‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 77 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

dinaire fut Pierre de la Heste, écuyer, natif de Mons, âgé de trente-trois ans, marié, et de son état fabricant de serge. Il avait le premier pris les armes et servi le comte de Nassau d'abord comme capitaine de volontaires, puis comme arquebusier de la garde. On lui reprochait surtout d'être resté fidèle jusqu'à la fin au frère du prince d'Orange et d'avoir commandé à l'abbaye d'Épinlieu, où il s'était signalé par sa bravoure. Le 11 décembre, il fut condamné au dernier supplice par l'épée, « attendu, disait la sentence, qu'il était gentilhomme et non des plus malicieux. » Cette sentence fut exécutée le 17 janvier, et le corps du supplicié porté aux Chartreux. Le même jour fut conduit au gibet, entre des moines dont il repoussait les exhortations , Remy de Lescluze, de Tournai, âgé de vingt-huit ans, accusé d'avoir pris les armes à Mons et de n'avoir pas été à la messe pendant son séjour dans cette ville. Le même jour fut brûlé sur le marché un autre Tournaisien pour avoir porté les armes au service du comte Louis et fréquenté les prêches : il avait d'abord été condamné à être pendu ; mais n'ayant pas voulu se confesser, sa sentence fut changée, et il devint la proie d'un bûcher. Le même jour encore un tuillier fut pendu pour avoir injurié des bourgeois, les appelant traîtres et papistes ^

Toutes ces exécutions se faisaient d'après les ordres et les instructions formelles deNoircarmes, qui aiguillonnait sans cesse ses délégués. Ils lui avaient exposé leurs scrupules au sujet des volontaires, qui avaient prolongé leur séjour dans la ville, se fiant à la promesse du capitaine Molain. « Puisqu'ils n'ont « observé, répondit Noircarmes, l'article de leur traité portant « qu'ils devaient sortir tous ensemble avec armes égales et par « une même porte, ils donnent à eux-mêmes sentence, attendu

' Nous continuons d'analyser ici et plus loin les sentences criminelles conservées aux archives de Mons.

« qu'ils n'ont pas usé de la liberté qui leur a été concédée. 11 ne « me semble que l'induction du capitaine Molain leur doive « servir d'excuse, car il n'avait pas autorité pour agir comme il « l'a fait. i> Le grand bailli recommandait encore à la commission de faire surveiller et arrêter les Montois fugitifs qui se trouvaient à Bruxelles et à Anvers \

Noircarmes montrait l'inflexibilité d'un bourreau. La commission lui avait représenté que plusieurs des prisonniers alléguaient qu'ils avaient été entraînés du côté de Louis de Nassau, les uns par pauvreté, d'autres par la crainte de loger des soldats. Elle ajoutait que, parmi les prisonniers, se trouvaient plusieurs jeunes gens de peu de sens et d'expérience, et tous catholiques. «' Je trouve fort étrange, répondit Noircarmes, que vous vous <( arrêtiez à de telles propositions, ne faisant doute que pour « pallier et couvrir leur méchanceté connue, ils n'allèguent bien « quelque excuse, laquelle ne peut nullement être prise en con- « sidération, puisqu'ils se sont tant oubliés que d'avoir quitté le « service de leur roi pour se mettre à la solde du prince <t d'Orange et de Louis de Nassau. Si une fois vous prêtez « l'oreille à cela, vous n'en trouverez nuls là-bas (du moins bien <c peu) qui ne soient d'avis de n'avoir été coupables. C'est « pourquoi vous rejetterez tout ceci, et, puisque leurs procès " sont instruits, vous procéderez contre eux par exécution » exemplaire^. '»

L'avarice de Noircarmes était un des mobiles de sa cruauté. C'est cette avarice qui fit périr François de Glarges, seigneur d'ïisjemmes.

Ce gentilhomme, né à Mons et âgé de quarante-six ans,

' Noircarmes a MM. les commis des troubles à Mons, du camp devant Harlem, le 8 janvier 1573 (n. st.).

^ Le même aux mêmes (du camp devant Harlem, 8 mars l.'iTS).

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