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et !es conip'îgnies qui suivaient, et la déroute devint générale. Les Espagnols se mirent à la poursuite des fuyards et en firent un grand carnage. Plus de deux mille hommes succombèrent. Batenburgh, Carloo et d'autres se noyèrent en voulant traverser un pont. Tseraerts fut blessé, mais parvint à regagner Leyde. Des trois cents bourgeois volontaires de Deift, douze à peine revirent leurs foyers. Parmi ceux qui échappèrent à cette boucherie se trouvait Jean Van Oldenbarnevelt , réservé à une si haute et si tragique destinée. Selon le prince d'Orange, les défenseurs de Harlem avaient manqué au rendez-vous, et leur absence avait été cause du désastre survenu. La déroute était malheureusement complète et la consternation générale. Non-seulement le Taciturne n'avait plus d'armée en campagne, mais à Leyde et dans les autres villes, qui avaient secoué le joug espagnol, la multitude était violemment agitée *. On répandit le bruit que les femmes de Leyde coururent à la mai.son du prince, criant . <i Méchant traître, sortez de la ville, vous nous avez abusés et trompés et menés à la boucherie ^ »
Le 9 juillet, un pigeon apporta à Harlem la nouvelle du désastre essuyé par Batenburgh au Manpad. Tout espoir fut dès lors enlevé aux assiégés. Le 10, un bourgeois se jeta hors de la ville par la broche et afTirma aux Espagnols que les habitants ne pouvaient plus résister, que les vivres étaient épuisés, qu'on ne trouvait plus même dans la \'ille ni chats ni rats, et
' Le prince d'Orange à Louis de Nassau, 22 juillet '1573. {Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. IV, p. 175.) — l'our les détails du combat, voir V^\N Meteren, foL 90; Bor, G» liv., fol. 322; dépêche de Moiidoucet citée ci-dessus ; Relation espagnole, dans la Correspondance de Philippe II, t. Il, pp. 388.
^ C'est ce que le secrétaire Berty écrivit à Viglius, le 12 juillet 1573, d'après des reuseignemenls fournis par des espions venus de Leyde. (.\rchives du royaume. Documents historiques, l. XiH.)
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que le nombre de ceux qui mouraient de faim élait de cinquante journellement ^
Don Fadrique s'était emparé de tout le convoi de Batenburgh, de son artillerie et de huit étendards. Ces drapeaux furent déployés devant les remparts croulants de Harlem pour que les assiégés eussent ainsi devant les yeux la preuve de la défaite de leurs auxiliaires. Quelques-uns des capitaines corçmandèrent alors à leurs compagnies de se tenir prêtes à quitter la ville, où elles laisseraient seulement les femmes et les enfants. Mais cette résolution ayant été ébruitée, les femmes se jetèrent au milieu des soldats et les conjurèrent par leurs cris et leurs larmes de ne point les abandonner. Ripperda conçut un autre projet qui devait être mis à exécution le lendemain. Il fut ordonné que la retraite serait générale, qu'on s'ouvrirait un passage à travers l'armée espagnole et qu'on ne lui laisserait qu'une ville déserte. Pour exécuter ce dessein héroïque, sept compagnies, composées d'arquebusiers pour la plupart, devaient former l'avanf-garde ; le corps de bataille, comprenant les bourgeois armés et les ghildes militaires, devait servir d'escorte aux magistrats, aux femmes et aux enfants ; neuf compagnies de soldats formeraient l'arrière-garde. Mais don Fadrique, informé de ce jirojet et craignant le désespoir de la vaillante troupe, envoya un trompette pour donner l'assurance que grâce serait faite à tous ceux qui resteraient dans la ville. Les capitaines allemands et leurs soldats, se fiant à cette promesse fallacieuse, renoncèrent à une résolution qui pouvait procurer le salut de tous, et, par leur défection, facilitèrent le plan d'extermination déjà conçu par le duc d'Albe et son fils. Cependant, le 1 1 au soir, cinq com-
^ Lettre de Berty à Vigiius, citée ci-desgu.s. — Le même renseignement se trouve dans la dépôclie de Mondouccl à Charles IX, datée de Nimègue, 11 juillet 1573.
