‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 82 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

avertissements tant pour la bonne direction des affaires de l'État que pour la discipline des gens de guerre. Il était défendu à Requesens, par cette instruction très-secrète, de remettre, en aucune manière, les délits de religion et de rébellion ^

Le duc d'Albe, alors malade de la goutte, à Amsterdam, se montrait impatient de voir arriver son successeur. Le service du Roi exigeait, écrivit-il à Philippe II, qu'il partît au plus tôt des Pays-Bas. Il ne pouvait plus y être utile, et s'il devait l^asser encore, dans ces provinces, un hiver comme le précédent, il mourrait à la peine. Il se trouvait dans un tel état qu'il ne pouvait bouger du fauteuil où il était assis ^. Les ministres nationaux attendaient beaucoup du changement qui allait s'accomplir dans le gouvernement et l'administration. Mais les Espagnols de l'entourage du duc d'Albe s'exprimaient amèrement sur son successeur. Albornoz écrivait à Çayas que l'on commençait à murmurer de ce que le Roi tenait si peu de compte des Pays-Bas qu'il y envoyait un simple gentilhomme qui n'avait que la cape et i'épée, tel que le grand commandeur ^. Déjà, au mois de septembre, le duc d'Albe avait demandé à Mondoucet s'il pourrait passer librement et sûrement par la France pour s'en retourner en Espagne. L'ambassadeur de Charles IX ne lui cacha point que, les troubles religieux n'étant

' La nomination de Requesens, sa commission de gouverneur-général et l'instruction secrète en français se trouvent dans l'appendice du t. Il de la Correspondance de Philippe 11, pp. 708 et suiv. — La seconde instruction secrète, en espagnol, n'a pas été retrouvée ; mais la lettre écrite par Philippe à Requesens, le 2-1 octobre, peut y suppléer jusqu'à un certain point. [Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 4-17.)

» Le duc d'Albe au Roi, 21 octobre 1573. [Ibid., t. II, p. 422.) — Voir aussi Cabrera, Don Filipe Segundo, p. 7()7.

' Correspondance de Philippe 11, t. II, p. 426. — Voir, comme contraste, une lettre adressée d'Amsterdam, le 29 août -1573, par le secrétaire Berly au président Viglius. (Archives du royaume). Documents historiques, t. XIll.

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))as entièrement apaisés en France, il pourrait y avoir pour lui et de la difficulté et du danger, mais qu'il l'assurait du bon vouloir du Roi. Le duc répliqua qu'il n'en doutait point ; mais, qu'ayant beaucoup d'ennemis pour cette querelle de religion, il ne s'y voudrait fier, et qu'il ne fallait qu'un coquin pour lui lirer une arquebusade par une fenêtre. Il ajouta d'autres propos qui révélaient de la crainte ^

Requesens partit enfin de Milan sous l'escorte de deux compagnies de cavalerie, l'une d'arquebusiers, l'autre de lanciers, tous Italiens. Il était aussi accompagné de quelques gentilshommes de la même nation, mais en petit nombre, le Roi lui ayant recommandé d'être très-réservé à cet égard. Prenant le chemin de la Savoie, de la Rourgogne et de la Lorraine, il se dirigea vers Rruxelles, où il n'était plus veuu depuis 1550. Il arriva dans cette ville le 17 novembre et descendit au palais.

Le duc d'Albe qui, depuis son retour d'Amsterdam, avait toujours gardé le lit, n'alla point au-devant de son successeur. Mais il fit à Requesens un accueil courtois lorsque le grand commandeur vint le trouver dans sa chambre. Ils logèrent ensuite sous le même toit. On prétendait que la venue de Requesens n'était pas étrangère à la maladie du duc d'Albe, quoiqu'il feignît de quitter volontiers le pays et qu'il eût déjà fait partir, sur soixante mulets, tous ses meubles pour Gênes où il voulait sembarquer, n'osant passer i)ar la France. Après l'arrivée du grand commandeur, le duc d'Albe quitta son lit, mais sans se montrer encore, soit qu'il voulût se soustraire aux demandes d'argent dont il était importuné, soit pour avoir plus de loisir de s'occuper des affaires. Requesens était presque constamment en conférence avec lui -.

