRE III (1575). 48J · texte numérisé non relu

LIVRE III (1575). 48J

des prêtres. En outre, deux femmes, la fille d'un des bourgmestres suppliciés, et une femme wallonne prise dans le bois de Harlem, furent cousues dans un sac et jetées à l'eau. 11 avait été impossible darracher ces victimes à la fureur sauvage des soldats ; le magistrat et les capitaines de la ville demeurèrent impuissants. Du reste, le duc d'Albe avouait à Philippe II que jamais on ne vit de guerre aussi sanglante. « On ne prend personne de part et d'autre, disait-il, qu'on ne l'exécute aussitôt ^ »

Après l'insuccès de la dernière tentative faite pour ravitailler Harlem, le prince d'Orange s'était adressé à ses frères. Il les pressait d'employer tous les moyens possibles pour la délivrance de cette ville, serrée de plus en plus par l'ennemi. « Sa chute, si elle n'était secourue à temps, pourrait entraîner, déclarait-il, notre totale ruine, non pas tant pour l'importance de la ville en elle-même, que pour la perte de tant de gens de bien, soldats et bourgeois, et le découragement irrémédiable qui en résulterait dans les autres villes lorsqu'elles verraient que, ayant eu temps et loisir à souhait, nous n'avons pu secourir Harlem, qui se comporte si vaillamment et qui a si longtemps soutenu la guerre au grand soulagement de tout le reste du pays. i> Le prince engageait en conséquence ses frères à hâter les levées qu'ils faisaient et à passer le Rhin pour venir au secours de Harlem. Il les avertissait aussi que le duc de Medina-Celi se trouvait aux bains de Spa et les priait de faire en sorte, sans retarder cependant le secours de Harlem, que le duc fût pris. — Ce serait, faisait-il observer, un bon oiseau en cage ^.

Le 28 mai, les patriotes essuyèrent un nouvel échec devant Harlem . La flotte royale, forte alors de plus de soixante vaisseaux,

' Correspondance de Phili'ppe II, t. II, pp. 366 et suiv. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 250. — Van Meteren, fol. 89 v». ^ Le prince d'Orange à ses frères Jean et Louis de Nassau, alors à

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gagna le vent, attaqua l'escadre des insurgés et la contraignit à prendre la fuite. Boussu s'empara de vingt-deux navires et poursuivit les autresjusqu'à ce qu'ils se fussent réfugiés, partiedans le canal qui conduisait à Gouda, partie dans celui qui allait à Leyde. Non-seulement lefs royalistes s'étaient enfin rendus maîtres de la mer de Harlem, mais ils avaient attaqué, avec un égal succès, les forts que les insurgés avaient élevés, au nombre de douze, sur les bords de cette mer. Après une vive résistance, ces forts furent évacués, et Julian Romero y mit des garnisons espagnoles ' .

L'occupation de la mer de Harlem par les Espagnols mettait la ville assiégée dans le plus grand péril, car il devenait impossible de lui fournir encore des vivres ou des munitions. Sonoy, avec les patriotes de la Nord-Hollande, résolut alors de reprendre Je Diemerdyk pour le percer et se frayer un passage. Le 2 juin, il se croyait maître de cette position importante et commençait à s'y retrancher : mais il fut bientôt repoussé par les royalistes d'Amsterdam.

Avant d'être assiégés, les habitants de Harlem avaient malheureusement négligé de se pourvoir suffisamment de vivres, présumant qu'ils pourraient toujours s'en procurer par le lac. Il n'en fut pas ainsi, car tout moyen de communication était maintenant intercepté. Le 6 juin, il fut ordonné dans Harlem que les soldats continueraient de recevoir, chaque jour, une livre de pain de froment, mais que les bourgeois et leurs familles ne mangeraient plus que des tourteaux faits d'avoine ou d'orge. Bientôt

Dillenbourg (de Deift, 28 mai 1573), dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. -129.

' Don Fadrique au ducd'Albe, 30 mai 1573. — Noircarmes, en donnant au secrétaire Berly, le 28 mai, des détails précis sur les avantages obtenus en cette journée, appelle les insurgés vilains et traistrcs. {(Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 303 et suiv.)— Fo«> aussi Grande chronique de UoUande, t. II, p, 251.