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pagnies de Wallons se mirent en route, suivies par les ghildes d'arquebusiers et par quelques bourgeois , tous pressentant le sort horrible qui les attendait s'ils demeuraient dans la ville. Malheureusement pour eux, cette détermination avait été prise à l'improviste -. les ponts n'étant point disposés, il rentrèrent éperdus dans Harlem et retournèrent à leur poste. Us venaient de laisser à peu près désert le quartier où était la brèche -. mais l'Espagnol, ignorant sans doute cet abandon, n'avait pas profité de l'occasion qui s'offrait de pénétrer dans la ville, au lieu d'attendre le résultat des négociations entamées '.
Le 12, les deux bourgmestres, d'un côté, le colonel Jacques de Steenbach, accompagné des capitaines Rossem et Christophe Vader, de l'autre, arrêtèrent avec les commissaires de don Fadrique les conditions de la capitulation. Elles avaient surtout pour objet de racheter la ville du pillage et d'assurer la vie sauve aux soldats allemands. Les capitaines wallons et français, soupçonnant une arrière-pensée, se montrèrent d'abord contraires à la convention ; puis ils cédèrent aux assurances qu'on leur donna et se résignèrent. Le 13, à quatre heures du matin, les soldats et les bourgeois furent convoqués séparément au son du tambourin. Il leur fut demandé s'ils aimaient mieux sortir de la ville sans armes qu'y demeurer à la miséricorde du duc d'Albe. Ce dernier parti fut préféré, parce que les commissaires espagnols avaient déjà promis leur pardon aux Allemands et aux Écossais; toutefois, il avait été déclaré que toute grâce serait refusée à ceux qui s'étaient trouvés à Mons et dans d'autres places, et qui avaient fait serment de ne plus porter les armes contre le roi d'Espagne -,
' Korte historische aantekeningen, etc., pp. 80-83. — Grande chroniqxie de Hollande, t. II, p. 254. — Commentaires de Mëndoça, liv. IX
^ Korte historische aantekeniiigen, etc.. p. 86. — Commentaires de 15. de Meindoça, liv. IX. — Grande chronique de Hollande, t. Il, p. 234. ■
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En apprenant la funeste résolution de ses frères d'armes, Bordet, capitaine français qui s'était trouvé à Mons, résolut de se soustraire au sort qui l'attendait. Il appela un de ses soldats, et lui remit une arquebuse chargée, le suppliant, lui ordonnant même de le tuer. Le soldat, après avoir d'abord résisté, se laissa vaincre parles prières de son chef; il prit l'arme : Bordet se mit à genoux devant son lit, et, après qu'il eut fait ses prières, le soldat lui perça la tête '.
Le 14, les compagnies bourgeoises furent appelées à l'hôtel de ville. On leur demanda si elles approuvaient la convention par laquelle les bourgmestres avaient racheté le pillage pour 240,000 florins, à payer en deux fois : la première moitié dans douze jours, et l'autre dans un délai de trois mois. Cet accord ayant été ratifié par la bourgeoisie, il fut donné connaissance de son consentement à don Fadrique, Dès cet instant, le fils du duc d'Albe fut maître de Harlem oii l'attendait, dans des angoisses terribles, une population exténuée par les fatigues du siège et par les tortures de la faim ; les plus robustes même étaient tout blêmes, maigres, défigurés, et ne se soutenaient qu'à grande peine ^.
Les membres du magistrat s'étaient rendus au Bois et avaient remis au comte de Boussu, délégué de don Fadrique, la capitulation qu'ils avaient signée. Pendant que les régiments espagnols s'avançaient vers les portes, la grande cloche tintait dans Harlem, et on proclamait, selon les ordres de don Fadrique, que les bourgeois et les soldats eussent à déposer immédiatement leurs armes à l'hôtel de ville. 11 fut ensuite enjoint aux bourgeois de se rendre au cloître de Zyl , aux soldats
' Van Meteren, fol. 90 v. — Grande chronique de Hollande, t. H, p. 2.54. — Korte hislorische aanlelieningen, etc , p. 86.
^ Grande chronique de Hollande, t. II, p. 255. — Reno.\ de Trauce, MS, S*- partie, cliap. XXII.