' Mondoucetau roi Charles iX, d'Amsterdam, 9 septembre 1573. ^ Mondoucetau roi Charles IX, de Bruxelles. 16 et "20 novembre -1 573. — Cabrera, Don Filipp Segundo. liv. X, chap. Xll, p. 768.

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Le duc d'Albe lui demanda immédiatement, et avec de grandes instances, qu'il prît le gouvernement. Telle n'était point l'intention de Requesens. Il n'aurait voulu se charger du gouvernement qu'après le départ du duc, parce qu'il était juste, disait-il, qu'il portât ce respect à la personne de son prédécesseur. Montrant alors une lettre par laquelle le Roi lui prescrivait de remettre le gouvernement au grand commandeur dès qu'il serait arrivé, le duc d'Albe dit que cet arrangement convenait essentiellement au service du souverain. 11 ajouta qu'il fallait bien, pour qu'il pût faire ses préparatifs de départ, le débarrasser des affaires pendant quelques jours, sans parler de sa santé, qui ne lui permettait point de s'y livrer, car il était encore si faible qu'il ne pouvait se tenir sur ses jambes. Mais Requesens répugnait à cet arrangement pour des motifs d'une haute importance. Il n'ignorait pas que la nation redoutait que les changements si vivement désirés dans le gouvernement n'eussent pas lieu. Bien qu'il se proposât, disait-il, de marcher sur les traces de son prédécesseur autant qu'il pourrait, il importait néanmoins que le peuple se persuadât que l'on suivrait d'autres errements. Si donc il gouvernait, le duc d'Albe présent, il lui serait impossible de prendre des résolutions qui ne seraient point agréées par celui-ci. Toute la nation était d'ailleurs persuadée que le duc ne partirait point, et ni ceux du conseil ni les autres ministres n'osaient dire librement leur pensée en sa présence. En outre, il aurait beaucoup désiré, avant de prendre en mains l'administration du pays, d'avoir une relation de l'état 011 se trouvaient les finances. Cette relation, on ne la lui donna point, parce que le duc d'Albe prétendait qu'il était impossible en plusieurs mois d'en former même un aperçu. Seulement Requesens sut, en général, qu'on devait des sommes très-considérables, qu'il n'y avait pas un réal en caisse et qu'il était impossible de pourvoir aux dépenses ordinaires. Toutes ces raisons et

d'autres encore durent céder aux instances du duc d'Albe, à la résolution qu'il prit d'abandonner entièrement la direction des affaires. Alors Requesens se résigna, et, le 29 novembre, prêta le serment requis du gouverneur des Pays-Bas entre les mains de son prédécesseur. En 1567, celui-ci s'était contenté d'exhiber ses pouvoirs. Le grand commandeur de Castille, introduit dans la chambre du conseil d'État, oii se trouvaient le duc d'Arschot, Berlaymont et Vigiius, jura « de gouverner et d'administrer bien « et loyalement, au nom du Roi, comme souverain seigneur <t des Pays-Bas , et de conserver ce pays en la sainte foi « catholique romaine *. »

Le duc d'Albe continua ses conférences journalières avec Requesens. Il montra la lettre oii le Roi lui ordonnait de faire connaître son opinion sur la suppression ou le maintien du conseil des Troubles. Selon lui, le jour où cette suppression aurait lieu, serait fatal pour la religion r il lui parut aussi qu'on retirerait peu de chose du produit des confiscations, si la gestion en était donnée au conseil des finances. Il se prononça donc pour le maintien de l'odieux tribunal. Mais Requesens, après avoir étudié l'organisation et les actes du conseil des Troubles, ne partagea point l'avis du duc d'Albe. Il croyait qu'il importait de donner satisfaction aux nationaux. Il se prononça en conséquence pour la suppression. Il aurait voulu aussi qu'on reconstituât le conseil privé et le conseil des finances ; mais, sans tenir compte des justes susceptibilités des Belges, il aurait désiré d'y introduire des Espagnols et surtout des Italiens *.

Leduc d'Albe et Requesens avaient également délibéré, selon leurs instructions, sur le projet de pardon envoyé par Philippe II.

' Requesens au Roi, de Bruxelles, 4 décembre, et le duc d'Albe au même, 2 el 6 décembre 1573. [Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 432-4;î6.)

