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avait, au mépris du droit des gens, été arrêté au delà des frontières françaises. La sentence, prononcée contre lui le 23 février, rappelait qu'il avait autrefois déjà été repris de justice pour le fait d'hérésie, et condamné à faire, en la ville de Rome, résidence six ans durant, mais que, au bout de six semaines, il s'était retiré en Angleterre et de là en France. On lui imputait en outre d'avoir été deux fois au prêche qui se faisait à sept lieues de sa résidence. Il devait donc être de foi erronée, d'autant plus qu'il s'excusait, en alléguant la liberté qui existait en France de vivre à volonté. Aussi était-il fort apparent, ajoutait la sentence, qu'il avait fait la Cène, puisqu'il confessait d'avoir été au prêche pour voir la forme de cette cérémonie. On lui reprochait encore de n'avoir point reçu son créateur aux Pâques dernières et de tenir depuis longtemps une concubine dans son ménage. On l'accusait de s'être rangé volontairement sous le drapeau de Genlis , bien qu'il alléguât qu'il ne portait pas d'armes et qu'il venait à Mons pour secourir son beau-frère. Mais la sentence objectait qu'il connaissait Genlis, et que celui-ci était même venu le trouver dans sa maison pendant la nuit où avait .eu lieu la surprise de Mons. Les commissaires avaient donc été d'avis, sous le bon plaisir du seigneur de Vaulx, de faire décapiter François de Glarges. Quant à la confiscation, ils avaient éprouvé quelques scrupules, parce qu'ils ne voyaient pas que le condamné eut commis «■ acte formel d'hostilité. '> Mais, sous l'emjiire sans doute des instructions de Noircarmes, ils fi-rent ensuite remarquer que de Glarges avait suivi la troupe de Genlis, dans le dessein probable de servir à celui-ci de conseil et de guide, et, revenant sur leur premier sentiment, ils furent d'avis de prononcer également la confiscation des biens meubles et immeubles du condamné. Le 3 mars, cet inique procès fut communiqué au gouverneur de Mons, qui adopta l'avis des commissaires. Aucun scrupule ne devait, selon lui.
mettre obstacle à la confiscation des biens, vu que le condamné avait fait partie de la troupe des ennemis. Le 6 mars, la sentence fut notifiée à de Glarges qui, après l'avoir écoutée avec calme, déclara qu'il était innocent ; il fit profession de catholique, communia, ouït la messe et demanda d'être enterré en terre sainte. Il fut ensuite livré au bourreau, et la terre d'Elesmes, convoitée par Noircarmes, fut adjugée, à vil prix, au secrétaire du grand bailli, haussant pour son maître '.
Un seul des incarcérés fut soustrait au bourreau par Noircarmes, parce que celui-ci avait besoin de ses talents : c'était le célèbre sculpteur Jacques Dubroecquet , de Mons. Le grand bailli pria les commissaires des troubles de l'envoyer, sous bonne garde d'ailleurs, à sa maison de Vilers, pour que le sculpteur montois y dirigeât les travaux de construction et d'embellissement. Il serait ensuite reconduit dans la prison de la ville.
En même temps que périssait de Glarges, furent exécutés, par la corde, un marchand lainier « pour avoir de tout temps été suspect de la religion nouvelle, » et un savetier « pour avoir été poussé, par la pauvreté, à participer à l'aumône qui se faisait au prêche, et avoir travaillé aux fortifications. » On exécuta, par l'épée, un m.archand de vin, né à Mons et âgé de quarante-huit ans, « pour avoir pris les armes pendant l'occupation de la ville, s'être montré favorable au parti du comte Louis et du prince d'Orange, et avoir eu en dédain le duc
* On ne peut douter de la pression exercée par Noircarmes sur les juges de François de Glarges. Du reste, il y a encore d'autres preuves de l'avarice de Noircarmes. « De la même plume, dit Paridaens, dont il aposiillait les actes de proscription, Noircarmes signait l'ordre de pa^'er, avant toute autre dépense, des sommes considérables à son profit sur les biens des condamnés. (Lettres aux commissaires des troubles, des 1er JQJn et 24 novembre 1573.) «
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d'Albe; i: le malheureux, avant de mourir, recommanda sa mère et ses six enfants, afin qu'on les aidât à vivre de ses biens confisqués.