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dans l'église de Bakenisse, aux femmes, aux vieillards et aux enfants dans 1 église cathédrale. Les Allemands et les Écossais faisaient encore la garde sur les remparts. Mais déjà arrivaient, sous le commandement de Julian Uomero, dix enseignes d'infanterie espagnole qui allèrent occuper la porte ouverte par ceux de la ville ; le reste de la vieille infanterie espagnole, sous les ordres des mestres de camp don Fernando de Tolède et don Gonçalo de Bracamonte, s'empara des batteries. Alors il fut ordonné aux Écossais et aux Allemands de déposer également leurs armes à l'hôtel de ville, puis ils furent conduits par les Espagnols, les uns au cloître de Sainte-Catherine, les autres au monastère de Sainte-Ursule. De forts détachements entourèrent en même temps le cloître de Zyl , la cathédrale et l'église de Bakenisse. Don Fadnque et le comte de Boussu, avec d'autres seigneurs, entrèrent ensuite dans Harlem. Boussu avait une liste des personnes dont il devait s'assurer : elle comprenait les officiers et les porte-enseignes ; il furent appelés, arrêtés et conduits, sous bonne escorte, dans le château de Cleef, tandis que les soldats espagnols, au mépris de l'accord, commençaient à piller des maisons appartenant aux infortunés qui étaient en leur pouvoir '.
La malheureuse et héroïque Hollande allait éprouver de nouveau la clémence du duc d'Albe. En informant l'envoyé du roi de France que les assiégés de Harlem venaient de se remettre à sa miséricorde, il déclara que cette miséricorde se convertirait en justice, car il était résolu à n'en laisser échapper aucun. En effet, il annonça au Roi, le 14 juillet, qu'il avait écrit à don Fadriqne que, des Wallons, des Français et des Anglais, il ne laissât un seul en vie; que les chefs des Allemands fussent aussi
' Correspondance de Philippe II, t. II, p .386. — Kortc hislorischc aantekcningen, p. 93. — Grande chronique de Hollande, t. H. p, 235.
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mis à mort, et que leurs soldats, af)rès qu'ils auraient prêté serment de ne plus servir le prince rebelle, fussent renvoyés tout nus vers un lieu où ils ne pussent faire de mal. Quant aux bourgeois, quelques-uns seraient châtiés, ajouta-l-il ; avec le reste, on usera de clémence, pour l'exemple des autres villes '.
Dès le lo, les exécutions commencèrent. Don Fadrique fit égorger ou pendre, sur le marché, environ trois cents soldats wallons. Pendant ce carnage, le duc d'Albe, venu d'Amsterdam, ))arcourait l'enceinte extérieure de Harlem, sans vouloir entrer dans la ville. Le 16, sur la Grand'Place encore fumante de sang, entre la cathédrale et l'hôtel de ville, furent décapités le vaillant Ripperda et son lieutenant, Ludovic Horenmaecker, de Gand; un prédicant fut pendu et deux cent cinquante soldats environ noyés dans la mer de Harlem. Le 17, les exécutions continuèrent hors de la porte de Schalwyk, et les bourgeois payèrent la première moitié de la rançon stipulée pour le rachat du pillage. Le 18, fut décapité le ministre Simons-Simonsz. , et trois cents soldats périrent encore le même jour : on exécuta en outre plusieurs bourgeois qui avaient voulu, par la fuite, se soustraire à cet horrible spectacle. Le 20 , Lancelot de Bréderode fut exécuté par l'épée au village de Schoten ; les capitaines et porte-enseignes enfermés au château de Gleef furent aussi mis à mort. Le 21, les Espagnols arrêtèrent tous ceux qui s'étaient expatriés autrefois pour cause de religion, et parmi eux se trouvait le bourgmestre Pierre Kies. Il fut ordonné, le 25, de dénoncer les coupables de cette catégorie qui n'étaient pas encore découverts, sous peine, pour le non révélateur, d être pendu à la porte de sa maison. Le 27, on arrêta les membres principaux du
' Dépèche de Moiidoucet ;i Charles IX, 14 juillet 1573. — Le duc d'Albe h riiilii'i'i- 11, même daie. [CoiTcspondancc fie l'hilippc 11, t. il, p. 3S7.)