‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 9 sur 131 · LIVRE PREMIER {\U · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER {\U

En informant Philippe II de la surprise de la Briele et de la révolte de Flessingue, le duc d'Albe exprimait la pensée que tout pouvait encore s'arranger, si les princes voisins ne s'en mêlaient pas ^ C'était une vaine espérance. L'Espagne n'avait pas seulement à craindre l'ambition de la France, l'Angleterre aussi suivait avec intérêt, a\'ec satisfaction, les troubles des Pays-Bas, Elisabeth fut cependant très-lente à se déclarer. Vers le milieu du mois d'avril 1572, lord Burleigh, principal secrétaire d'État d'Elisabeth, avouait qu'on travailhiit encore sous main en Angleterre, afin d'empêcher les réfugiés des Pays- Bas de passer la mer pour combattre la tyrannie espagnole : on se défiait de l'intervention française. Burleigh disait qu'il valait mieux que les habitants des Pays-Bas fussent les seuls Ubérateurs de leur patrie, et que cette délivrance ne fût pas faite par d'autres, car ceux-ci ne les laisseraient peut-être pas jouir longtemps de la liberté, après qu'ils l'auraient une fois recouvrée ^. Mais, après l'insurrection de Flessingue, le gouvernement de la reine Elisabeth, sans se prononcer ouvertement contre l'Espagne , favorisa en secret les soldats anglais qui voulaient aller au secours de la Zélande. Burleigh écrivit alors à Walsingham, ambassadeur de la Reine, à Paris : n Nous avons <i laissé partir d'ici tous les étrangers qui ont voulu se retirer ; «I mais ce n'est qu'un simple secours. Si le prince d'Orange ne «I profite pas de cette occasion, ses affaires sont sans remède^. »

L'intervention de la cour de France, où le parti protestant semblait alors dominant, allait susciter de nouveaux événements

227. — HooFT, p. 223. — Vax Vloten, Nederlands opstand tegen Spanje, ^■■e partie, append., p. 31.

• Correspondance de Philippe 11, i. Il, p 246.

* Lord Burleigh à Walsiogham (Westminster, 23 avril 1S72), dans les Mémoires et instructions pour les ambassadeurs. (Amsterdam, 1700, in-4".)

' Le même au même, de Saint-James, 21 mai 1572- Ibid., p. 237.

14 SOULÈVEMEiNT Di:S PAYS-DAS.

sur les frontières méridionales des Pays-Bas, et forcer ainsi le duc d'Albe à laisser s'étendre la révolte dans les provinces du Nord.

Depuis 1569, Louis de Nassau s'était attaché aux protestants français et avait partagé leurs périls. Après la paix conclue à Saint-Germain-on-Laye, le 8 août 1570, il avait pris la régence de la principauté d'Orange, restituée au chef de sa famille, et c'était pour lui un prétexte de prolonger son séjour en France. 11 se tenait à la Rochelle avec l'amiral de Coligny, François de La Noue, Charles de Téligny, gendre de l'amiral, Jean de Hangest, seigneur de Genlis, et 1 élite des gentilshommes huguenots. Leur principal souci était de fonder la prépondérance du parti protestant, en niettant à profit le changement qui s'était manifesté dans la politique de Charles IX, Non-seulement le jeune roi se montrait disposé à se réconcilier avec Coligny et ses adhérents, mais il s'était également rapproché des électeurs protestants, anciens alliés des Valois en Allemagne.

Pour assurer le triomphe de son parti, Coligny ne voyait point de moyen plus sûr qu'une guerre avec l'Espagne, il espérait même entraîner les catholiques contre Philippe H et rendre cette guerre nationale, en lui assignant pour but un agrandissement de territoire au détriment des Pays-Bas. On sait que Louis de Nassau s'associa aux desseins de Coligny *. Plaçant les intérêts du protestantisme au-dessus de tout, et désespérant, depuis la fatale expédition de 1568, d'arracher les Pays-Bas au ducd'Albe, sans l'intervention de la France, le frère du prince d'Orange adopta avec une ardeur imprudente les vues de Coligny et s'efforça de les faire prévaloir. Il se rendit, sous un déguisement, au château de Lumigny, en Brie; où le Boi prenait le divertissement de la chasse. Louis de Nassau y séjourna six jours, et, dans plusieurs entretiens secrets, s'efforça d'obtenir l'appui de

' Voir \'^ partie, liv. XVI.

LlVItE PHEMIEU (1572). 15

Charles IX en faveur d'un peuple opprimé; il le supplia de s'unir à l'Angleterre et à l'Allemagne pour renverser la dominalion espagnole dans les Pays-Bas. Ces provinces seraient ensuite partagées entre les puissances qui auraient concouru à les délivrer. La Flandre et l'Artois, anciens fiefs de la couronne de France, feraient retour à la maison de Valois; le Brabant, la Gueldre et le pays de Luxembourg retourneraient à l'Empire ; la Zélande et le reste des îles seraient cédés à l'Angleterre,

Tout en paraissant goûter beaucoup les suggestions de Louis de Nassau, le jeune roi exprima l'intention de s'entendre directement avec Coligny sur les moyens de réaliser ce grand projet. Il désira aussi que, avant d'aller plus loin, on pressentit les dispositions de la reine d'Angleterre.

