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qu'il n'avait personne pour lui prêter aide et conseil dans des affaires si urgentes. A la vérité, de Lorges, Poyet et quelques autres Français, n'ayant pu entrer dans la Rochelle , étaient venus le trouver ; mais ces braves gentilshommes ignoraient la langue du pays et ils se retireraient sans doute dès que la paix serait rétablie en France. Parmi les Anglais, il y en avait de très-bonne volonté ; mais d'autres cherchaient à les débaucher. Pour surcroît de malheur, les cœurs des habitants faiblissaient de plus en plus, le découragement augmentait le nombre des émigrés, et les finances étaient épuisées ^ Les commissaires du prince, dans la Nord-Hollande, lui écrivirent, le 24 juillet, que, s'il n'avait pas secrètement contracté une ferme alliance avec un puissant monarque, la résistance serait désormais inutile ^. Un sombre désespoir succédait aux premiers enivrements de la lutte.
Tout autre était alors l'aspect de la cour de Philippe II. Là, on se réjouissait de la défaite et de l'humiliation du chef des rebelles. Le 17 juillet, le Roi était tombé malade; mais les informations venues des Pays-Bas n'avaient pas tardé à le rétablir. En effet, on disait à sa cour que la principale médecine qui l'avait guéri, était la joie que lui causèrent les bonnes nouvelles, envoyées par le duc d'Albe, de la défaite du prince d'Orange et de la reddition de Harlem ^.
Cependant les derniers revers n'avaient point abattu le grand et tenace adversaire de la domination espagnole. Pour ranimer les esprits, le Taciturne fît lui-même une tournée dans les villes de la Hollande méridionale. H annonça en même temps à ses commissaires dans la Nord-Hollande sa ferme intention de continuer la
' Le prince dOrauge à Louis de Nassau, de Delft, 22 juillet 1373, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 173. 2 BoR, 6" liv., fol. 328.
^ Correspondance de Philippe II, l. II, p. 397.
lutte, avec l'appui du Très-Haut, Il avait contracté avec le prince des princes, disait-il, une alliance si étroite qu'il avait l'assurance que lui et tous ceux qui se fiaient dans cette alliance seraient assistés; mais il ne négligerait pas les autres moyens que le Seigneur mettrait à sa disposition *. Marnix, dans des termes également empruntés à la Bible, avait, avant la prise de Harlem, montré la même confiance. Il espérait que \e grand Dieu des armées ne permettrait point que son peuple fut foulé sous les pieds du duc d'Albe; il espérait que ce Dieu juste abattrait l'orgueil du tyran ^.
Le duc d'Albe, aussi bien que le prince d'Orange, s'était trompé sur les dispositions du peuple hollandais. L'un croyait l'avoir ramené en feignant d'user de clémence à l'égard des bourgeois de Harlem ; le second croyait à tort que les tueries de Zutphen et de Naarden, suivies de la prise de Harlem, avaient paralysé ses concitoyens. Il en arriva tout autrement. Quand Harlem fut au pouvoir des Espagnols, la Hollande trembla un moment, mais bientôt on remarqua de nouveau dans toutes les villes une sorte d'émulation patriotique et l'inébranlable volonté de se défendre à outrance contre la tyrannie de Philippe II ^
Le 16 juillet, quatre jours après la prise de Harlem, don Fadrique avait envoyé, comme on l'a vu, deux mille cinq cents hommes de pied et quatre compagnies de cavalerie pour surprendre Alkmaar, qu'il croyait sans défense. L'approche de cette troupe ennemie répandit en effet un tel effroi que plusieurs bourgeois se jetèrent dans des barques, et, rompant la serrure de la
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 478, et Bon, 4" partie, 6^ liv., fol. 328.
^ Marnix de Sainte-Aldegonde à Jean de Nassau, de Delft, 30 mars 1373. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 82.)
^ Berty à Viglius, 21 juillet '1573, Documents historiques, t. XIIl. ( Archives du rovaume.)
