LIVRE VI
son des trompettes, et annonçant que cinq mille Espagnols les suivaient et arriveraient )a nuit suivante ou le lendemain. Champagney envoyait messagers sur messagers à Requesens. Deux capitaines de son régiment allèrent aussi féliciter de sa part Sancho d'Avila sur sa victoire, l'avertir de la connivence présumée de la garnison du château avec les mutinés, et lui demander quelques affûts. Sancho d'Avila répondit avec hauteur que Champagney n'avait point à se mêler de son château ; quant à l'artillerie, il fallait s'en servir contre le prince d'Orange et non contre les serviteurs du Roi \
Requesens crut que sa présence suffirait pour empêcher les mutinés d'entrer de force à Anvers. Il y arriva donc, le 24, sans troupes, sans escorte. Champagney lui conseilla immédiatement de s'emparer du château. Mais Chiappin Vitelli, qui était présent mit en doute que la garnison voulût recevoir le gouverneur général. Tandis que Champagney s'élevait contre une pareille supposition, Requesens réfléchissait. 11 donna enfin raison au marquis Vitelli. A lors Champagney demanda qu'il lui fût au moins permis d'établir des retranchements sur l'esplanade, entre la citadelle et la ville. Requesens répliqua qu'il ne fallait pas que le gouverneur de la ville enseignât le moyen de rendre le château inutile^.
Il devenait dès lors manifeste que la citadelle tiendrait pour les mutinés et que le grand commandeur ne se mettrait point à la tête des autres troupes pour combattre les Espagnols. L'alarme était grande à Anvers. Une foule de personnes, craignant que les mutinés ne livrassent la ville au pillage, fuyaient avec les objets les plus précieux qu'elles avaient pu emporter. Requesens croyait toutefois que les mutinés, lui présent, n'oseraient point
* Ces détails sont extraits de la relation écrite par Champagney, le 28 avril 1574, et publiée en 1577 dans les recueils d'Arélophile.
^ Requesens au Roi, 28 avril ■1574. [Correspondance de Philippe II, t. Ilf, p. 57). Conf. la relation de Champagney (édit. orig.), p. 21.