Louis de Nassau vint alors trouver "Walsingham, ambassadeur de la reine Elisabeth en France. Il lui révéla toutes les particularités de ses conférences avec Charles IX et sollicita formellement le concours du gouvernement anglais. En échange de subsides déterminés et de l'autorisation qu'elle donnerait à un certain nombre de vaisseaux de servir sous main les insurgés des Pays-Bas, la reine Elisabeth aurait la perspective d'unir la Zélande à la couronne d'Angleterre; elle acquerrait ainsi la clef des Pays-Bas et pourrait brider la France, si celle-ci voulait substituer sa domination à celle de l'Espagne. Walsingham appuya chaudement les vues de Louis de Nassau, et le comte de Leicester y adhéra également avec enthousiasme, tandis que lord Burleigh se montrait plus réservé ^

Louis de Nassau alla ensuite rejoindre Coligny à la Rochelle oîi se faisaient de grands armements maritimes. On se proposait d'assaillir à la fois les côtes des Pays-Bas et les rivages de l'Amé-

^ yoîrnotamment la dépêchede Walsingham, du 12 août 4571 . Mémoires et instructions pour les nmlassaclctirs, etc., pp. -1 38-1 42.

16 soulèvemi:mt di:s pays-bas.

rique espagnole '. Don Francès de Alava, ambassadeur de Philippe II, no se fit faute de réclamer au sujet des conférences secrètes accordées par le roi de France à Louis de Nassau, ainsi que de l'asile que les pirates des Pays-Bas trouvaient à la Rochelle; mais Charles IX se montrait sans crainte. « Si l'on •' sïmagine , dit-il, que nous appréhendons la guerre, on se « trompe. Que chacun fasse en cela ce qu'il jugera le meilleur. »

Le 11 avril 1572, fut arrêté, au château de Biois, le mariage de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, avec le prince de Navarre. Huit jours après, un traité d'alliance défensive était signé avec l'Angleterre, et Gaspard de Schonberg se rendait en Allemagne pour conclure une ligue plus étroite encore, offensive et défensive, avec les princes protestants de l'Empire. Il devait même demander que le commandement des troupes auxiliaires, à fournir par l'Allemagne, fût donné à Jean-Casimir, fils de l'électeur palatin, le zélé protecteur des calvinistes ^.

Tout annonçait une rupture prochaine avec l'Espagne. Les armements maritimes se poursuivaient à la Rochelle ; La Noue et d'autres gentilshommes huguenots faisaient des levées ; Charles IX écrivait au prince d'Orange de rassembler en Allemagne autant de troupes qu'il pourrait et de s'efforcer de changer le sort des Pays-Bas en chassant les Espagnols ^. Louis de Nassau avait donné au jeune roi l'assurance que la moitié des villes de Flandre était à sa dévotion. Mais il trouva un rude contradicteur dans le vieux maréchal de Tavannes. Celui-ci, fidèle lieutenant du duc d'Anjou et adversaire inflexible des huguenots, se révoltait en voyant que les prisonniers et les vaincus de Jarnac et de Montcontour avaient la prétention

' De Thou, Histoire universelle, liv. L.

=* M., ib., liv. LI.

^ Bon, 6^ liv., fol. 259.

Liviu; piiF,Mii;i\ (1^172). 17

d'imposer leurs desseins au parti naguère vainqueur. Il s'opposait donc énei'giquement aux desseins de Louis de Nassau, lui objectant qu'il ne tenait pas encore une des douze principales places de la Flandre. « Quand vous occuperez, ajoutait-il, deux villes « sur la frontière, il sera temps pour le Roi de mettre la guerre « en délibération ^ » Mais le crédit du duc d'Anjou et de ses amis était alors bien bas. Charles IX inclinait fortement pour les huguenots ou du moins pour la guerre d'Espagne qu'il se proposait de faire avec leur appui. Bien qu'il n'eût pas encore pris une résolution positive, ses intentions se manifestaient par sa participation indirecte aux armements des adversaires de la domination espagnole et par la protection qu'il leur accordait.

Louis de Nassau, assuré de l'appui de la France, croyait enfin au succès de la cause à laquelle il s'était dévoué. « Je vois, <i disait-il, que Dieu, après nous avoir garanti contre tant de « périls, ne veut pas retirer sa main forte de nous, mais qu'il 'i nous soutient de telle sorte que nos affaires sont dans une voie « de prospérité, si nous voulons prêter la main les uns aux " autres ^. i<

Quant au duc d'Albe, alarmé des armements maritimes qui se faisaient à la Rochelle, il envoya à la cour de France Adrien dOngnyes, seigneur de Willerval, pour s'éclaircir sur les véritables intentions et sur les sentiments de Charles IX ^. Willerval revint, porteur de grandes assurances d'amitié de la part du Roi et de la reine-mère. Toutefois, malgré ces protestations, l'armée navale, réunie dans les ports de Normandie, continuait a donner au duc d'Albe beaucoup d'inquiétude. Il écrivit au secrétaire Aguilon

' Mémoiies de G. de Sai i,x-Tavannes (1572).

* Louis de Nassau a la comtesse de Nueiiar-Aljien. Blois, i7 avril 1372 dans les Archives de la maison d'Orange-i^'assau, t. III, p. 41 S. ' Correspondance rie Philippe II, i. II, p. 2.39.

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