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barrière du canal, fuirent hors de la ville. Les catholiques romains et même quelques protestants, se fiant aux fallacieuses promesses des Espagnols, se montraient disposés à favoriser leur admission ^. Mais les patriotes s'y opposèrent énergiquement. En apprenant la reddition de Harlem, ils avaient continué les fortifications ordonnées autrefois par le prince d'Orange. Ils construisirent quatre boulevards, élevèrent un fort près du Schermer, pour rester maître de ce grand lac, qui s'étendait à l'est de la ville ; ils construisirent un autre fort près de l'église de Heiloo, et un troisième à l'abbaye d'Egmont. Cet antique et superbe monastère, lieu de sépulture d'un assez grand nombre d'anciens souverains du pays, fut alors ruiné de fond en comble. Rien ne demeura que deux tours de l'église, qui servirent de fanaux aux navires égarés dans la mer du Nord, Il y avait dans les forts de Heiloo et d'Egmont huit cents soldats du prince d'Orange. Jacques Cabeijaeu, désigné par celui-ci pour prendre le commandement d'Alkmaar, Nicolas Ruychaver et quelques autres patriotes requirent, le 15 juillet, le magistrat de les admettre dans la ville avec leurs soldats ; mais cette demande ne fut pas accueillie. Le magistrat écrivit le même jour à Thierri Sonoy, gouverneur de la Nord-Hollande, pour le prier d'envoyer dans la ville du blé et de la poudre ; quant aux soldats, ils devaient rester à Heiloo. Le 4 6, lorsque les Espagnols se présentèrent devant la porte de Kenmer, Cabeijaeu et Ruychaver accoururent de l'autre
' Une des principales sources pour l'histoire du siège d'Alkmaar, sinon la principale, est l'ouvrage contemporain de Nanning Van Foreest : Een cort verhael van de strenghe belegeringhe ende aftrek der Spangiaerden van de stadt Alkmaar. (Delft, 1573.)
En 1368, l'auteur de ce récit, ayant émigré avec trente-trois autres bourgeois d'Alkmaar, le duc d'Albe l'avait condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens. Lors de l'insurrection générale de 1072, il était revenu et, pendant le siège, il était conseiller et pensionnaire d'Alkmaar.
côté avec leurs compagnies. Admis seuls dans Alkmaar menacé, ils se rendirent à l'hôtel de ville et s'efforcèrent de persuader au magistrat de ne pas refuser plus longtemps l'appui des soldats patriotes. Ruychaver, un des plus intrépides chefs des gueux de mer, harangua le peuple et demanda une réponse immédiate et positive. Alors un des bourgmestres, Floris de Teylingen, répondit qu'il voulait vivre et mourir avec le prince d'Orange. Il sortit de l'hôtel de ville et, suivi d'une grande foule, se rendit à la porte de Frise, l'ouvrit de force et donna entrée aux soldats du Taciturne. Ceux-ci marchèrent immédiatement vers la porte de Kenmer, se précipitèrent sur les Espagnols, les chassèrent du faubourg et y mirent le feu. Le 18, les Espagnols, renonçant à surprendre Aikmaar, retournèrent dans leur camp devant Harlem K Le duc d'Albe, cependant , était bien déterminé à ne point laisser au pouvoir des rebelles la ville qui protégeait le Waterland. Aussi se désespérait-il de la mutinerie qui l'obligeait à suspendre ses projets. Lorsqu'il eut enfin apaisé ses vétérans, il résolut non plus de surprendre Alkmaar, mais d'en faire le siège. Il manda au Roi que cette ville prise, tout le Waterland tomberait en son pouvoir, excepté Enkhuizen, Hoorn et Medemblik, dont on pourrait d'ailleurs se rendre maître avant la fin de la campagne. Le 20 août, Noircarmes prit de nouveau les devants avec l'avant-garde, et le lendemain don Fadrique, étendu dans un chariot, à cause de son état maladif, suivit avec le gros de l'armée ^.
' Van Meteren, fol. 94. — Ruychaver, après avoir fait entrer dans Alkmaar les compagnies régulières de Cabeljaeu, demeura hors de la ville avec ses propres soldais Pendant le siège, il se tinta Schoorldam, d'où il s'efforçait d'inquiéter l'ennemi. (A. P. Van Gronincen, Geschiedenis der Watei-yeuzen (Leyde, 1840), p. 289.)
- Leduc d'Albe au Roi, d'Amsterdam, 30 août 1573 [Correspondance d<; Philippe 11, i. II, pp. 400 et suiv.)