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même, fût élu roi des Romains. C'était, en toute hypothèse poser sa propre candidature \ Mais ces brigues de Charles IX étaient loin de trouver un appui solide au-delà du Rhin, même parmi les princes qui paraissaient le plus dévoués à l'influence française. Elles excitaient l'indignation des uns et le dédain des autres.
Tandis que Charles IX brûlait d'obtenir la couronne impériale, Catherine de Médicis nourrissait d'autres desseins. Voyant la santé défaillante du Roi, elle avait d'abord cherché à retenir en France le duc d'Anjou, qu'elle préférait à tous ses autres enfants; mais Charles IX, toujours jaloux de son frère, ayant exigé son départ pour la Pologne, Catherine conçut un projet que les complications de cette époque pouvaient seules justifier. Elle se proposa de mettre son fils Henri de Valois, le plus ardent promoteur de la Saint-Barthélemy, à la tète des protestants de Hollande. Il devait, avec le concours des évangéliques de Pologne et l'aide de la France, armer une flotte à Dantzick et la conduire dans les ports de Hollande. On ajoute que Catherine, déjà assurée de l'agrément du roi de Danemarck, envoya le comte de Retz en Allemagne pour y lever des troupes, tandis que Schonberg s'abouchait à Metz avec les députés que le prince d'Orange y avait envoyés. Harlem venait de succomber, et les Espagnols menaçaient Alkmaar. Dans ces conjonctures, le prince d'Orange approuva, dit-on, les articles proposés par Schonberg, et le roi de Pologne fut élu chef pour les guerres de Flandre contre le ro d'Espagne ^.
Charles IX s'était proposé de conduire lui-même le duc d'Anjou jusqu'à la frontière ; mais une maladie grave l'ayant obligé de
^ C'est ce que Schonberg faisait remarquer au comte de Retz (l^r septembre iS73). {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, 2^ partie, pp. 407-113.)
- De Thou, iiv. LVII.
s'arrêter à Villers-Coterets, Catherine de Médicis et ses autres enfants accompagnèrent Henri de Valois en Lorraine. La séparation se fit à Blamont. Louis de Nassau s'y trouvait, de la part de l'Électeur palatin, pour saluer la reine mère et le roi de Pologne. Des conférences importantes eurent lieu entre ces divers personnages. Louis de Nassau y apprit ofiBciellement que Charles IX avait promis de soutenir les Pays-Bas insurgés , soit ouvertement, soit en secret, et sans tenir compte de l'argent qu'il avait déjà fourni, mais en réglant sa conduite sur celle des princes protestants. Après avoir donné cette assurance, Henri de Valois, tant en son nom et pour le royaume de Pologne que comme député du roi de France, déclara qu'il s'associait à cette résolution. Quant au duc d'Alençon, qui n'avait pu voir Louis de Nassau en particulier, il lui dit à l'oreille, en lui pressant la main, que le prince d'Orange pouvait compter sur lui. Au surplus, on convint que les villes et pays, dont on s'emparerait avec l'aide du roi de France et des princes d'Allemagne, ne seraient plus placés sous le pouvoir direct de Charles IX, mais bien « sous le protectorat de l'Empire, » afin d'engager tous les souverains allemands à soutenir la cause du prince d'Orange, et d'empêcher par cette adhésion les Espagnols de recruter encore des soldats au-delà du Rhin. Telles étaient les informations que Louis de Nassau donna lui-même au prince, son frère, sur les incidents qui marquèrent l'entrevue de Blamont ^ Ces détails jettent certainement un jour plus vif sur les négociations poursuivies avec la cour de France, mais sans infirmer les renseignements fournis par de Thou sur le rôle qui devait être assigné au roi de Pologne dans la nouvelle guerre. A Blamont même, on avait décidé que ce prince débarquerait en Hollande dès
' Louis (le Nassau au prince d'Orange, décembre 1573, dans les Arclitvcs (Iv la umisoii d'Ormige-Nassau, t. IV, |f partie, pp. 278-281,
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le printemps avec la flotte polonaise et les troupes allemandes.