Cette prière fut effectivement transmise, par les commissaires des troubles, à Noircarmes. 11 répondit brutalement qu'il no pouvait l'accueillir. Il repoussa aussi brièvement la demande qui lui était adressée par la commission, de permettre l'habitation de la ville de Mons aux femmes des condamnés ou proscrits qui seraient reconnues comme catholiques et de bonne foi 11 rejeta également la proposition qui lui était faite de communiquer à un membre du conseil privé les procès qui lui étaient soumis. Noircarmes voulut que l'on procédât comme il l'avait ordonné. La commission lui représenta que les prisonniers encore détenus pour avoir porté les armes, étaient des gens de petite capacité, catholiques, la plupart fort pauvres et chargés de femmes et d'enfants. Ces infortunés, privés de travail pendant l'occupation de la ville et voyant le magistrat maintenu par Louis de Nassau, avaient été plus facilement entraînés. La commission ne demandait pas d'ailleurs de les relâcher, mais elle proposait de leur appliquer une peine au-dessous du dernier supplice. Quelque timide que fût ce vœu, Noircarmes le repoussa avec la plus grande dureté. 11 exprima même la volonté qu'on ne lui en parlât plus. Cependant la commission , bravant cet ordre , envoya un de ses membres, Jean Longhehaye au camp devant Harlem. Dès qu'il aperçut le député, Noircarmes lui reprocha avec colère les lenteurs que lui et ses collègues apportaient dans l'expédition des affaires, ainsi que les égards qu'ils montraient pour les excuses des prisonniers. 11 demanda lesquels seraient punis, si l'on voulait pardonner à ceux qui avaient porté les armes; enfin, il ordonna « de par Dieu et de par tous les diables => au député tremblant d'écrire à ses collègues que l'on eût à passer
outre , selon qu'il avait commandé par ses dernières lettres * .
En passant par Nimègue, Longhehaye avait vu Berlaymont, qui lui demanda si l'on trouvait que la prise de Mons avait été une vraie surprise. Longhehaye lui ayant certifié que c'avait été une pure et simple surprise, inconnue aux bourgeois, Berlaymont dit qu'il fallait tout pardonner. Ces paroles l'avaient rempli de joie; aussi son désappointement, en entendant les imprécations de Noircarmes, fut-il si grand qu'il en tomba malade. Dans une nouvelle entrevue, le grand bailli dit à Longhehaye que, s'il ne connaissait pas les commissaires pour gens de bien, il aurait opinion qu'ils avaient les mains «■ engraissées. » Le député ayant répliqué que les prisonniers étaient tous pauvres et simples gens, voire mendiants, il s'emporta davantage, défendant d'en parler encore et ordonnant de suivre ses instructions^. Longhehaye crut néanmoins devoir insister encore une fois et plaider de nouveau pour les pauvres et simples manants, « non chargés de duplicité de cas et bons catholiques. » - « Arrière ! répondit Noircarmes avec grande furie. J'ai commandé aux commissaires de faire la justice, et ceux-ci n'ont daigné m'informer s'ils se sont conformés à mes ordres ^. »
En présence des instructions si précises de Noircarmes et des ordres qui révélaient sa colère, les commissaires des troubles avaient cependant redoublé d'ardeur. Le 10 avril, dix prisonniers furent exécutés. Le lendemain, le nombre des suppliciés s'éleva à dix-neuf. Parmi ceux-ci se trouvait un artisan, nommé Hapiette, âgé de vingt-cinq ans, marié et ayant quatre enfants : il était condamné pour avoir pris les armes huit ou dix jours après la surprise de Mons et avoir appelé des soldats catholiques :
' Jean Longhehaye aux commissaires des troubles à Mons, 25 mars 1573. (Archives de l'État à Mons.) ^ Le même aux mêmes, 4 er avril 1573.
^ Le même aux mêmes, 10 avril 1.H73. (Archives de l'État à Mons.)