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la disette augmentant, il fallut restreindre d'une demi-livre par deux personnes la distribution des tourteaux. La chair, ménagée avec une égale parcimonie, était, comme le pain de froment, réservée aux soldats : mais les vaches, seul bétail qui fût encore dans la ville, diminuaient chaque jour aussi, et cette dernière ressource allait également manquer ^

Prévenu par les assiégés qu'ils ne pourraient plus tenir au delà d'un terme qu'ils avaient fixé et qui était déjà échu, le prince d'Orange prit une grande résolution. Il fit convoquer, au son de la cloche, les notables de Delft, leur annonça son dessein de secourir Harlem en propre personne et les engagea à rassembler le plus d'hommes qu'ils pourraient ^. Le 6 juin, il désigna Paul Buys, avocat de Hollande, pour présider en son absence le conseil des états, « attendu, disait-il, que nous avons résolu, avec l'aide de Dieu, de nous rendre près de nos gens de guerre pour marcher au secours de la ville de Harlem ^. » Le lendemain, il arriva effectivement à Leyde, et un de ses premiers soins fut d'adresser aux villes de la Hollande qui défendaient sa cause, un mandement, pour que tous ceux qui laimaient eussent à venir le joindre au camp de Sassem. Le 8 , il envoya , par un pigeon, aux habitants de Harlem, une lettre dans laquelle il les avertissait qu'il se proposait de les secourir par le bois ■'. 11 avait engagé le seigneur de Lorges, fils du comte de Montgoramery, à venir à son aide avec les gens de guerre qu'ils avaient réunis en Angleterre pour effectuer le ravitaillement de la Rochelle, entreprise alors avortée. Il fit adjurer ses frères d'accourir d'Allemagne avec la cavalerie et l'infanterie le\ées

1 Van Meïeren, fol. 90. — Grande chronique de Hollande, t. li, p. 231. — Correspondance de Philippe 11, t. il, pp. 371 et 379. ^ Correspo7idance de Philippe II, t. II, p. 369. ^ A. KniiT, Historié der hollcmdsche stants-regering, t. III, p. 42S. •* Correspondance de Philippe !l, t. H, p. 371, et Van Metere.v, fol. 90.

nu delc^i du Rliin , espérant que les courageux bourgeois de Harlem, s'ils pouvaient compter sur ce secours, tiendraient bien encore trois ou quatre semaines. Il était impossible, toutefois, de garantir aux reîtres, levés par les Nassau en Allemagne, le payement de la vieille dette et de faire une avance sur la solde qui allait échoir à la Saint-Michel. Marnix avertit Louis de Nassau qu'il fallait aviser à un autre moyen. D'accord avec les états, il lui proposait en conséquence de faire arrêter par les reîtres, tant en Allemagne qu'ailleurs, tous les fugitifs de Hollande, pour les mettre à prix, sauf à laisser fixer le chiffre de la rançon par les états. « Par là, disait Marnix, nous recouvrerions un double bien, car les reîtres seraient payés, et nos fugitifs contraints de retourner à la maison •. "

Le 14 juin, Lorges arriva à Flessingue, amenant huit compagnies de Français, de Wallons et d'Anglais qui allèrent, avec six pièces d'artillerie, joindre le prince d'Orange à Leyde ■*. L'appel adressé par Guillaume aux villes de son parti n'avait pas non plus été infructueux. Les villes y avaient répondu selon l'importance de leur population. Dordrecht envoya à Sassem deux cents bourgeois volontaires, Rotterdam également deux cents, la Briele cinquante, Delft trois cents. Tous ces volontaires partirent de Sassem et se dirigèrent sur Ouderkerk ^. Le prince se plaignait toutefois d'être dépourvu de bons capitaines et d'ingénieurs. « Aussi, disait- il confidentiellement, c'est niiracle de Dieu que nous nous maintenons si longuement ^. » 11 jeta sur les

* Ph. de Marnix à Louis de Nassau, Delft, 8 juin 1573. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 153.)

" Correspondance de Philippe II, t. Il, p. 372. — Grande chronique de Hollande, t. H, p. 253.

^ Correspondance de Philippe II, t. II, p. 376.

^ Le prince d'Orange à Louis de Nassau, de Leyde, 17 juin 1573. [Archives de la maison d'Orange-Nassan, t. IV, p. 159.)

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