‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 55 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

cinq navires, fournis par les villes de Hoorn , d'Enkhuizen et de Monnikendam. Elle était con^mandée par Corneille Dieriksen, qui avait à son bord le capitaine Nicolas Ruyehaver avec une partie de sa compagnie. La flotte hollandaise venait à la rencontre des vaisseaux espagnols. Bientôt le combat s'engagea, mais sans amener un résultat décisif. Le 8, le vent sépara les deux flottes, et, jusqu'au il, les Espagnols demeurèrent à l'ancre. Profitant alors du vent favorable, la flotte hollandaise vint fondre sur les vaisseaux royalistes. Tandis que la plupart de ceux-ci prenaient la fuite et se retiraient vers Amsterdam, Corneille Dieriksen aborda ['Inquisition, et il ne tarda point à être rejoint par deux autres navires. La lutte fut terrible et acharnée. En voyant fuir la plus grande partie de sa flotte, Boussu s'était écrié : « Ah! ils s'en vont ainsi, et me laissent seul ; je vois bien que je suis trahi! » Accablé par des forces supérieures, il se défendit néanmoins avec une éclatante bravoure. Pendant toute cette journée, pendant la nuit suivante et le lendemain jusqu'à midi, toujours sur le pont de son navire et l'épée à la main, il encourageait, par son exemple, les soldats et les matelots. L'Inquisition était échouée et touchait terre lorsque Boussu consentit à se rendre. Il avait été convenu qu'il aurait la vie sauve, que lui et les siens seraient traités selon les usages de la guerre, qu'on relâcherait prisonnier pour prisonnier, et, s'il n'y avait point de prisonniers pour l'échange, que chaque soldat et marinier serait libre à la condition de payer un mois de solde. Les prisonniers étaient au nombre d'environ trois cents, partie Espagnols, partie Wallons et partie Allemands. Ceux-ci, au nombre de deux cents, furent conduits à Enkhuizen, avec la plupart des soldats espagnols qui avaient survécu à la défaite. Boussu, les quarante gentilshommes qui l'accompagnaient , le capitaine Corcuera , blessé d'une arquebusadc à la jambe, et onze de ses soldats furent dirigés sur Hoorn

OÙ les rebelles amenèrent également ['Inquisilion comme le trophée de leur victoire ^

Lorsque le comte de Boussu, dont la contenance était toujours intrépide, eut débarqué avant tous les autres, le peuple l'entoura et le poursuivit de ses huées et de ses injures, l'accusant d'avoir souffert le massacre des bourgeois de Rotterdam. Mais les soldats espagnols, attachés ensemble avec des cordes, eurent encore plus à souffrir : telle était l'exaspération du peuple, que les femmes même s'approchaient d'eux pour les souffleter. Boussu, séparé de ses gentilshommes et des soldats espagnols, fut enfermé avec deux de ses pages dans une abbaye déserte et écartée. Bientôt il apprit que ceux-là même qui avaient pris la fuite dans le combat naval du 1 1 ootobre, l'accusaient aup-f-ès du duc d'Albe d'avoir été la cause de ce désastre. Il se plaignit, avec éloquence, de ces imputations calomnieuses, dans une lettre adressée, le 28 octobre, au gouverneur et aux états de la Nord-Hollande , et il leur demanda de pouvoir envoyer un des siens au duc d'Albe pour faire connaître la vérité, confondre ses calomniateurs et provoquer un échange de prisonniers. Cette demande fut accueillie par les états ^.

La victoire d'Enkhuizen avait excité la plus vive allégresse dans la Nord-Hollande. Le gouverneur Sonoy, se conformant aux intentions du prince d'Orange, prescrivit à toutes les villes

1 Lettres du duc d'Albe au Roi et du comte de Boussu au duc d'Albe, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 418 et suiv. — Bon, 6e liv., fol. 333. — Le Petit, t. Il, p. 260. — Van iMeteuen, fol. 93. — Commentaires de Bernaruino de Mendoça, liv. X. — Le prince d'Orange aux comtes de Nassau, ses frères, de Delft, 16 octobre 1373. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 2<^ partie, p. I^O.) — Berty à Viglius, d'Amsterdam, 44 octobre, dans les Documents historiques, t. XIII. (Archives du royaume.)

^ Commentaires de Ber.nardino de Mei>doça, liv, X. — Bor, O»- liv., fol. 336 v".

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