^ Requesens au Roi, d'Anvers, 30 décembre 1573. (Ibid., t. Il, pp. 452 et suiv.)

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Cette importante question avait été débattue au conseil d'État. Le duc et don Fadrique, son fils, se prononcèrent absolunnent contre le pardon. — « La religion, disaient-ils, avait été la cause de ce soulèvement. Mais comme on ne pouvait point accorder aux rebelles la liberté de conscience, ils ne se soumettraient point, tandis que, avec des forces convenables, on les contraindrait à se rendre sans condition. Il fallait donc, pour en finir avec la révolte, recourir au seul moyen des armes. » — Le grand commandeur exprima encore une opinion toute contraire. 11 ne niait point que la religion ne fût le mobile qui avait fait agir le prince d'Orange et beaucoup des chefs qui le suivaient ; mais, quant au peuple, les nouveaux impôts et les violences des gens de guerre avaient été, selon lui, la cause du soulèvement. Le mécontentement, ajoutait-il dans une dépêche au Roi, était commun aux catholiques et aux hérétiques, aux gens d'église et aux séculiers, à la noblesse comme à la bourgeoisie * .

Quelques jours avant son départ, le duc d'Albe entretint Requesens d'une autre affaire également très-délicate. Il y avait encore, à Lille et dans quelques places de l'Artois, des Français faits prisonniers lors de la déroute de Genlis. Le duc d'Albe dit qu'il avait ordre du Roi de les faire mourir secrètement. N'ayant pu obtenir de son prédécesseur qu'il exécutât cet ordre, Requesens déclara qu'il attendrait des instructions nouvelles; il ne pouvait de sang-froid, disait-il, prescrire l'exécution devant laquelle le duc d'Albe semblait reculer. D'un autre côté, Requesens louait le duc d'Albe de n'avoir voulu autoriser ni l'échange ni le rachat des prisonniers faits à l'ennemi, et d'avoir ordonné qu'on pendît ceux qui tomberaient entre les mains des troupes

' Requesens au Roi, 30 ijéceinhre 1fi73. [Currespotulance de Philippe II, t. II, pp 446-4b0).

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royales. On démontrait clairement ainsi que la guerre avait été entreprise seulement pour châtier des rebelles. Le nouveau gouverneur faisait toutefois remarquer que le comte de Boussu et quelques autres hommes de marque étant tombés au pouvoir des insurgés, on avait cru devoir suspendre l'exécution des prisonniers. Marnix de Sainte-Aldegonde et d'autres étaient restés, en conséquence, au pouvoir de Noircarmes \

N'ayant pu subjuguer la Hollande, le duc d'Albe avait proposé de détruire par le feu les bourgs et les villages que les troupes royales ne pourraient occuper. Philippe II venait de prescrire à Requesens d'examiner ce point avec son prédécesseur, ou, si celui-ci était parti, avec ceux du conseil. Il lui recommandait d'ailleurs de n'avoir recours à l'incendie qu'après avoir vainement employé tous les autres moyens ^.

Le 18 décembre, le duc d'Albe était en effet parti de Bruxelles, s'acheminant vers Namur avec don Fadrique, son fils, Albornoz, son secrétaire, et Juan de Vargas. Il était escorté de cinq compagnies de cavalerie, deux de lanciers et trois d'arquebusiers, qui l'accompagnèrent jusque dans le duché de Milan. Chiappin Vitelli , Julian Romero et Sancho d'Avila auraient voulu quitter les Pays-Bas en même temps que leur ancien général. Mais Requesens s'opposa formellement à ce départ, et le duc lui-même, se conformant aux instructions du Roi, dissuada ses anciens lieutenants ^.

Le duc d'Albe partit, « chargé de butin et saoulé de sang et de supplices *. » On évaluait à six mille le nombre des personnes

' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 445.

2 Ibid-, t. II, p. 437.

2 Ibid., l. II, pp. 432 et 43().

* Marnix de Sainte-Aldegonde, Discours devant la diète de Worms, etc. — Voir aussi, sur les spoliations du duc d'Albe et de son entourage, les Mémoires anonymes, t. 1"-, p. i48.

