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se mutinassent pas et que le Roi armât une puissante flotte qui le rendit maître de la mer '.
Les troupes ne s'établirent point docilement dans les quartiers que le duc d'Albe leur avait assignés. Le régiment de Flandre fut tout un jour sur le point de se mutiner, ne voulant pas entrer à Egmont-l'Abbaye. Le jour suivant, les mêmes dispositions se manifestèrent dans le régiment de Naples, près de Beverwyck. Ces actes d'indiscipline étaient attribués, avec raison d'ailleurs, à la misère des troupes. Les vivres étaient devenus si chers que, avec sa solde d'un mois, le soldat pouvait à peine se nourrir pendant quinze jours ; il ne lui restait donc rien pour acheter des souliers, de la poudre, des mèches, etc. Le duc réserva ses dernières ressources pour calmer les troupes espagnoles et allemandes; quant aux Wallons et aux Bourguignons, il les licencia, sauf trois cents soldats de chacune des deux nations qui demeurèrent volontairement au service. Ce fut, toutefois, à un officier originaire de la Franche-Comté que le duc d'Albe confia le commandement supérieur des troupes cantonnées en Hollande. Henri de Vienne, baron de Chevreaulx, devint mestre de camp général de tous les gens de guerre, tant à pied qu'à cheval, espagnols, wallons , allemands et autres logés depuis Alkmaar jusqu'à Harlem. Quant au gouvernement du pays, vacant par la captivité du comte de Boussu, il fut confié pour deux mois à Noircarmes. La Gueldre et l'Over-Yssel étaient gardés par Gilles de Berlaymont, baron de Hierges, sur la fidélité duquel le duc se reposait entièrement ; de même, il laissait en toute confiance la Frise à Robles, seigneur de Billy -.
Les régiments de Naples et de Lombardie, les compagnies venues récemment d'Italie et treize compagnies d'Allemands
^ Correspondance de Philippe 77, t. II, p. 422.
^ Le duc d'Albe au Roi, de Grave, 5 novembre lo73. [Ibid., t. H, p. 128.)
23fi SOULÈVEMENT OES PAYS-BAS.
avaient pris le chemin d'Utrecht et de la Hollande méridionale. Le dernier jour d'octobre, les Espagnols se présentèrent devant Leyde, qu'ils savaient très-mal approvisionnée. Leyde, l'une des quatre principales cités de la Hollande, avait alors pour gouverneur le seigneur de Noyelles. Les Espagnols entourèrent la ville d'une ceinture de petits forts, de telle sorte qu'il n'y avait nulle apparence de la pouvoir secourir *.
Le régiment de Naples, commandé par Julian Romero, après s'être emparé de la Haye, se répandit dans les villages de la Hollande occidentale, et se dirigea vers Delft. Le prince d'Orange avait confié à Marnix de Sainte-Aldegonde le gouvernement de Delft, de Rotterdam et de Schiedam. Marnix avait aussi été chargé secrètement de rompre l'écluse deMaesland pour inonder les alentours ; mais cet ordre fut révoqué, les états de Hollande ayant représenté au prince d'Orange que, si l'on rompait les écluses, tout le pays serait noyé, sans qu'on pût jamais le recouvrer ^. Marnix, selon l'ordre du prince, s'occupait de fortifier Maesland, lorsque, le 4 novembre, il fut surpris par les Espagnols. La lutte fut vive mais courte. Les soldats qui défendaient Maesland, au nombre de cinq ou six enseignes, ayant été ou tués ou mis en fuite, Marnix, enveloppé par les ennemis, allait être massacré, lorsqu'il cria que, si on lui sauvait la vie, le comte de Boussu serait échangé contre lui. Les Espagnols abaissèrent leurs épées et s'emparèrent du principal conseiller du prince d'Orange ^ Conduit à la Haye, Marnix s'attendait à expier cruel-
* Grande chronique de Hollande, t. II, p. 266.
^ Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 159.
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 239. — Correspondance de Guillaume le Taciturne, i. III, p. 88. — Brief recueil et discours des choses jilus mémorables imssées es Pays-Bas, etc. (MS de la bibliothèque royale.) L'auteur avait entendu Marnix raconter lui-même les incidents de la surprise de Maesland.
