LIVRE IV (IS
L'armée assiégeante était forte de seize mille hommes au moins. Don Fadrique s'établit au village d'Outdorp, au milieu des vieilles bandes espagnoles. Noircarmes vint camper à Bergen, qu'occupèrent dix bandes de Wallons sous le commandement du seigneur de Câpres. Julian Romero et Gongnies entourèrent la ville du côté de Heiloo. Don Fernand de Tolède était à Huyswaert, avec huit compagnies d'Espagnols nouvellement arrivés d'Italie. Au village de Saint-Pancraes étaient les Allemands du colonel Polwyller ; le baron de Licques, gouverneur de Harlem, se tenait à Koedyck, avec douze enseignes de Wallons et auprès de lui le baron de Chevreaux avec huit compagnies de Haut-Bourguignons. A Nieuwpoort, il y avait encore deux bandes de cavalerie italienne et espagnole, une cornette de reîtres et quelques compagnies de lansquenets de Georges Frunsberg et du comte d'Overstein. Comme les assiégeants s'étaient emparés, dès le second jour, du fort de Koedyck qui commandait le canal, enlevant ainsi aux assiégés tout accès par eau avec le dehors, la ville fut si bien bloquée que, selon les expressions du duc d'Albe, un moineau n'y pouvait entrer ni en sortir *.
Aux forces considérables de don Fadrique , les assiégés opposèrent un peu plus de deux mille hommes, La ville, sans les paysans qui s'y étaient réfugiés, contenait treize cents habitants auxquels il fallait ajouter les huit cents soldats amenés par Cabeljaeu. Elle n'avait que peu de vivres et ne devait compter sur aucun secours. Mais elle renfermait des patriotes énergiquement décidés à défendre le boulevard de la Nord- Hollande. Le colonel Cabeljaeu montrait d'ailleurs le ferme courage de l'héroïque et regrettable gouverneur de Harlem.
' Grande chronique de Hollande, t. II, p, 261. — Le duc d'Albe au Roi, d'Amsterdam, 30 août 1573, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. i 00 -403.
21 G SOULÈVEMENT DliS PAYS-BAS.
Aidé par son lieutenant, Guillaume de Sonnenbergh, il s'efforçait de mettre la ville en état de résister aux Espagnols. Il fit continuer les fortifications ordonnées autrefois par le prince d'Orange et commencées sous la direction de Charles de Boisot ; les faubourgs furent brûlés et les cloches des églises fondues pour en faire des canons ^ En outre, il fut résolu entre les bourgmestres, les capitaines et les autres chefs, de ne point traiter avec les Espagnols et de ne pas même ouïr leurs propositions. On signifia cette détermination patriotique à l'ennemi.
Un messager, envoyé hors de la ville, revint le 1" septembre, après avoir échappé presque miraculeusement aux sentinelles espagnoles qui surveillaient toutes les avenues de la place. Il rapportait des lettres adressées au conseil de la ville d'Alkmaar, par Thierri Sonoy, gouverneur de la Nord-Hollande, et par les états du pays, alors assemblés dans la ville de Hoorn. Sonoy promettait d'employer son corps, même sa vie, pour secourir Alkmaar et de percer les digues, s'il fallait en venir à cette extrémité. 11 ajoutait qu'il avait écrit au prince d'Orange, et il ne doutait point que les troupes patriotiques, pendant que les assiégés résisteraient avec courage, ne rompissent les efforts des Espagnols. Les étals promettaient d'envoyer bientôt aux assiégés de la poudre à canon et tous les secours qui seraient en leur pouvoir. Us les exhortaient en conséquence à bien se défendre, et leur disaient que, dans ses lettres les plus récentes, Louis de Nassau recommandait de ne pas se laisser décourager par la prise de Harlem, mais de redoubler d'efforts pour assurer l'indépendance et la liberté de la patrie. Le messager rapportait encore le bruit accrédité que le duc Christophe, fils de l'Électeur palatin, et Louis de Nassau étaient sur les frontières de la Gueidrc, et
■■ Kort verhael, etc., fol. 3 et suiv. — Grande chronique de Hollande, t. 11,]). 2GI.