‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 76 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ofliciers du Roi et du magistrat. La commission avait enfin droit de vie et de mort sur tous ceux qui, de quelque façon que ce fût, auraient offensé « Sa Majesté divine et liumaine, » En effet, elle était chargée de faire appréhender et constituer prisonniers tous ces délinquants, hommes ou femmes , d'instruire leurs procès, de fulminer la sentence et de veiller à son exécution. Elle devait également faire ajourner les fugitifs et prononcer contre ceux qui ne se présenteraient point l'exil perpétuel; avec confiscation de tous leurs biens meubles et immeubles.

Noircarmes , en trois jours , eut organisé la commission extraordinaire. 11 alla ensuite rejoindre les troupes espagnoles devant Malines, laissant à Mons, pour le suppléer, Maximilien de Longheval, chevalier de l'ordre de Calatrava, seigneur de Vaulx, gouverneur et capitaine de la ville d'Arras. Mais le grand bailli du Hainaut, quoique absent, conservait la haute surveillance et la direction des opérations de la commission. Le 19 octobre, il lui écrivait du camp de Maestricht de n'épargner aucun labeur pour connaître exactement la conduite qu'avaient tenue les magistrat et prévôt de Mons pendant l'occupation de la ville; il lui mandait qu'elle ne saurait lui faire un plus grand plaisir que d'expédier tous les procès des rebelles et de procéder à la saisie de tous leurs biens, meubles et immeubles; il lui enjoignait de faire donner la question à tous ceux dont on espérait pouvoir recueillir des renseignements sur ce qui s'était passé depuis le commencement jusqu'à la fin de l'occupation ; il lui recommandait aussi de lui envoyer le double des avis qu'ils avaient déjà rédigés sur tous les procès instruits et prêts à être jugés '.

' Tous ces détails sont extraits de documents authentiques, judiciaires et autres, conservés aux archives de Mons.

La commission, stimulée par Noircarmes, ne perdit pas de temps. Le 15 décembre, vers liuit heures du matin, on amena devant elle Meurice Druet, âgé de trente-deux ans, natif de Beaurepaire (Hainaut), et sa sentence lui fut lue. Accusé de s'être associé à des traîtres et à des rebelles, après avoir servi plusieurs années sous les drapeaux du Roi, il était condamné à être brûlé vif et étouffé. Cette sentence fut exécutée deux heures après, en plein marché de Mons, en présence du seigneur de Vaulx et des membres de la commission ; les restes du malheureux furent ensuite attachés à une roue, sur le chemin de Maubeuge, pour servir d'exemple. Le même jour fut exécuté Antoine Despierres, marchand de bestiaux, assez opulent, âgé de soixante-deux ans, pour avoir adhéré au comte Louis de Nassau. Il avait été condamné «i à être pendu et étranglé au gibet » puis « renversé par les pieds et en tel état remis à une potence sur le chemin de Bavay. » Ses biens étaient également confisqués. Le 17 et le 31 décembre furent exécutés, par la corde, deux jeunes hommes coupables d'avoir arrêté le moine espagnol Gilles de Merdo , l'ermite du mont Panisel , qui entretenait des intelligences avec le camp du duc d'Albe *.

Par un placard du 15 janvier 1573 furent proscrits tous les volontaires, bien qu'ils eussent été formellement compris dans la capitulation ; leurs femmes et leurs enfants furent bannis ; leurs biens de toute nature confisqués. Et le nombre des proscrits fugitifs devait être considérable : une seule liste comprend trois cent quatre-vingts individus, parmi lesquels cent vingt-huit fabricants et orfèvres ^.

Une des victimes les plus notables de la commission extraor-

' Sentences criminelles des exécutés et bannis pour cause de la surprise de la ville de Mons, etc. (Anciennes archives judiciaires de Mons.)

^ Mons sous les rapports historique et statistique, etc., par Parioaens, pp. 80 et 279.

Page 1