‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 91 sur 131 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

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qnatrf! heures, en se promenunt à proximité. Lorsque les mutinés eurent formé leur escadron, au lieu de l'entendre, comme ils l'avaient promis, ils se mirent en marche et pénétrèrent dans la ville en criant : dineros, y Walones fuora (argent et les Wallons dehors). Ils étaient au nombre de deux ou trois mille, Requesens logeait sur la place de Meir ; ils s'y rendirent, tambour battant, et en continuant leurs imprécations contre Champagney et les Wallons. Le brave et loyal Champagney se relirait alors dans la nouvelle ville, s'emparait de la Maison anséatique, et, secondé par quelques bateaux pourvus d'artillerie, il se préparait avec ses Wallons à bien recevoir ceux qui viendraient l'assaillir. Les mutinés avaient formé de nouveau leur escadron sur la place de Meir et attendaient le grand commandeur. Requesens vint se placer au milieu des vétérans, fit appeler leur eleclo mayor et ses conseillers, et tâcha, par quelques paroles éloquentes, de les ramener à leur devoir. Il s'efforça de leur persuader de sortir de la ville et de se loger dans les faubourgs ; de remettre ensuite leurs comptes, qu'il ferait vérifier, pour payer le plus tôt possible ce qui leur était dû, promettant, s'ils se rendaient à ces raisons, de leur pardonner. Accompagné de Sancho d'A\ila, il passa quatre fois dans les rangs de l'escadron, parlant à tous les soldats. Mais la réponse était toujours la même -. dineros, y Walones juora.

Les vétérans du duc d'Albe avaient d'ailleurs peu d'estime pour son successeur qu'ils regardaient, dit un contemporain, comme un homme de négoce. A peine Requesens les eut-il quittés qu'ils s'avancèrent vers le Marché, s'emparèrent de l'Hôtel de ville, puis entrèrent dans les maisons les plus voisines, dix, douze, vingt à la fois. 11 y en eut même quarante chez les bourgmestres. Ils se faisaient régaler à discrétion, lis ne voulaient boire que du vin ; ils exigeaient, à chaque repas, du bouilli et du rôti, et nul n'était exempt de ces réquisitions, ni l'évêque, ni

le margrave, ni les ecclésiastiques, ni les séculiers, car ils cherchaient partout les plus riches maisons et les meilleures cuisines. Velecto eut l'impudence d'occuper une maison située en face même de celle du grand commandeur.

Vers le soir, après s'être repus, les mutinés s'assemblèrent de nouveau. Ils firent publier, au son du tambour et « au nom des seigneurs soldats, » que Chanipagney eut à sortir delà ville dans les vingt-quatre heures avec ses Wallons, sous peine d'être ■chassé. Leurs clameurs n'épargnaient même plus le lieutenant de Philippe II.

Cependant Champagney avait fait barricader les ponts et les avenues de la ville neuve; secondé par le vice-amiral Haemstede, il avait fait approcher les navires de guerre qui croisaient dans l'Escaut et dont les matelots flamands ne demandaient qu'à combattre avec les soldats wallons contre les Espagnols. Le 27, au matin, Champagney fit dire à Requesens que, s'il obtenait son consentement, il saurait bien, avec les bourgeois et les Wallons, obliger les mutinés à sortir d'Anvers. Requesens lui ordonna de ne point bouger; car, selon lui, en prenant les armes, on exposerait Anvers à être mis à feu et à sang. Trois fois, cependant, les Espagnols firent semblant de venir attaquer les .quatre compagnies wallonnes retirées dans la nouvelle ville. {Quoiqu'elle eût été abandonnée des Allemands, cette troupe d'élite montrait toujours la résolution de se défendre à outrance. Champagney fut sommé, au nom de Yelecto, de se retirer; comme il ne tenait aucun compte de cette insolente sommation, le marquis Vitelli vint le trouver, vers midi, avec une commission écrite du commandeur. Le lieutenant du Roi enjoignait luimême au gouverneur d'Anvers de conduire ses compagnies wallonnes hors de la ville. Quant aux offres faites par Champagney d'aller combattre les mutinés, Vitelli lui dit « que ceuxlà étaient les meilleurs gens de guerre du Roi et qu'il les fallait

