LIVRE V
On sait quel fut le sort d'Antoine Olivier, ce valeureux patriote qui avait été le véritable auteur de la surprise de Mons.
11 faut dire aussi ce que devinrent Genlis et ceux de ses compagnons d'armes qui étaient restés prisonniers des Espagnols. Le 1 8 septembre 1 572, Philippe II mandait au duc d'Albe que l'ambassadeur de France, après lui avoir fait connaître la mort de Coligny et de ses principaux adhérents, avait proposé, et avec grande instance, de faire justice, sans délai, de Genlis et de ses compagnons qui étaient prisonniers Le Roi Catholique était aussi d'avis que c'était le meilleur parti à prendre pour extirper de la terre d'aussi mauvaises plantes II désirait donc (et il l'écrivit de sa main), si le duc d'Albe n'en avait pas encore débarrassé le monde, qu'il le fit immédiatement, car il ne voyait aucune raison pour différer cette exécution ^ Tel n'était point le sentiment du duc d'Albe. Couper la tête à Genlis et aux autres Français prisonniers, comme le demandait Charles IX, lui paraissait une mesure imprudente. Il avait eu, à la vérité, lintention de les mettre à mort avant le massacre de Coligny; mais, depuis, les choses, disait-il, avaient bien changé de face. C'était maintenant du roi de France qu'il fallait se défier, et il était bon que celui-ci sût que le roi d Espagne tenait en son pouvoir des hommes capables de susciter dé grands troubles dans ses États ^. Philippe, après avoir, dans une dépêche du 19 octobre 1572,
de Mons, enfin à une « Notice sur l'ancienne industrie du Hainaut, » par M. Lacroix, qui a, comme archiviste, sous sa garde les précieux papiers dont nous avons fait usage.
' Particularités inédites sur la Saint-Barthélémy, par M. Gacuard, dans les Bulletins de l'académie royale de Belgique, t. XVL — Voir, au surplus, la lettre de Saint-Goard à Charles IX, du 19 septembre -1572, dans les Archives de la maison d'Oranye-ISassau, l'e série, supplém., p. 127.
* Le duc d'Albe au Roi, de Tongres, 13 octobre 1572, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 287.
exprimé l'opinion qu'il convenait, en ce moment plus que jamais, de traiter doucement avec les Français, et de les contenter, pour qu'ils poursuivissent leur entreprise contre les huguenots, manda au duc d'Albe, le 27 novembre, qu'il se conformait cependant à son avis touchant Genlis et les autres i)risonniers de la môme nation ^
Enfermé au château d'Anvers, l'infortuné capitaine huguenot pouvait encore nourrir l'espoir d'échapper à la mort et d'être échangé. Plusieurs mois se passèrent ; mais Philippe II n'oubliait point le lieutenant de Coligny. Le 15 octobre 1573, il décida du sort de Genlis et des autres prisonniers français, en suggérant au duc d'Albe le projet de les faire mettre à mort secrètement, sauf à s'arranger avec les intéressés. Il laissait le duc maître de prendre, à cet égard, le parti qu'il jugerait le plus convenable ^. Le lieutenant de Philippe II ne résista plus. Le 17 novembre, il répondit au Roi qu'il avait fait exécuter secrètement Genlis, après avoir ordonné de publier que le prisonnier était malade. Genlis n'avait point voulu se confesser, quoique antérieurement il eût donné à entendre qu'il était catholique et qu'il désirait que l'évêque vînt l'absoudre et l'admettre à l'obéissance de l'Eglise. Mais, après le meurtre de Genlis, le duc recula devant l'exécution des ordres qui concernaient les autres prisonniers. Il communiquerait ces ordres, disait-il, au grand commandeur de Castille, qui allait lui succéder ■\
' Correspondance de Philippe H, t. II, pp. 289 et 296.
2 Ibid . t. II, p. 415.
' Ibid., t. II, p. 431 . — Quoique I "exécution de Genlis eût été ténébreuse comme un crime, le secret transpira parmi les contemporains. Le Petit rapporte que Genlis, sans avoir été malade, fut un matin trouvé mort : il avait été, disait-on, » étranglé d'une des gourdines de son lit de camp. » {Grande chronique de Hollande, t. II, p. 232.) Un autre contemporain écrit ces mots ironiques : « Le seigneur de Genlis finit ses jours par une chaude