‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 64 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

aux protestants français; alliance étroite avec les défenseurs des Pays-Bas contre l'Espagne ; et assistance efficace à la Hollande et à la Zélande : telles étaient les demandes du prince. Et, en échange des sacrifices qu'il réclamait de la France, il montrait à Charles IX l'occasion unique d'abaisser l'Espagnol, d'occuper pour longtemps des villes importantes dans les Pays- Bas, et d'exercer sur la Hollande et la Zélande même un protectorat direct, moyennant la conservation des privilèges et le maintien de la religion réformée. Il ne livrait pas formellement la Hollande et la Zélande aux Français, mais il dépassait, sans contredit, les limites de son premier projet, puisqu'il acceptait maintenant Charles ]X pour protecteur '. Du reste, le prince d'Orange, presque aux abois, agissait alors en son propre nom, et les conditions qu'il offrait à Charles IX n'avaient pas été ratifiées par les états.

En faisant voile pour la France, Guislain de Fiennes fut pris par des pirates anglais, qui, ne le connaissant point, le débarquèrent sur les côtes britanniques. Tout en sollicitant une audience de la reine Elisabeth, l'agent du prince d'Orange désira se mettre secrètement en rapport avec un des gentilshommes qui jouissaient de la confiance de l'ambassadeur français. Lamothe-Fénélon s'empressa de condescendre à ce désir et de couvrir en quelque sorte l'émissaire de Guillaume de Nassau, afin de ne pas augmenter les soupçons et les défiances du gouvernement anglais ^.

Pour réussir auprès de Charles IX, il fallait se cacher de la reine d'Angleterre : car on réclamait en même temps l'appui de l'un et de l'autre, et à tous deux on faisait les offres les plus

* Voir Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 1« partie, pp. -1 49-1 24.

* La Mothe-Fénélon au roi Charles IX, 6 juin 1573, dans le Recueil des dépêches des ambassadeurs français en Angleterre, t. V, p. 347.

séduisantes. Au roi de France, le protectorat de la Hollande et de laZélande ; à la reine d'y\.ngleterre, la souveraineté même de ces provinces. L'offre devait lui en être transmise par les états, au commencement de 1574.

Guillaume le Taciturne avait même devancé les états sous ce rapport : avant de prêter l'oreille aux suggestions des agents français, il s'était efforcé de se concilier à tout prix la bienveillance de la reine Elisabeth. Tel était l'objet de l'ambassade qu'il lui avait envoyée à la fin de l'année précédente.

En présence de ces tentatives diverses du prince d'Orange, il faut reconnaître que le prudent Morvilliers avait bien caractérisé la politique des Nassau, lorsqu'il déclarait que leurs offres tendaient surtout à prolonger la résistance de la Hollande et de la Zélande, à sauver ces provinces, et à soulever tous les Pays- Bas, en mettant l'Espagne aux prises avec des ennemis puissants, l'Angleterre, la France et l'Allemagne.

Sur ces entrefaites, il avait été enjoint à Fregoso de retourner près de Louis de Nassau, et de donner à celui-ci l'assurance que Charles IX était bien disposé à son égard '. Mais le frère du prince d'Orange fut médiocrement satisfait des instructions et des propos de l'agent français. Charles IX laissait entendre qu'on voulait lui imposer la loi dans son royaume. Impatienté, le comte Louis écrivit à Siegen, le \" juin 1573, un mémoire très-remarquable, qu'il fit remettre au roi de France. Allant droit au but, il disait que Charles IX n'avait qu'un moyen de réaliser ses projets : contracter une ferme amitié avec les princes protestants. Or, pour se les concilier et faire oublier les excès passés, il fallait que le Roi s'abstînt avant tout de guerroyer encore contre ses propres sujets de la religion évangélique. Ne se sou-

^ CatheriDe de Médicis a Schonberg, 15 juin 1573, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 2^ partie, p. 92.

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