‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 81 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Requesens. L'état des affaires de la Flandre lui causait, disait-il, de vives inquiétudes. Pour la décharge de sa conscience autant que pour la conservation de ce pays, il se voyait obligé de prendre des mesures décisives afin d'y rétablir l'ordre. Le succès de ces mesures dépendait principalement de la prudence, de la diligence et des soins de celui à qui en serait confiée l'exécution. Le Roi avait jeté les yeux sur le grand commandeur ])Our lui remettre cette affaire, la plus importante qu'il aurait jamais. Il l'invitait à se rendre dans les Pays-Ras, afin d'y agir dans le sens des instructions qui lui seraient données et de se charger du gouvernement général aussitôt après le départ du duc d'Albe. Quant au duc de Medina-Celi, il ne fallait point s'en préoccuper. Il était enjomt à Requesens de dépêcher incontinent au Roi un courrier avec sa réponse, Philippe le prévenait qu'il n'admettrait aucune excuse ^

Requesens déclina d'abord l'offre du gouvernement des Pays- Bas que lui faisait Philippe II. Mais le Roi lui ayant de nouveau commandé de l'accepter, il se soumit, en vassal fidèle et obéissant. Philippe attendit néanmoins jusqu'au 15 octobre avant d'avertir le duc d'Albe de l'arrivée prochaine de son successeur. Il le pria de fournir à Requesens toutes les informations dont celui-ci aurait besoin pour s'acquitter de sa charge. Il exprimait la volonté que tous les chefs militaires et autres qui pouvaient être utiles aux Pays-Bas y restassent. II voulait aussi que le duc d'Albe délibérât avec son successeur sur l'opportunité d'abolir le conseil des Troubles et de ramener aux formes anciennes le gouvernement. Philippe disait ne pas ignorer qu'une des choses qui avaient mécontenté le plus les habitants des Pays-Bas, c'était l'institution du conseil des Troubles, et combien les Belges avaient fait d'instances pour qu'on l'abolit; mais il rappelait au

' Correspondance de Philippe 11, t. II, pp. 308-309.

duc que si, lui, le Roi, n'avait point accueilli cette demande, c'était parce qu'il se souvenait des observations que son lieutenant lui avait adressées. Il importait aujourd'hui de donner aux naturels du pays une sorte de satisfaction, car on affirmait que de l'abolition du conseil et de la publication du pardon dépendait le rétablissement de l'ordre dans les Pays-Bas. Au miois d'août précédent, le duc d'Albe avait conseillé de ne plus accorder de pardon. — Les moyens de douceur n'ont rien produit, disait-il ; il n'y a que la force qui puisse réussir. — Cet avis avait fait suspendre le pardon général que Philippe avait donné l'ordre de rédiger. Il exprimait maintenant le désir que le grand commandeur le fit publier pour calmer les esprits et gagner les cœurs des gens du pays. Il prescrivait le silence le plus absolu jusqu'au moment de la publication ; mais il voulait que le duc d'Albe et Requesens examinassent mûrement le projet qu'il leur envoyait. Philippe II avouait qu'il était en présence d'une pénurie d'argent telle qu'il ne pouvait plus avancer ni reculer : il n'entendait pourtant jamais accorder aux Belges rien qui fut incompatible avec la sainte foi catholique et l'autorité royale, quand même il devrait perdre les Pays-Bas *.

Le 19 octobre, Philippe II signa les lettres patentes qui nommaient Requesens gouverneur et capitaine - général des Pays-Bas. Elles étaient accompagnées d'une instruction secrète où, par une singulière contradiction avec les premières instructions de Philippe II, défense était faite au nouveau gouverneur de rien changer à ce qui avait été établi, sans la permission du Roi. De cette interdiction il résultait que Philippe n'entendait point renoncer au passé ni autoriser la mise en œuvre d'un nouveau système. Il y avait une instruction plus secrète encore qui contenait, selon les expressions de Philippe II , d'importants

' Voir Correspondance de Philippe II, t. H, |i|). il 4-4 15.

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