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Jement son attachement à la cause protestante. Le duc d'AIbe, ses ministres, ses capitaines et tous les partisans de Philippe II se réjouissaient de tenir en leur pouvoir le principal conseiller de Guillaume de Nassau, le calviniste intraitable, l'ardent écrivain à qui l'on attribuait les écrits les plus hostiles à la domination espagnole K Le duc d'AIbe, alors revenu à Bruxelles, résolut d'y faire transférer Marnix pour qu'on l'interrogeât -. C'était l'envoyer au supplice. Mais déjà le prince d'Orange avait mandé à Julian Romero qu'il agirait, à l'égard du comte de Boussu et des autres hommes de marque qui étaient en son pouvoir, de la même manière que les Espagnols traiteraient Marnix. On proposa au prince de l'échanger contre Boussu ; cette offre fut déclinée à cause de l'importance exceptionnelle du gouverneur de la Hollande. Avant de savoir que Marnix était au pouvoir des Espagnols , le prince avait également refusé de ratifier l'accord conclu entre l'amiral de la Nord-Hollande, autorisé par Sonoy, et le comte de Boussu. Les commissaires du prince étaient venus signifier à ce dernier qu'ils avaient charge de procéder à l'exécution de tous les prisonniers qui étaient à Hoorn, à moins que le duc d'AIbe ne voulût autoriser l'échange. Boussu , dans une lettre éloquente au lieutenant de Philippe II, le conjura de ne point délaisser ceux qui avaient exposé corps et biens pour le service du Roi ^. Les choses restèrent en suspens. On peut dire néanmoins que la fermeté du prince d'Orange contribua certainement à sauver Marnix de Sainte-Aldegonde et d'autres hommes qui avaient vaillamment combattu pour la
' Viglius à Hopperus, 15 novembre 1573. {Analectabelgica, t. II, p. 778.) — Commentaires de Bernardino de Mendoça, liv. XI.
^ Le duc d'AIbe au Roi, de Bruxelles, 17 novembre 1573. [Correspondance dePhilï2ipeII,t. II, p. 431.)
^ Cette lettre, antérieure à la prise de Marnix, était datée de Hoorn, le i novembre 1573. [Ibid., l. II, p. 421.)
cause protestante. De son côlé, le duc d'Albe craignnit peut-être de faire un tort irréparable à la cause royale si, pour assouvir sa haine contre les défenseurs du prince d'Orange, il sacrifiait le noble vaincu d'Enkhuizen. Le comte de Boussu et Marnix furent soustraits à une « mort honteuse ; » mais leur captivité devait se prolonger assez longtemps.
Tandis que les Espagnols prenaient leurs quartiers d'hiver en Hollande, le duc d'Albe avait ordonné à Beauvoir de faire une nouvelle tentative pour secourir l'île de Walcheren. Le 6 novembre , la flotte d'Anvers, forte de quatre-vingt-trois bateaux , dont vingt-cinq chargés de victuailles, appareilla. Cette expédition ne fut pas heureuse. Les Espagnols, toujours harcelés et poursuivis par les navires zélandais, se réfugièrent à Berg-op- Zoom. Pendant qu'une partie de la flotte protestante les surveillait, l'autre alla assiéger Romerswael (dans l'île de Sud-Bevejand), 011 Beauvoir avait jeté six cents arquebusiers wallons pour qu'ils y construisissent un fort destiné à assurer le passage vers Walcheren. Ce détachement, commandé par le seigneur de Manny, se voyant isolé et comme abandonné, se rendit, le 26 novembre, à l'amiral de Boisot. Il obtint d'ailleurs des conditions honorables : l'amiral le fit conduire à Saint-Martinsdyck (dans l'île de Tholen) , laissant aux soldats leurs armes et leurs étendards ^ Boisot avait intercepté une lettre dans laquelle Beauvoir révélait son impuissance. Il fît en sorte que cette lettre fût connue à Middelbourg, pour que les assiégés ne se berçassent point du faux espoir d'être secourus.
Dans la lutte inégale et terrible que Guillaume de Nassau soutenait contre la domination espagnole, il était contraint de
1 Le duc d'Albe au Roi, de Bruxelles, 2 décembre 1573 [Correspondance de Philipp' II, t. II, p. 432), et Louis de Boisot au prince d'Orange, de son vaisseau amiral devant Berghes, le 28 novembre 1573. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 253.)
