‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 62 sur 131 · LIVRE IV (Io73). i'o · texte numérisé non relu

LIVRE IV (Io73). i'o

sous le pouvoir du roi de France les pays de Hollande et de Zélande H en serait de même pour le cas où les villes et places conquises depuis l'accord viendraient à être perdues ou abandonnées par le prince et ses adhérents. — Us devaient s'engager pareillement à n'entrer en aucun traité de pacification, encore moins en aucun accord avec le roi d Espagne ou tout autre, sans le consentement du roi de France. — Enfin, il était encore stipulé qu on réclamerait la garantie formelle d'un prince d'Allemagne, afin que Charles IX eût la certitude que Guillaume de Nassau ne garderait point pour lui les places dont il s'emparerait, et qu il accomplirait entièrement les conventions stipulées, »

Tel était le projet aventureux, mis en avant ou, du moins, accepté par Louis de Nassau, avec son impétuosité ordinaire. Du reste, il se disait également disposé à prêter les mains à la pacification des Pays-Bas, pourvu que les conditions offertes par l'Espagne fussent honorables, et que l'accomplissement fidèle de l'accord pût être garanti par les Électeurs et les princes d'Allemagne. Un autre jour, il déclarait qu'il fallait se hâter, car il n'était en sa puissance d'empêcher le prince, son fière, ni les états de Hollande et de Zélande, de prêter l'oreille aux offres de l'Espagne. Aussi, Schonberg ne dissimula-t-il point ses appréhensions à Catherine deMedicis, dans la dépêche oli il lui rendait compte de ses conférences avec Louis de Nassau. Il l'engageait à prendre une bonne et prompte résolution ; il lui disait qu'elle tenait entre les mains le repos de la France, la ruine du capital ennemi du Roi, l'étroite et ferme alliance des princes d'Allemagne, enfin, la subversion de tous les desseins de la Maison d'Autriche. Fregoso, rcn^•oyé en France, était, en outi-e, chargé de donner à la mère de Charles IX tous les éclaircissements qu'elle pourrait désirer K

' Gaspanl de Schonberg à Catherine de Médicis, ^20 el 2.3 mais lo73,

Louis (le Nitssau fit connaître au prince d'Orange ses pourparlers avec les agents français. Le prince admit la nécessité de cette négociation, parce que ses moyens etsoncréditdiminuaient chaque jour, et qu'il lui semblait impossible de le soutenir à la longue ; mais il répugnait à ratifier les concessions que son frère avait f.utcs dans les conférences de Francfort et de Cassel. Il lui déclarait franchement que, depuis le massacre ôe la Saint-Barthélémy, les états de Hollande et de Zélande avaient une si grande défiance du roi de France, qu'on ne pourrait leur persuader de condescendre aux articles proposés. Ils allégueraient, disait-il, que, puisqu'il s'agissait de vivre sous des tyrans, encore valait-il mieux être tyrannisé par son prince naturel que par un étranger. Pour ces motifs, il avait jugé convenable de rédiger luimême d'autres articles, qui contenaient tout ce que les états voudraient et pourraient accorder. Il ne se dissimulait point que ce contre-projet serait probablement trouvé « inique » par l'autre partie. Il croyait toutefois devoir l'envoyer à son frère, pour qu'il l'examinât et y apportât les modifications qu'il jugerait convenables, mais, néanmoins, sui\ant cette maxime, ajoutaitil, Il que vous avez ici tout ce que j'estime qui pourra être accordé par deçà, et afin que, selon votre prudence, vous sachiez comment vous régler. »

D'après ce contre-projet, si Charles IX n'avait pas l'intention d'entrer lui-même en lutte ouverte avec l'Espagne, il s'engagerait à remettre immédiatement cent mille écus au prince d'Orange pour les frais de la guerre, et de trois mois en trois mois la même somme; il l'autoriserait, en outre, à levei', en France, tels soldats et tels capitaines que bon lui semblerait, jusqu'au nombre de mille de cavalerie et de mille d'infanterie. Mais,

dans les Anlines de la maison d'Oraii(jr-!\assau, t. IV. 2<' parlie, pp. 37- 3'.)elbuiv.

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d'autre part, il serait stipulé que toutes les villes et terres qui tomberaient au pouvoir du prince dOi'angc ou de ses adhérents, pourvu que ces conquêtes fussent hors du territoire de la Hollande et de la Zélande, seraient mises « entre les mains et sous «i l'obéissance du roi de France *. »

Le Taciturne refusait donc de livrer à la France la Hollande et la Zélande, alors les seules provinces où les insurgés dominaient. Mais comme il se voyait obligé d'accepter l'assistance offerte par Charles IX, il espérait sans doute l'entretenir dans des dispositions belliqueuses , en lui montrant la perspective d'arracher aux Espagnols le reste des Pays-Bas.