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papo. Un autre, Jacques Pouillou, (\gé de quarante-quatre ans et ayant six enfants, fut également condamné (bien qu'il appartînt, disait la sentence, à l'un des plus pauvres ménages de la ville), parce qu'il avait pris les armes et s'était trouvé une fois au prêche. Le 13 avril, il y eut encore quatorze exécutions capitales . par le glaive. Parmi les suppliciés se trouvait Jean de Bertaym.ont , coureur, âgé de vingt-quatre ans, condamné dès le 6 février, « nonobstant, disait la sentence, sa bonne vie en d'autres endroits, i> pour avoir porté secours au seigneur de Noyelles qui se rendait en France.
Les exécutions, commencées le 15 décembre 1572, continuèrent presque sans interruption jusqu'au mois d'août 1573. La commission des troubles ne condamnait pas seulement les volontaires qui avaient pris les armes pour Louis de Nassau, mais encore, comme on l'a vu, ceux qui avaient travaillé aux fortifications ou qui avaient fréquenté les prêches. Tel était le crime de Jean Carlier, âgé de quarante-sept ans, niarié et ayant sept enfants. La sentence rappelait que déjà, en 1567, il passait pour adhérer à la religion nouvelle; que sa mère avait été exécutée par la fosse, c'est-à-dire enterrée vivante, pour avoir tenu des conventicules oii elle enseignait des doctrines erronées à ses enfants et à d'autres, et que plusieurs de ses frères étaient fugitifs pour la même cause. Jean Carlier fut exécuté par l'épée, le 9 juillet, dans la matinée. Le lendemain mourut, également par le glaive, Nicolas Fouwan, âgé de cinquante-trois ans, accusé aussi de mal sentir de la religion, pour avoir dit, avant la surprise de la ville, que les prêtres voulaient introduire l'Inquisition et faire vivre les bourgeois à leur mode ; pour avoir tenu encore d'autres propos qui sentaient l'hérésie, reprochant à plusieurs bons bourgeois et à des femmes d'avoir le duc d'Albe au ventre. Cet infortuné, avant d'être livré à l'exécuteur, témoigna <t merveilleuse angoisse et amertume de cœur » pour Tome l. -19
sa femme et ses sept enfants qu'il délaissait pauvres, suppliant avec larmes qu'on les eût en favorable recommandation; il demanda aussi que le drap du métier, auquel il afipartenait, fût placé sur sa bière et que ses dépouilles furent ensevelies en terre sainte au cimetière de Sainte-Marguerite. Cette dernière faveur ne lui fut pas refusée. Être enterré en terre sainte était du reste une faveur véritable dans un temps où, non contents de supplicier les partisans du prince d'Orange et de Calvin, les juges qui tenaient leurs pouvoirs de Noircarmes faisaient attacher les cadavres mutilés de leurs victimes aux potences qui bordaient les chemins publics.
Quand elle n'eut plus sous la main des malheureux qui avaient été attirés au prêche de l'hôtel de Naast par le besoin de participer aux aumônes des protestants ; lorsque les prétextes mêmes vinrent h manquer, la commission motiva ses arrêts de mort sur Vadhésion de cœur des prévenus, soit à la cause des insurgés, soit aux doctrines calvinistes. Quelques mots sufiBront pour achever ce lugubre tableau. En neuf mois, du 15 décembre 1572 au 27 août 1573, les délégués de Noircarmes prononcèrent, d'après le registre officiel, soixante -douze condamnations, dont soixante-neuf à mort par le glaive, le feu ou la corde. La fustigation fut infligée une fois, et l'exposition publique deux fois. On con:iptait, parmi les suppliciés à mort, vingt-neuf des principaux manufacturiers de drap et fabricants de serge. Les quarante autres étaient des nobles, des orfèvres, des artisans notables ou de pauvres ouvriers. Leurs veuves et leurs enfants, dépouillés des biens de leurs maris ou de leurs pères, furent en outre bannis des Pays-Bas '.
' Tous ces détails, d'une authenticité irrécusable, sont empruntés à la collection des sentences criminelles, à l'ouvrage de Paridaeus et à l'intéressant travail de M. Altmeyer [Une succursale du tribunal de sang), composés aussi l'un et l'autre d'après des documents qui reposent aux archives