‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 7 sur 131 · LIVRE PREMIKR · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIKR

vait avec quelques compagnies wallonnes. Si la capitale de la Zélande tombait au pouvoir des patriotes, ils devenaient maîtres de toute l'île de Walcheren, qui était, selon le duc d'Albe, la clef des Pays-Bas. Aussi le lieutenant de Philippe II était-il décidé à faire les plus grands efforts pour conserver cette importante position. Il avait chargé don Fadrique, son fils, de diriger l'expédition qui devait délivrer Middelbourg et reprendre l'île de Walcheren. Le 6 mai, don Fadrique venait de quitter Anvers, lorsqu'il apprit, par des lettres du comte de Boussu, que les habitants d'Enkhuizen, dans la Frise occidentale, s'étaient soulevés et retenaient la flotte appelée à dompter la rébellion de la Zélande.

C'était le 2 mai. Onze des navires attendus par don Fadrique venaient de sortir du port, et le vice-amiral Boshuyzen était occupé à faire distribuer de la poudre et des provisions aux autres pour qu'ils suivissent, lorsque des bateliers se jetèrent sur des soldats de la flotte, les dépouillèrent de leurs armes et les battirent; ils tombèrent ensuite sur le vice-amiral lui-même , sans que le magistrat y put mettre obstacle, et le traînèrent jusqu'à l'hôtel de ville, où ils le traitèrent fort mal, parce que, le matin même, il avait donné un coup de canne à un bourgeois. Ils coururent au port, désarmèrent un vaisseau, déchargèrent les munitions et les vivres de trois autres, et les firent tous rentrer dans l'intérieur. Ils menacèrent Boshuyzen de lui couper la tête s'il ne donnait pas tout de suite aux bâtiments qui étaient au Maasdiep l'ordre de rentrer également. Du reste, ils écrivirent aux capitaines, qui étaient natifs de la ville, en les menaçant, s'ils n'obéissaient pas à leurs injonctions, de brûler leurs maisons, femmes et enfants Grâce à ces menaces et à l'ordre de l'amiral , sept des onze vaisseaux qui avaient appareillé revinrent; les quatre autres répondirent qu'ils ne connaissaient d'autre amiral que le Boi, et qu'ils savaient bien que Boshuyzen

iO SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.

ne leur avait écrit que par force ; puis, déployant les voiles, ils se dirigèrent vers Amsterdam, Le comte de Boussu, étant accouru dans cette ville, envoya à Enkhuizen, pour calmer le peuple, quelques-uns des officiers des quatre vaisseaux qui étaient restés fidèles au Roi. Ils conclurent un arrangement, en vertu duquel les habitants d'Enkhuizen gardèrent le vaisseau amiral avec son artillerie; les autres navires purent sortir du port. Mais il était également stipulé que la ville ne recevrait pas de garnison et que les habitants ne seraient point punis pour leur rébellion. Le duc d'Albe ratifia tout. 11 leur aurait remis ses fils, écrivit-il à Philippe II, s'ils les avaient demandés en otage; mais il se réservait de châtier un jour cette mutinerie.

Don Fadrique était à une lieue d'Anvers, lorsqu'il reçut les lettres du comte de Boussu, qui lui apprenaient la sédition d'Enkhuizen. Il les communiqua à Noircarmes, qui l'accompagnait. Noircarmes en fut profondément troublé; il alla jusqu'à dire qu'il était temps de conserver l'Artois, le Hainaut, le Luxembourg, et, tout ce qu'on pourrait du Brabant; il tenait, disait-il, le reste pour perdu, jusqu'à ce que le Roi envoyât une flotte d'Espagne, et en sup{)Osant môme qu'elle n'arrivât pas trop tard ; il ajouta que ce n'était plus le moment de s'occuper de Middelbourg, qu'il fallait garder les troupes pour préserver les autres provinces. Mais don Fadrique ne fut point de cet avis. Il résolut de se rendre immédiatement à Berg-op-Zoom et de faire partir l'expédition destinée à sauver Middelbourg, dût-il se mettre à sa télé.

Noircarmes détourna cependant le fils du duc d'Albe de diriger en personne l'expédition, dans un moment où tant d'autres événements pourraient surgir. Parvenus à Berg-op-Zoom, don Fadrique et Noircarmes usèrent d'une telle diligence que, le même jour, G mai, à minuit, s'embarquèrent, dans vingt-six bâtiments ordinaires, six navires de guerre et un briganlin ,

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