‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 6 sur 131 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pour avoir la vie sauve. Lorsqu'il sut qu'il devait être attaché au gibet, il s'écria qu'il était gentilhomme et demanda à mourir par l'épée. Mais Guillaume de Blois et le peuple furent inflexibles. L'infortuné gentilhomme fut pendu, et sa tète attachée ensuite sur les murailles de Flessingue, comme un défi sanglant au duc d'Albe *.

En apprenant la prise de la Briele, Guillaume le Taciturne se montra d'abord très -mécontent que cette expédition eût été tentée sans son commandement. Il craignait que , donnant l'éveil au duc d'Albe, elle ne fit découvrir les entreprises que lui-même méditait et qu'il n'était pas encore prêt à exécuter. 11 voulait abandonner en quelque sorte l'aventureux chef des gueux de mer ; mais ses résolutions changèrent lorsqu'il apprit que Flessingue, où il n'avait aucune intelligence, s'était révoltée. Il attribua cette insurrection spontanée à la permission de Dieu, et s'efTorça immédiatement de seconder les desseins de la Providence ^. Naguère découragé el même disposé à recevoir les ouvertures du gouvernement espagnol, il retrouva son ancienne et virile ardeur. Il fit savoir à La Marck qu'il viendrait à son aide, et il écrivit, en effet, de tous côtés pour que ce capitaine fût soutenu. Le 14 avril, il signa une proclamation adressée aux habitants des Pays-Bas, qu'il excitait à se soulever contre la tyrannie du duc d'Albe. Il leur rappelait ses labeurs et ses sacrifices, depuis quatre ans, afin de rendre aux Pays-Bas leurs anciens privilèges, les affranchir de l'oppression des étrangers, et leur assurer la liberté de conscience et de la

* BoR, 6" livre, fol. 2G8.— Gramle chronique de Hollande, t. II, p. 223.— Commentaires de B. de Me.^doça, liv. V, chap. VIII. — Correspondance de Philippe II, t. II, p. 2b7.

^ Ces détails sur les dispositions du prince d'Orange furent révélés, en -1573, par Marnix de Sainte-Aldegonde. Voir Correspondance de Guillaume le Taciturne, publiée par M. Gachard, t. III, p. 370.

8 SOULÈVEMtiN'T DES PAYS-BAS.

parole de Dieu. Il leur faisait honte de la servitude dans laquelle ils gémissaient depuis trop longtemps, les exhortait à se joindre aux villes déjà insurgées, et promettait de les seconder. « Chassez donc, disait-il, les tyrans étrangers pour que, sous la protection divine, nous puissions voir refleurir l'ancienne liberté des Pays-Bas \ » Cette proclamation où le prince, par une fiction singulière, s'annonçait toujours comme le stathouder et le représentant de Philippe II, pénétra dans toutes les provinces.

Guillaume jeta ensuite les yeux sur Thierri Sonoy, gentilhomme originaire du pays do Clèves, pour le mettre à la tête du mouvement insurrectionnel dans le nord de la Hollande. Par une ordonnance donnée à Dillenbourg, le 20 avril, il le nomma gouverneur d'Enkhuizen, de Medenblik, de Hoorn et de tout le Waterland ^.

Louis de Nassau, qui avait été également averti du soulèvement deFlessingue, s'était hâté d'y envoyer Jérôme de Tseraerts, gentilhomme brabançon et écuyer du prince d'Orange. La commission, qu'il tenait du comte Louis, le chargeait de gouverner au besoin toute l'île de Walcheren. 11 arriva à Flessingue, au commencement du mois de mai, avec des soldats français et wallons, et sempressa d'agiter, par des proclamations, les villes qui reconnaissaient encore l'autorité du comte de Boussu '.

Une partie des insurgés, sous les ordres de Guillaume de Blois, bloquait étroitement Middelbourg, où Beauvoir se trou-

' Miscellanea auraniaca, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. VI, p. 297. — Sur le découragement des Nassau avant la prise do la Briele, voir le même Recueil, t. VI (append. .4), et Correspondance de Philippe //, t. III, p. 140.

' Bou, (k liv., fol. 2G0 voel272. — Van Meteren, Hisloiredes Pays-Bas (édition de 1018), fol. 72.

» Grande chronique de Hollande, l II, p. 22(î.— VanMeteren, foi. 72 v".

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