‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 73 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

de Harlem. Une proclamation, publiée avec beaucoup de solennité à Utrecht et dans d'autres villes du Nord, le 26 juillet, promettait une amnistie aux cités rebelles qui abandonneraient le parti du prince d'Orange : elle menaçait ensuite d'extermination ceux qui persisteraient dans la révolte ; elle annonçait même que le territoire occupé par eux serait livré à de nouveaux habitants ^ Aucune ville ne répondit à cette exhortation comminatoire. L'horrible châtiment, infligé aux défenseurs de Harlem, «avait creusé un fleuve de sang entre le duc d'Albe et les partisans de la cause protestante. Ceux-ci écumaient lorsqu'ils entendaient seulement prononcer le nom du gouverneur espagnol. Le duc d'Albe leur rendait haine pour haine. Au mois d'août, il conseilla au Roi de ne plus accorder de pardon, quelque limité qu'il fût, et de n'avoir recours qu'à la force -.

Cette guerre d'extermination souriait aux chefs et aux soldats, qui se gorgeaient de dépouilles, confondant l'innocent avec le coupable, et n'hésitant point à ruiner les pays patrimoniaux de leur souverain, pour en tirer leur profit particulier. Ainsi furent consumés dans les Pays-Bas des trésors qui auraient sufiB, dit un contemporain, pour conquérir tout l'Orient ^

Malgré les mines du Nouveau-Monde, Philippe II et son lieutenant ne pouvaient plus faire face aux dépenses toujours croissantes de cette terrible guerre.

p. 323.) — La lettre par laquelle le duc d'Albe offrait leur pardon aux villes révoltées qui se soumettraient spontanément, était datée de Nimègue le 10 février, et l'exhortation d'Amsterdam portait la date du iG février 1573. (BoR, 6eliv., fol. 318 vo.)

' BoR, iiv. VI, fol. 327 yo et 328.

* Le duc d'Albe au Roi, d'Amsterdam, 31 août 1573. [Correspondance de Philippe 11,1. II, p. 410.)

^ Mémoire écrit par Granvelle sous le gouvernement du duc d'Albe. (Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. W, pp. 71-77.)

Les discussions relatives au dixième denier et au subside perpétuel, que le duc d'Albe réclamait en échange de cet impôt impopulaire, s'envenimaient en se prolongeant. Cette résistance si longue, si générale et si imprévue, après un si déplorable engourdissement, était l'objet des plus grandes préoccupations du gouverneur. Il trouvait maintenant des adversaires non-seulement dans les états particuliers des provinces, mais jusque parmi les ministres du Roi. « Sur mon âme et mon honneur, « quelques-uns de ceux-ci — écrivait le secrétaire Albornoz au « secrétaire Çayas — auraient mérité qu'on leur coupât la tête « tout autant que ceux à qui ce châtiment a été infligé ^ » Le duc d'Albe comptait vaincre toutes les résistances après avoir replacé la Hollande sous le joug ; mais cette espérance fut entièrement déçue. Dans les derniers mois de 1572, Philippe II fit expédier des sommes considérables pour soutenir la guerre contre la Hollande ^. Il avait toutefois exprimé le désir que l'Espagne ne supportât point seule le fardeau de cette guerre. Au mois de février suivant, le duc d'Albe répondit qu'il ne pouvait espérer des états des Pays-Bas un seul réal. Il ajoutait même qu'il ne convenait pas, dans la situation où étaient les affaires, de traiter avec eux de matières de finances, parce qu'ils n'accorderaient rien et se montreraient plus insolents que jamais ^. Le désaccord entre le duc d'Albe et les états était donc flagrant : l'héroïque résistance de la Hollande et de la Zélande encourageait d'ailleurs et favorisait l'opposition des mandataires des provinces du midi.

Le duc d'Albe demandait un subside annuel de deux millions en remplacement du dixième et du vingtième denier, et il exi-

' G novembre 1 572;. [Correspondance de Philippe II, t. II, p. 291.) ^ Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 27-1 etsuiv. ^ Le duc d'Albe au Roi, 12 février -1573. [Correspondance de Philippe II, t. II, p. 313.)

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