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qu'il avait fait exécuter par le bourreau ^ Il était en outre responsable du sac de Malines et des horribles massacres de Zutphen, de Naarden et de Harlem. Du reste, il montrait un visage soucieux et mécontent. Il disait que, après avoir tant travaillé dans les Pays-Bas, il savait bien qu'il n'en rapportait ni le contentement du Roi, son maître, ni celui du moindre des habitants, mais qu'il était l'objet d'une haine universelle. Il ne se trompait pas. Il était haï par tous les habitants des Pays-Bas, sans exception, et à un tel point que, s'ils l'eussent osé, ils auraient allumé des feux de joie. Mais on n'osa point braver aussi ouvertement l'autorité dont le duc avait été le représentant. Le grand commandeur et tous les seigneurs de la cour semblèrent en quelque sorte le protéger en l'accompagnant hors de Bruxelles ^,

Du château de Bellefontaine, dans le comté de Bourgogne, le duc d'Albe adressa, le I" janvier 1574, ses derniers conseils à Requesens. Il l'engageait à donner tous ses soins aux choses de la guerre et à ne pas laisser parler d'arrangement avec les rebelles ; il lui recommandait en second lieu de ne point changer, sans examen , l'ordre qu'il trouvait établi, sous prétexte de captiver la bienveillance des naturels du pays ^.

Le jour même de son départ de Bruxelles, le duc d'Albe avait remis à Requesens l'état des gens de guerre qui étaient au service du Roi dans les Pays-Bas. Cette armée se composait de soixante-dix-neuf compagnies espagnoles, comprenant sept mille neuf cents soldats ; de cinquante-quatre compagnies de Hauts- Allemands, faisant seize mille deux cents hommes ; de trente-

' Mémoire donné au Roi, le 17 mars 1374. {Correspondance de Philippe II, t. III, p. 40.)

* Mondoucet à Charles IX, de Bruxelles, 24 novembre et 19 décembre i 573.

^ Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 1-2.

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deux compagnies de Bas-Allemands, fortes de neuf mille six cents hommes; de cent et quatre compagnies wallonnes, ayant vingt mille huit cents soldats. Le total de l'infanterie s'élevait à cinquante-quatre mille cinq cents hommes, sans compter les trois mille qui occupaient les places frontières. La cavalerie était forte de trente-cinq compagnies, présentant un effectif de quatre mille sept cent quatre-vingts hommes '.

Cette armée, composée de vieilles bandes, s'était signalée par son indiscipline autant que par sa bravoure. Pour exercer sur elle l'autorité nécessaire , la première condition était de la payer exactement. Or, l'argent manquait tout à fait, tandis que les arrérages s'élevaient à des sommes considérables ^. Cette pénurie mettait le nouveau gouverneur dans la plus grande perplexité, car, de tous côtés, on lui demandait de l'argent, et la misère était telle parmi les soldats qu'on l'assurait que, chaque jour, il y en avait qui mouraient de froid.

Requesens entrevoyait les inextricables embarras qui paralyseraient son bon vouloir et son dévouement. Bien qu'il fût laborieux et assidu, il éprouvait une peine infinie à se mettre au

' Correspondance de Philippe II, t. II, p. 437.

- Il importe de faire connaître les détails de cette situation financière en citant des extraits d'une relation adressée par Requesens au Roi, le 30 décembre 1573 : « Berlaymont et les conseillers des finances lui ont dit qu'il était dû aux gens d'armes et à l'infanterie ordinaire plus de cinq millions de florins, qui font deux millions et demi d'écus;... il est dû plus de trois millions et demi d'écus aux autres corps de l'armée, sans compter de grosses sommes dont on est redevable aux noirs harnais et sans l'acquittement desquelles on ne saurait lever un seul homme de cheval en Allemagne. La dépense ordinaire de l'armée, y compris l'artillerie et la flotte, ne peut être évaluée à moins de six cent mille écus par mois... Il faut également pourvoir aux besoins de lartillerie et à la réparation des places frontières dont quelques-unes tombent en ruine. Four tant de nécessités, il n'y a pas un seul rtal en caisse... » [Correspondance de Philippe II, t. H, p. 457.)

