‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 48 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

que ]e prince d'Orange envoyait au devant d'eux quelques milliers d'arquebusiers qui les conduiraient ensuite au secours d'Alkmaar. Ces lettres et ces nouvelles, parvenues dans la ville le douzième jour du siège, encouragèrent la poignée d'hommes qui se défendait contre l'élite des troupes espagnoles.

Tous les chefs de l'armée royale exprimèrent l'avis que la ville devait être attaquée du côté du Nord , où Noircarmes s'était établi, Alkmaàr n'ayant de ce côté ni parapets ni fortifications, m aucune autre défense que le fossé, à la vérité trèslarge et profond. La Motte, maître de l'artillerie, proposa de jeter sur ce fossé un pont qui offrirait un passage solide. Mais il fallait d'abord posséder le canon nécessaire pour faire taire les batteries des assiégés. Or, il arriva que le siège d'Alkmaar, qui paraissait d'abord une entreprise facile, présenta de grands obstacles. La pluie, et surtout la mauvaise organisation du service de l'artillerie et du train, firent qu'il fallut douze et même quatorze jours pour amener de Harlem et de Beverwyck les pièces dont on avait besoin ; que la confection des gabions, des fascines et des autres objets exigea quinze autres jours, et que le même temps fut encore nécessaire pour ouvrir la tranchée '.

Les oppresseurs du pays eurent la cruauté d'obliger trois cents bourgeois de Harlem à travailler aux tranchées d'Alkmaar. Le 1 1 septembre, les capitaines de la garde bourgeoise avaient été contraints de choisir douze hommes dans leurs compagnies respectives et de les envoyer devant la ville assiégée pour y faire l'oflQce de pionniers -.

On était arrivé au 15 septembre, les Espagnols poursuivaient

' Le duc d'Albe au Roi, 30 août, et Noircarmes au S"- de Selles, son frère, 27 octobre 1573, dans la Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 400 et A27.

- BoR, 6"= liv., fol. 32.3 \'°. — Van Meteren, loi. 04.

Icîurs travaux, et les assiégés continuaient à se fortifier et à repousser toutes les tentatives de l'ennemi. Mais comme ils ne recevaient plus de nouvelles de leurs confédérés, tant la ville était serrée de près, ils résolurent de faire, pendant la nuit, une sortie du côté du midi et de ramener un prisonnier. Cette expédition ayant réussi, ils obtinrent des renseignements importants. Le soldat espagnol, qu'ils avaient amené dans la ville, leur apprit que don Fadrique avait résolu d'attaquer Alkmaar en quatre endroits à la fois et au même instant, afin d'emporter pour le moins le quartier oii il y aurait le moins de résistance. Que s'il emportait la ville d'assaut, il ferait massacrer jeunes et vieux, hommes, femmes et enfants, sans nul égard pour le sexe ou l'âge. En entendant ces sinistres informations, rendues plus effrayantes par l'énumération des forces que les Espagnols tenaient devant Alkmaar, les assiégés se mirent à prier Dieu, les larmes aux yeux, pour qu'il lui plût de détourner d'eux les calamités annoncées *. Ces informations étaient exactes. Leduc d'Albe avait écrit au Roi ces propres paroles, le 30 août : « Si «c Alkmaar est pris par force, je suis résolu à n'y laisser âme »i qui vive ; tous y seront passés au fil de l'épée, puisque l'on « n'a retiré aucun fruit de l'exemple de Harlem : peut-être la « cruauté fera-t-elle plus d'impression sur les autres villes ^. » Enfin les Espagnols parvinrent à braquer onze canons contre la porte de Frise et huit contre la Tour-Rouge. La première batterie était commandée par Gongnies, et la seconde par Noircarmes. Le 18 septembre, de bon matin, ces deux batteries commencèrent à foudroyer en même temps les remparts. A trois heures de l'après-midi, une brèche était faite : le front de devant de la porte de Frise s'étant écroulé dans le fossé, il était même

* Grande chronique de Hollande , t. II, p. 261.

^ Correspondance de Philippe H, t. II, pp. 400-103.

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