LIVRE V
Dans l'intervalle, c'est-à-dire au mois de novembre, deux bourgeois avaient été torturés pour qu'ils révélassent les relations qu'ils pouvaient avoir avec les insurgés de Flessingue ^
Une autre ville de Flandre, naguère au pouvoir des soldats du prince d'Orange, était aussi le théâtre d'horribles exécu ■ tions. Le 19 décembre 1572, trois hommes, accusés d'avoir favorisé l'entreprise du capitaine Blommaert, furent condamnés par la «i loi» d'Audenarde, l'un au bûcher, l'autre à la décollation, le troisième au gibet. Le 7 mars 1573, deux autres habitants furent encore brûlés vifs et un troisième pendu pour le même motif ^.
Si l'on veut mieux connaître encore l'impitoyable répression autorisée et commandée par le duc d'Albe, il faut se transporter à Mons.
La capitulation de cette ville, signée le 19 septembre 1572, avait été respectée à l'égard des gentilshommes et des soldats français. Parmi ceux-ci se trouvait La Noue. Mais ne voyant point de sûreté pour lui à retourner en France, ni la possibilité de se joindre aux insurgés du nord des Pays-Bas, ce vaillant capitaine demeura quelque temps dans le camp du duc d'Albe qui, pour contrecarrer Charles IX, le traita honorablement. 11 lui permit ensuite de se retirer auprès du duc de Longueville, gouverneur de la Picardie , bien disposé pour lui, et, au mois de décembre 1 572, La Noue se trouvait à la tête des huguenots dans La Rochelle. Le duc d'Albe et ses délégués ne montrèrent point cette condescendance envers les Monlois. Le 24 septembre, Noircarmes, après s'être concerté avec le duc d'Albe, nomma une commission extraordinaire « chargée de la judi-
' Memorieboek der stad Ghent, 3« deel, pp. 5-8
* Lettres s^lr Aiidenarde (d'après des documents des archives de cette ville), par E. Fr. Van Calwenberghe, pp. 304etsuiv.
caturc des corps et biens de tous les délinquants * i> Les six commissaires désignés par Noircarmes reçurent pour mission de procéder contre tous ceux et celles qui avaient fait profession ou démonstration d'adhérer à la religion nouvelle ; qui avaient assisté aux prêches, prières, louanges et autres exercices du calvinisme ; qui avaient proféré et soutenu des propos erronés, hérétiques et scandaleux; qui avaient favorisé les factions des traîtres rebelles et ennemis de Dieu et du Roi. Us devaient châtier aussi tous ceux qui avaient eu connaissance de la surprise de Mons, qui l'avaient conseillée ou favorisée, fut-ce par leur silence. Ils devaient sévir en outre contre tous ceux qui avaient pris et porté les armes volontairement et autrement pour l'assistance des rebelles, et contre tous ceux qui avaient engagé d'autres à les prendre, que ceux-ci l'eussent fait ou non ; contre ceux qui avaient prêté serment à Louis de Nassau, qu'ils eussent pris ou porté les armes ou non, ou qui, \ olontairement et sans contrainte, avaient donné, prêté ou délivré, fait donner, prêter ou délivrer argent pour soudoyer les gens de guerre du comte. Étaient encore justiciables de la commisson extraordinaire tous ceux qui avaient commis acte de rébellion, révolte et hostilité contre le Roi Catholique et les siens, ou qui s'étaient entremis d'audition des comptes, expéditions de requêtes et autres affaires dudil comte Louis de Nassau et lui avaient donné conseil ; tous ceux qui avaient traité et communiqué avec les envahisseurs de la ville, ou qui leur avaient fourni des vivres ou autre assistance; tous ceux aussi qui, pour expulser Louis de Nassau et ses gens, n'avaient fait leur devoir, notamment les
' La commission fui composée d'Antoine Lebrun et de Philippe de la Samme, conseillers ordinaires du Roi ;i Mons ; de François Gaultier, licencié es lois ; de Quintin du Prêt, greffier féodal de la cour à Mons ; de Cartier, greffier de l'office d'audience, et de Jean Longliehaye, greffier des enquêtes Cl imiiielles au pays et comté de Hainaut.