Cet appât n'ébranlait point les fortes convictions de Morvilliers et des autres conseillers, qui, en '1572, s'étaient opposés à une teutati\e analogue. Le sage évéque d'Orléans, de nouveau consulté par Catherine de Médicis, écrivit un avis tout à fait contraire aux propositions de Fregoso et de Louis de Nassau '^ Des discours de Fregoso el des dépêches de Schonberg, il inférait seulement que les Nassau et leurs alliés avaient un désir ardent, passionne, celui n d'allumer une forte guerre » entre Charles IX et le roi d'Espagne. C'était pour eux le moyen le plus sur de s'affermir et de répandre partout leur religion. Mais les deux rois avaient autant d'intérêt à se garder de cette guerre que les Nassau et leurs protecteurs avaient de motifs pour la désirer. Morvilliers disait encore que l'on ne pouvait se fier aux promesses de gens qui n'avaient jamais aimé Charles IX ni la France. 11 regardait néanmoins le comte Louis comme un personnage qu'il fallait ménager à cause de sa «c nature ambitieuse et inquiète, » et aussi parce qu'il avait les relations les plus

' Le prince d'Orange à Louis de Nassau, avril '1573. [Archives, etc., t IV, li-f partie, pp. ■113-I'I9.)

- Cet avis, date de Biois, le M avril ISTG. se trouve dans les Archives de la maison d'Orainjc-ISassau. l. IV, 2'' partie, pp. 57 et suiv.

2Ii() S0U1.ÈVEMEM DES PAYS-BAS.

étendues et les jilus étroites avec les huguenots. En résumé, il importait, selon Morvilliers, d'éviter la guerre avec l'Espagne et, (l'un autre cAté, de ne pas irriter un personnage qui pourrait également faire un grand tort au royaume en y fomentant des dissensions funestes.

Cet avis accrut les perplexités de Catherine de Médicis. Quant à Charles IX, il s'efforçait de ménager encore et Philippe II et les Nassau, tout en marquant sa prédilection pour les adversaires du Roi Catholique, pour ceux qui pouvaient favoriser sa propre ambition. Le 10 mai, il écrivit à Saint-Goard qu'il était averti que don Diego de Çuûiga, ambassadeur de Philippe II, conseillait à ce monarque de faire, plus que jamais, tout ce qui lui serait possible pour ramener le prince d'Orange, attendu que le roi de France négociait sous main avec ce prince et le comte Louis de Nassau et qu'il était également disposé à s'accorder avec les révoltés de la Rochelle pour mieux assurer le succès de la négociation entamée avec les plus redoutables adveisaires du roi d'Espagne. Des instructions étaient adressées ù Saint-Goard afin qu'il pût s'expliquer d'une manière satisfaisante s'il était interrogé ' .

Vers la fin du mois de mai, Louis de Nassau fit dire à Schonbcrg que les retardements de Charles IX obligeraient les défenseurs des Pays-Bas à se réconcilier avec l'Espagne. Schonberg avait ajjpris, d'autre part, que l'Empereur n'avait jamais tant travaillé à pacifier ces provinces, car on lui avait fait accroire que l'archiduc Ernest en aurait la lieutenance en attendant que l'infante Isabelle les lui apportât pour dot, et qu'il serait secondé par Requesens, gouverneur de Milan , comme >' chef du conseil ^. » Ces renseignements étaient confirmés en jiailie dans

' Archives (le la maison d'Orange-Nassau, t. IV, St^ partie, pp. 72-7i'. ^ Schonberg à Catherine de Médicis, d'Eckersbergc, 20 mai I.d73. {Ar-

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les lettres de Saint-Goard à Charles IX. 11 résultait, des informations recueillies à la cour de Philippe H que l'Empereur s'efforçait de réconcilier le prince d'Orange et ses adhérents avec le Roi Catholique, à condition de les laisser jouir de leurs biens hors des possessions espagnoles. Mais, que Philippe 11 inclinât ou non à une pacification, il y mettait pour condition absolue que le prince d'Orange en serait exclu. A la même époque, le duc d'Albe déclarait aussi qu'il y allait des États et de l'autorité du Roi de terminer l'aff^aire de Hollande, sans se concerter avec le prince d'Orange comme le voulait la reine d'Angleterre ^

De même que Philippe II, quoique pour d'autres motifs, le prince d'Orange fermait également l'oreille aux suggestions pacifiques de l'Empereur. Pouvait-il d'ailleurs se réconcilier avec le Roi Catholique sans renier la cause qu'il avait juré de défendre? Cette défection n'était pas ù craindre. 11 y avait déjà quelque temps que le prince avait entretenu confidentiellement ses frères des conditions auxquelles on pourrait conclure la paix. Il les prenait à témoins que , dans cette guerre, il n'avait jamais cherché son intérêt particulier; il avait toujours eu en vue, disaitil, les libertés du pays que les étrangers opprimaient en foulant aux pieds les anciens privilèges et en faisant violence à la conscience. 11 ne voyait d'autres articles à proposer que le libre exercice de la religion réformée, la réintégration des provinces dans leurs anciens privilèges et l'expulsion des Espagnols qui

chives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 2« partie, p. 79.)— Le comte de Monleguado, ambassadeur d'Espagne près l'empereur Maximilien II, de Presbourg, 12 octobre -1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. H, p. 285.

' Il ajoutait qu'il avait envoyé Antonio de Guaras au diable, pour avoir prêté l'oreille à une semblable négociation. (Le duc d'Albe au secrétaire Çayas, de Nimègue, 7 juin 1573, dans la Correspondance de Philippe JI, t. II, p. 369.)

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