LIVRE IV (4575). 2G
venait-il donc plus de ce que le comte lui avait dit autrefois au château de Blois, et de la récompense qui lui était réservée pour avoir permis l'exercice de la religion protestante? Avait-il oublié que les princes d'Allemagne, dans leurs entretiens, souhaitaient alors de l'avoir pour seigneur, le cas avenant d'une élection? Ne se rappelait-il plus que le comte lui dit qu'il espérait un jour lui voir la couronne impériale sur la tête? Les peuples des Pays- Bas aussi, c'est-à-dire les protestants, voyant avec quelle douceur il traitait alors ses sujets, ne se montraient-ils pas disposés à se jeter dans ses bras, afin de pouvoir exercer librement leur religion? Mais quel changementdepuis le massacre, depuis que le Roi avait voulu forcer les consciences de ses sujets ! — « Il est destitué de noblesse et de gens de guerre, disait l'éloquent capitaine, privé de l'amour de ses peuples, proche de sa ruine, et l'Espapagnol se réjouit de ce profond abaissement et de cette misère ! Partout l'Espagnol s'est servi du massacre pour nuire au Roi ; et c'a été la seule cause de la courtoisie et de la fidélité en sa parole dont le duc d'Albe avait usé envers le comte, lorsque celui-ci capitula à Mons. Oui, le duc d'Albe lui-même avait dit à plusieurs qu'il n'était point fâché de ce qui était arrivé à Coligny, ennemi capital de son Roi; mais que pourtant il aimerait mieux avoir perdu les deux mains que d'avoir fait ce coup. Si le Roi ne change point, n'accorde point la paix et la liberté à ses sujets protestants, l'influence française diminuera de plus en plus, et aucun autre remède ne pourra relever le royaume. " — Le comte avertit ensuite Charles IX que l'on se fatigue « des façons dont on use en France pour négocier, » car on s'aperçoit <c qu'on ne procède point rondement, » qu'on se sert « de dissimulation comme d'un hameçon. » C'est pourquoi le prince d'Orange se défie de la politique française et ne peut croire « que ce soit d'un cœur ouvert que Sa Majesté dit qu'elle le veut secourir. » En terminant, Louis de Nassau conjurait Charles IX de peser
i62 SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.
sérieusement ces considérations dictées par le désir de procurer son avancement et d'assurer sa grandeur. Il lui prédisait que, s'il persévérait dans ses violences, il ne réussirait « qu"à bander encore davantage Dieu et les hommes contre lui ^ »
Les remontrances véhémentes et passionnées de Louis de Nassau coïncidèrent heureusement avec l'élection du duc d'Anjou au trône de Pologne '. La nouvelle de ce triomphe, dû surtout à l'influence des réformés, parvint en France au moment même où le frère de Charles IX assiégeait la ville protestante de la Rochelle. Catherine de Médicis s'empressa de conseiller une transaction. La capitulation de la Rochelle, sanctionnée par un édit solennel, fut la conséquence de ce revirement. Les huguenots obtinrent de nouveau la liberté de conscience '. En même temps, la reine d'Angleterre recevait l'assurance que cette nouvelle paix serait observée, et les dispositions les plus favorables se révélaient aussi en faveur du prince d'Orange. Schonberg remit cent mille couronnes au comte Louis, de la part de Charles iX, et à titre de don royal. La munificence du monarque français ne devait même point s'arrêter là. Il laissait entrevoir qu'il prendrait à sa charge les frais de l'expédition que préparaient Louis de Nassau et le duc Christophe, fils de l'Électeur palatin. Enfin, il renvoyait le seigneur de Lumbres en Allemagne, afin de stimuler les deux chefs protestants.
La grande et la principale affaire de Charles IX était d'enlever la couronne impériale à la maison d'Autriche : feignant une extrême sollicitude pour le maintien des libertés de l'Empire, il exprimait le vœu qu'un des princes protestants , sinon lui-
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 2^ partie, pp. 81-90.
^ Il avait été élu, le 9 mai, à une immense majorité, par trente-cinq mille suffrages contre cinq cents.
^ L'exercice libre de la religion réformée fut garanti par l'édil solennel du 24 août i.S73.