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s'assurer l'appui d'une puissance capable de contrebalancer les forces de Philippe II. Le massacre de la Saint-Barthélémy ayant détruit les espérances qu'il fondait sur le concours de la France, le Taciturne chercha de nouveaux alliés dans l'Empire et en Angleterre. L'Allemagne et l'Angleterre avaient tressailli d'horreur en apprenant l'acte exécrable de Charles IX. L'empereur Maximilien II et la reine Elisabeth n'avaient point dissimulé leurs profondes sympathies pour les martyrs de la foi protestante. Verraient-ils, sans inquiétude, la France seconder maintenant l'Espagne dans les Pays-Bas et y renouveler, dans de plus vastes proportions, le hideux massacre de Paris ?
Mais on s'aperçut bientôt qu'une pareille alliance n'était pas à craindre, car la cour de France, pour s'unir étroitement à Philippe II, aurait dû renoncer à ses vues ambitieuses sur les Pays-Bas, aux desseins qui formaient comme la base de la politique extérieure des Valois. Tout en se glorifiant du meurtre de l'amiral de Coligny et de ses adhérents, Charles IX n'avait rien négligé pour prévenir une rupture avec l'Empire et avec l'Angleterre, même pour rassurer entièrement Maximilien II et la reine Elisabeth.
L'ambassadeur de France à Vienne s'était empressé de déclarer à l'Empereur que la religion avait été étrangère au massacre de Paris. Il prétendait que le Roi s'était défendu contre une conspiration et qu'il avait dû opposer de prompts et extrêmes remèdes à un mal soudain et extrême. Bien que l'ambassadeur eût ajouté que les huguenots conservaient leurs droits antérieurs, puisque l'édit de pacification était maintenu, Maximilien II s'était montré froid et incrédule. Il repartit que les prétextes ne manquaient jamais. On lui avait écrit de Rome , à propos des noces du roi de Navarre , ajouta-t-il , qu'on ne laisserait pas sans doute échapper le moment oii tous les oiseaux étaient en cage. L'ambassadeur objecta qu'il ne fallait pas s'étonner si de pariels
propos se tenaient .'i Rome : beaucoup y désiraient, depuis longtemps, que, sans aucun prétexte, l'on eût fait mourir tous ceux de la nouvelle religion. Mais tel n'avait pas été le dessein du Roi. Quel que fût son ressentiment contre les huguenots, il observerait encore l'édit de pacification ^. Cette justification ne devait pas convaincre Maximilien II. Malheureusement cet empereur, si éclairé et si tolérant, avait resserré avec Philippe II les liens qui unissaient les deux branches de la maison d'Autriche. Il lui avait donné sa fille, l'archiduchesse Anne, et faisait élever, à la cour de Madrid, deux de ses fils, les archiducs Albert et Wenceslas.
Les démarches tentées auprès de la reine Elisabeth avaient encore été plus pressantes. Charles IX avait envoyé à La Mothe- Fénélon, son ambassadeur en Angleterre, plusieurs dépêches et un mémoire pour justifier la nécessité où il s'était trouvé, dans l'intérêt de sa sûreté , de permettre l'exécution de la Saint- Rarthélemy. Il avait déclaré à Walsingham, l'ambassadeur de la Reine, que, s'il n'avait soudainement prévenu Coligny et ses adhérents, ils eussent fait contre lui ce qui avait été exécuté contre eux. Il soutint que l'amiral de Coligny était « très-digne «t de mort » à cause des malheureux desseins qu'il avait formés pour la subversion de la France. Il recommanda à La Mothe- Fénélon de déjouer les efforts que l'Espagne pourrait faire en vue de se réconcilier avec la reine Elisabeth. 11 fallait, au surplus, montrer toujours en perspective à la Reine la conquête de Flessingue ^.
' Le S' de Vulcob à Charles IX, de Vienne, 26 septembre et 8 novembre i^l2. [Archives de la maison (ï Orange-Nassau, t. IV, 2« partie, pp. 13 et21.)
- Voir la correspondance de Charles IX et de La Mothe-Fénélon, pendant les mois de septembre et d'octobre 1572, dans le Recueil des dépêches des ambassadeurs de France en Anrjklerre, t. VII, pp. 362 et suiv.