‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 5 sur 131 · LIVRE PHKM1ER (1572). S · texte numérisé non relu

LIVRE PHKM1ER (1572). S

le cri général. A trois heures de l'après-midi, la marée étant haute, il fut commandé aux vaisseaux espagnols de prendre le large et deux coups de canon hâtèrent leur départ. Les bourgeois, fort irrités contre Antoine de Bourgogne, voulaient le retenir, l'accusant d'être cause de tout le mal et persuadés que, s'il rejoignait le duc d'Albe, il demeurerait leur ennemi mortel ; mais il trouva moyen de leur échapper et de retourner à Middelbourg.

Pendant les fêtes de Pâques, le capitaine don Hernando Pacheco, commandant d'une compagnie d'infanterie à Deventer, vint débarquer à Flessingue. Le duc d'Albe l'avait envoyé en Zélande pour recueillir des renseignements topographiques sur les îles qui formaient cette province. Pacheco aborda en toute sécurité, persuadé que Flessingue était occupée par les Espagnols. Il ne tarda point à être détrompé en entendant les cris de mort de la populace. Le malheureux officier, ayant aperçu dans la foule Jacques de Ryk, corsaire renommé, eut la pensée de se mettre sous sa protection. Tirant son anneau, il le baisa et le tendit au marin en disant : « Seigneur, je suis votre prisonnier. » De Ryk, qui entendait bien l'espagnol, prit l'anneau, puis il mit la main sur Pacheco et le fit conduire en prison. L'agent du duc d'Albe y eut comme un avant-goût du terrible sort qui lui était réservé. On le jeta dans un souterrain, et on plaça sur ses jambes une pièce d'artillerie pour le punir de ce que, à Deventer, il avait fait brûler des anabaptistes

Les insurgés envoyèrent ensuite un agent à la Briele, pour demander du secours à Guillaume de La Marck, et un autre émissaire partit pour Dillenbourg, résidence du prince d'Orange. Le 13 avril, une alliance fut conclue entre Flessingue et les autres bourgs ou villages de l'île de Walcheren, qui s'étaient déclarés pour les patriotes, notamment avec les villes de la Veere et d'Arnomuiden. Le 20, les confédérés zélandais allèrent canon-

ner, mais sans succès, la ville de Middelbourg, où le magistrat ne voulut point céder aux sympathies du peuple pour le prince d'Orange.

Quoique La Marck n'eût encore qu'une poignée d'hommes, il ne crut pas pouvoir abandonner Flessingue. Le 27 avril abordèrent trois navires contenant environ deux cents volontaires, bourgeois de Rotterdam, de Deift, de la Haye et de la Briele. Ils étaient sans armes et affublés de frocs de moine et de vêtements sacerdotaux dérobés dans les couvents et les églises. Guillaume de Blois était à leur tête. On les pourvut d'arquebuses, on les passa en revue, et ils entrèrent dans Flessingue. Le même jour, les Espagnols débarquèrent soudainement devant Arnemuiden, et, le lendemain, ils reprirent cette ville, qui n'était pas encore enceinte de remparts et de murailles *,

Les insurgés de Flessingue exercèrent aussitôt des représailles. Guillaume de Blois ordonna d'attacher au gibet le capitaine Pacheco et deux autres officiers qui avaient été pris avec lui. La plus grande irritation régnait contre Pacheco : non-seulement on lui reprochait les exécutions faites à Deventer, mais il passait pour un parent du duc d'Albe, et, en le faisant mourir sur le gibet, Guillaume de Blois voulait venger son frère, Jean de Blois, décapité à Bruxelles, dans le sinistre mois de juin de l'année 1568. Pacheco offrit en vain une rançon considérable

' Grande chronique de Hollande, par J. F. Le Petit, t. II, pp. '224-22S. — 13oR, 6" livre, fol. 208. — Iîooft, Nederlandsche historien (édition de l(J42), p. 224. — Lettre du duc d'Aibe au Roi, datée de Bruxelles, 2G avril 1572, dans la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, tirée des archives royales de Simancas et publiée par M. Gachanl, t. 11, pp. 243-240. — Il résulte de cette même correspondance (t. H, p. 2b7j que l'officier, pris à Flessingue, n'était pas le célèbre ingénieur iliilien, François Pacchiotio, le constructeur de la citadelle d'Anvers, mais bien un Espagnol, capitaine d'infanterie.

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