Il est donc indubitable que, même après le massacre de la Saint-Barthélémy, les démarches les plus actives, combinées avec les offres les plus séduisantes, furent faites directement par le prince d'Orange et son frère, afin d'armer la France contre Philippe II, d'arracher au successeur de Charles-Quint la Hollande et la Zélande, d'encourager le soulèvement des autres provinces, et même d'éten(3re sur les Pays-Bas le protectorat des Valois, à défaut de la suzeraineté de l'Empire.
D'autres négociations avaient été suivies concurremment avec l'Angleterre, d'oîi l'on attendait, en Hollande, des armes, des munitions et des vaisseaux. Les protestants zélés, sinon le gouvernement même, s'intéressaient de plus en plus à la cause des Pays-Bas, et celle-ci acquit une importance encore plus grande, lorsque se répandit le bruit de l'arrivée prochaine de Philippe II avec " huit mille Espagnols de renfort et une fort grande provision de deniers. » Des soldats et des munitions étaient sans cesse expédiés au prince d'Orange avec la connivence secrète du gouvernement ; mais ces secours étant loin de suffire, le capitaine Montgommery avait été chargé par le prince de solliciter un appui plus direct et plus efficace ^ Moins impétueuse que Charles IX, Elisabeth ne s'engageait pas facilement :
' Le capitaine Montgommery, chargé des affaires du priuce d'Orange en Angleterre, sollicitait trois points du gouvernement d'Elisabeth : -l" que les Anglais cessassent fout trafic avec ceux qui tenaient le parti du duc d'Albe et que le prince pût déclarer de bonne prise les navires suspects qui navigaient hors du rayon qui lui obéissait, à moins qu'ils n'eussent congé et sauf-conduit de lui ; 2" que le gouvernement hâtât le payement des sommes promises pour faire en Ecosse une nouvelle levée de trois mille hommes de pied et de mille cavaliers ; 3° qu'il fût enjoint au comte de Morlon, régent d'Ecosse, de mettre en mer un certain nombre de navires armés pour favoriser les desseins du prince d'Orange. (La Mothe-Fénélon au Roi, 30 novembre 1373.)
avant tout, elle voulait avoir la certitude que le succès couronnerait la résistance des Hollandais et des Zélandais, et que la révolte se propagerait dans les autres provinces des Pays-Bas. En attendant, la majorité du conseil britannique, persuadé que la venue du roi d'Espagne était prochaine, faisait prévaloir l'opinion qu'il fallait se maintenir en bons termes avec Philippe II, aplanir les difficultés qui avaient surgi depuis cinq ans et y mettre fin avec le plus d'honneur qu'on pourrait pour la couronne d'Angleterre *.
Mais Philippe II répugnait môme à ratifier le traité de commerce conclu par le duc d'Albe. Il refusait absolument d'accepter la clause qui l'eût obligé à expulser de ses États les Anglais catholiques et rebelles qui y avaient trouvé un asile contre les persécutions de la reine Elisabeth. « Il ne voulait en aucune manière, écrivait-il au duc d'Albe ^, livrer ces derniers à la cruauté, à la tyrannie et au couteau de cette femme. » Le duc reçut même l'injonction de différer la ratification du traité jusqu'à plus ample examen. Il devait alléguer, entre autres raisons, que les Anglais avaient envoyé des secours aux rebelles des Pays-Bas depuis la conclusion du traité ^.
Ce n'était point seulement par crainte de la puissance espagnole et par jalousie de la France que la reine Elisabeth se montrait si prudente, si réservée, si parcimonieuse dans sa bienveillance incontestable pour le prince d'Orange. A chaque moment, le bruit était répandu en Angleterre que le chef des
' La Mothe-Fénélon au roi Charles IX, 30 septembre, 8 octobre, 23 octobre, 31 octobre et 30 novembre -1573. [Recueil des dépêches des ambassadeurs français en Angleterre, etc., t. V, pp. 413, 425, 428, 436 et 455.)
* Le Roi au duc d'Albe, du bois de Ségovie, 8 juillet 4573. (Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 384.)
^ Le secrétaire Çayas au duc d'Albe, de Madrid, 17 juillet 1573. {Ibid., p. 389.)