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courant de tout ce qu'il avait besoin de savoir, et cette peine était d'autant plus grande, comme il l'avouait lui-même, qu'il ne possédait pas la langue du pays ^

Enfin, il ne pouvait se faire illusion sur la haine dont les Espagnols étaient l'objet. Quelques semaines, quelques jours lui avaient suffi pour constater cette profonde aversion. Il mandait à Philippe II que, sous ce rapport, ceux qui servaient le Roi ne le cédaient en rien aux rebelles. Le peuple, croyait-il, serait facile à gouverner, mais il était égaré par les seigueurs principaux et les chefs "^. Le grand commandeur était à peine arrivé dans les Pays-Bas, qu'il avait été lui-même exposé à cette animadversion dont les Espagnols étaient l'objet. Les principaux disaient, comme Albornoz, qu'il était simple gentilhomme d'épée et de cape, et que les Pays-Bas étaient accoutumés d'avoir un gouverneur du sang de leur prince. Ils le déchiraient et le diffamaient le plus qu'ils pouvaient, afin de l'envelopper dans la haine qu'ils portaient au duc d'Albe et à la nation espagnole. Tout le peuple enfin était si animé contre l'Espagne qu'on pouvait, d'après les propos ordinaires, le croire prêt à se jeter dans les bras d'un autre prince , pourvu que celui-ci fût assez puissant pour le défendre ^.

Au commencement du mois de mars, le duc d'Albe débarqua à Barcelone. Félicité par le roi sur son heureux voyage, il montrait beaucoup d'orgueil et proférait même des menaces contre ses rivaux à la cour, même contre les plus grands. Le 30, vers dix heures du soir, il fit son entrée dans Madrid : pour écarter la foule , il avait mandé qu'il n'arriverait pas ce jour-là, de sorte qu'il était peu accompagné, ceux qui étaient allés au

' Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 433-43S.

3 Ibid., t. II, p. 443.

"' Mondoucet à Charles IX, Ki novembre et 19 décembre -1573.

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devant de lui s'étant retirés. Après être descendu chez le prieur don Antonio de Tolède, son beau-frère, il se mit dans un coche et alla baiser les mains du Roi. On prétendit que, lorsqu'il eut été admis en présence de Philippe II, il se mit par deux fois à genoux, et que deux fois le Roi lui porta les bras au cou. L'audience fut assez longue. Le duc retourna au palais le lendemain matin, et le Roi s'entretint encore avec lui avant de partir pour l'Escurial, où il allait faire ses Pâques. Mais le vieux capitaine ne put obtenir que don Fadrique, son fils, banni de la cour depuis plusieurs années, vît cesser cet exil ; il fut en outre enjoint à Juan de Vargas de ne pas approcher de la résidence royale de cinq lieues. L'ancien gouverneur des Pays-Bas reçut pour lui-même le conseil de se retirer dans sa maison d'Albe. On assura pourtant que cette disgrâce n'était que simulée; qu'elle avait pour objet de donner quelque satisfaction aux Belges et de faciliter la réconciliation qui était alors dans les désirs de Philippe II. Feinte ou réelle, la disgrâce infligée au duc d'Albe, à don Fadrique, le bourreau de Naarden et de Harlem, et à Juan de Vargas, le membre le plus impopulaire du conseil des Troubles, donna en effet quelque contentement aux Pays-Bas ^ . Mais ce châtiment, trop doux pour de si grands coupables, ne pouvait faire oublier le sang qu'ils avaient versé ; il ne pouvait effacer le souvenir de la longue et cruelle oppression d'un noble peuple. Rome, sous Tibère et Néron, souffrit moins peut-être que la Belgique sous le duc d'Albe. Que l'histoire soit donc à jamais inexorable pour l'odieux capitaine qui fut l'incarnation

' Saint-Goard à Charles IX, de INIadrid, 4 avril -1574. (Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. IV, p. 3(J0.) — Renon de France, Histoire de la désunion, etc., MS. S»? partie, chap. XXVI. — Il résulte d'une lettre écrite de Madrid, le 29 décembre 1575, par le secrétaire d'Ennetières au président Viglius, que Vargas se laissa mourir en son exil, de chagrin, de honte et de dépit de n'avoir p;is été admis près du Roi.

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