‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 87 sur 131 · LIVRE VI (1574). 3âï · texte numérisé non relu

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fournissait pas une contribution en argent, ils brûleraient le pays. Or, de l'aveu de Rcquesens, les habitants payèrent cette contribution avec plaisir ; ceux de Hoogslraeten chassèrent même leur gouverneur espagnol. Enfin, une agitation inquiétante se manifesta dans toutes les provinces lorsqu'on y connut l'invasion de Louis de Nassau. Pour la plupart de ceux qui occupaient des gouvernements ou des charges, ce fut une occasion de mettre en avant toute sorte de prétentions; beaucoup aussi exprimaient le désir d'être démissionnes. Les plus grands, le duc d'Arschot en tète , ne se montraient pas les moins difficiles. Requesens se plaignait avec amertume aussi des mauvaises dispositions des états des provinces. Ils n'exigeaient plus seulement, disait-il, l'abolition du dixième denier ; ils ne se bornaient plus à réclamer le pardon général et la suppression du conseil des Troubles, mais ils parlaient entre eux du renvoi immédiat des troupes étrangères et de la nécessité de remettre entre leurs mains l'administration des finances, même le gouvernement et la justice, La plupart aussi désiraient la liberté de conscience ^ Il importait donc de combattre sans retard et de rejeter des Pays-Bas l'armée de Louis de Nassau.

Ce hardi capitaine s'efforçait alors de rejoindre le prince d'Orange. Il côtoyait la rive droite de la Meuse tandis que Sancho d'Avila, renforcé par deux mille vétérans que don Gonçalo de Bracamonte avait ramenés de la Hollande, le suivait sur la rive gauche. Tout à coup, le 11 avril, jour de Pâques, Louis de Nassau se dirigea vers Nimègue, afin d'y traverser le Wahal. Mais Sancho d'Avila sut encore le prévenir. Il détacha trois cents arquebusiers du régiment de Sicile et les cavaliers bourguignons du baron de. Chevreaulx pour renforcer Gilles de

' Requesens au Roi, 24 février, 7 et 8 mars 1574 [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 'î'i et suiv.)

Berlaymont, baron de Hierges, qui était dans Nimègue avec la mission de défendre le passage du Wahal. Sancho d'Avila fut informé par ses coureurs que Louis de Nassau, ayant de nouveau échoué dans son dessein , s'était déternniné à rejoindre son frère sur la rive droite du fleuve. Il prit aussitôt la résolution de passer lui-même sur cette rive pour barrer le chemin à son adversaire et lui livrer bataille. Arrivé à Grave, il fit construire un pont de bateaux et les Espagnols gagnèrent la rive droite '.

Louis de Nassau était parvenu à Mook, sur la Meuse, village du duché de Clèves, lorsqu'il apprit, i\ sa grande surprise, que l'armée royale n'était éloignée que d'une lieue, sur la môme rive du fleuve. Ne pouvant pas reculer, car il manquait de vivres et n'avait d'ailleurs aucune place de refuge, Nassau résolut de se retrancher à Mook et d'accepter le combat. Vainqueur, il pourrait atteindre Thiel et se joindre au prince d'Orange pour affranchir définitivement la Hollande et soulever également contre la domination espagnole le Brabant et les autres provinces.

Cette entreprise, qui eût glorieusement couroimé la brillante carrière de Louis de Nassau, échoua complètement. Dès le 14, au point du jour, Sancho d'Avila se disposait à marcher contre les Orangistes. Louis de Nassau et son vaillant compagnon, Chistophe de Bavière, prirent aussitôt leurs dispositions. La plaine de Mook était resserrée entre la Meuse et une montagne qui s'élevait à une portée de canon du village. Dix compagnies de lansquenets gardèrent celui-ci, tandis que le gros de l'infanterie, composée de piquiers et surtout d'arquebusiers, prenait position derrière des retranchements élevés à la hâte. La cavalerie était rangée à droite, entre le village et la montagne, avec un gros escadron de réserve sur le flanc même de cette

' Grande chronique de Hollande, i. II, p. 277. — Bentivoclio, liv VllI. — Va> jMETEUliN, fol. 101.

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colline. Par suite des désertions et des pertes déjà éprouvées, la cavalerie ne se composait plus que de deux mille chevaux, tandis que l'infanterie était forte de sept à huit mille hommes, dont huit cents Gascons et Français ^.

Sancho d'Aviia disposa son armée à un trait de fauconneau de la tranchée creusée par les Orangistes. L'infanterie, partagée en plusieurs corps, était postée à la droite, le long de la Meuse ; elle avait pour chefs les mestres de camp Gonçalo Bracamonte, Fernando de Tolède et Christophe Mondragon. La cavalerie, commandée par Bernardine de Mendoça et Jean -Baptiste de Monte, était divisée en escadrons et formait la gauche. Tandis que les tambours et les trompettes annonçaient déjà la bataille, arriva de Nimègue Gilles de Berlaymont, avec trois cents arquebusiers espagnols, la compagnie de Bourguignons du baron de Chevreaulx et trois compagnies du iercio de Lombardie. Il apportait en outre la nouvelle que Valdès, après avoir levé le blocus de Leyde, se dirigeait en toute hâte vers le camp, où il pourrait arriver le soir même avec deux mille cinq cents fantassins espagnols et dix enseignes d'Allemands ^.

Au moment de se jeter sur l'infanterie ennemie, les Espagnols et les Wallons fléchirent le genou, selon leur coutume, et récitèrent l'oraison dominicale, puis ÏAve Maria. Ils marchèrent ensuite en avant et firent de grands efîorts pour s'emparer du retranchement; mais ils furent repoussés avec vigueur. Malheureusement les lansquenets au service des Nassau devinrent alors les plus puissants auxiliaires des soldats de Philippe II : au lieu de combattre, ils réclamèrent leur solde. Le comte Louis, se mettant à la tète d'un escadron d'élite, parvint cependant à

' Ce sont les chiffres donnés par Van Meteren. Mendoça indique, d'après les rapports des prisonniers, dix-sept à dix-huit cents chevaux et dix mille fantassins.

« BoR, 7eliv., fol. 12.

repousser encore les ennemis qui venaient de se jeter de nouveau dans le retranchement. Mais bientôt cet escadron môme fut comme fendu en deux par une terrible charge de la cavalerie espagnole. Les reîtres, après avoir reculé jusqu'à la montagne, se reformèrent et voulurent recommencer le combat. Ce fut un dernier effort. En voyant accourir la redoutable cavalerie de Mondoça, les reitres se débandèrent de nouveau et délaissèrent linfanterie qui fut taillée en pièces. Les princes, entourés de leurs principaux capitaines et de quelques cavaliers, essayèrent néanmoins de se frayer un passage. Ils furent enveloppés , renversés de leurs chevaux et disparurent dans cette horrible mêlée. Plus de trois mille hommes avaient succombé; ceux qui survivaient fuyaient en désordre vers Xanten et Nuys pour traverser le Rhin. Les auxiliaires français se retirèrent dans le meilleur ordre et signalèrent même leur retraite en s'emparant du château de Kerpen, près de Cologne. Les Espagnols, dont la perte ne dépassait point une centaine d'hommes, prirent sur le champ de bataille de Mook trente et une enseignes et trois étendards, deux petites pièces de fer et tout le bagage où était le trésor de l'armée composé pour la plus grande partie de monnaie française ^

' Bentivoglio rapporte que les royalistes tuèrent plus de quatre mille hommes aux rebelles et qu'ils n'eu perdirent eux-mêmes que deux cents. Le Pe!it évalue à deux mille hommes la perte des confédérés ; Van Meleren dit également deux mille hommes et cinq cents chevaux. D'après Mendoça , pas mille hommes n'échappèrent du côté des rebelles. Il évalue, comme Van Mcteren, à cinq cents le nombre des cavaliers tués Les royalistes n'auraient perdu que huit ou dix fantassins espagnols et autant de Wallons, .sans parler des blessés au nombre de cent Espagnols et quelques Wallons ; la cavalerie aurait perdu seize ou vingt soldats, et le nombre des blessés aurait été un peu plus grand ! D'après Rcquesens [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 53), on avait tué à l'ennemi cinq mille fantassins et mille cin(i cents chevaux.

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