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conserver; que, du reste, le gouverneur géuéral en délivrerait bientôt la ville. » Champagney, quelque irrité qu'il fût d'une pareille détermination, dut s'y conformer. Les compagnies wallonnes sortirent de la nouvelle ville, enseignes déployées, et Champagney les conduisit à Eeckeren et à Wilmarsdonck '.

Les Espagnols mutinés étaient maîtres d'Anvers, Us mirent des gardes à toutes les portes, ôtèrent les clefs au magistrat et installèrent à l'Hôtel de ville même leur electo et ceux de son conseil, mais en laissant au magistrat les locaux nécessaires pour se réunir. Ils venaient d'être renforcés de cinq cents Espagnols des régiments qui étaient en Hollande et de quatre cents Wallons espagnolisés ; en outre, tous les goujats du pays accouraient à Anvers pour avoir leur part des dépouilles de cette riche cité. Aussi la |ilus grande terreur régnait-elle parmi les bourgeois. Les marchands ne venaient plus à la Bourse; les envois d'argent, qui se faisaient ordinairement de France et d'Allemagne, étaient suspendus ; l'arrivée des vivres et des marchandises souffrait la même interruption. Un jésuite espagnol, d'une grande réputation, vint sur le Marché et, s'adressant aux soldats, s'efforça de les ramener à leur devou-. Ils lui demandèrent s'il avait de l'argent, et leurs clameurs jointes au roulement des tambours obligèrent le jésuite à se taire. Du reste, ils avaient signifié au lieutenant de Philippe II que les troupes du prince d'Orange fussent-elles aux portes d'Anvers, ils ne sortiraient point de la ville avant d'avoir été entièrement payés ^.

' Le graud commandeur de Castille à don Juan de Çuniga, son frère, ambassadeur du Roi à Rome, d'Anvers, 28 avril 1574. [Correspoivlancc de Philippe 11, t. III, pp. 55 et suiv.) — Relation de Champagney, datée d'Eeckeren, le 28 avril aussi. — Van Meteren, fol. 102 v». — Cliro)iiqne d'.'\drien Van Meerbeek, d'Anvers (in-fol., 1620), p. 374.

- Rcquesens au Roi, d'.^nvers , 30 avril 1574. [Correspondance de Philippe II, t. 111, pp. Gl et suiv.) — Van Meteuen, fol. 102 v".

Le 29 avril, Velecto, après avoir convoqué tous ses compagnons devant la maison de ville, leur fit lui-même une harangue pour les calmer. Quoiqu'il ne fut que simple soldat, c'était un homme habile, même éloquent. Il reprocha aux mutinés de molester et de pressurer les bourgeois au lieu de se comporter avec honnêteté ; il les invita enfin à choisir deux hommes par compagnie, afin de traiter avec Chiappin Vitelli, délégué du gouverneurgénéral. Ils dressèrent alors un écrit, par lequel ils demandaient en substance que les arrérages dus fussent entièrement payés et même qu'on acquittât les testaments des morts. Vitelli leur offrit dix mois en argent et, pour les cinq mois restants, des draps de soie ou de laine et du linge. Les députés dirent quïls feraient rapport aux soldats. Ceux-ci s étant assemblés de nouveau sur le Marché, lelecto leur communiqua les propositions de Vitelli. Ils répondirent par une formidable clameur : « Tout, tout argent, et point de paroles. » Mais ïelecto les reprit rudement. Il leur dit qu'ils étaient tous des rebelles et qu'ils avaient tous mérité la mort : ils devaient donc remercier Dieu à mains jointes de la grâce qui leur était faite. 11 protesta qu'il ne voulait pas être plus longtemps leur electo; qu'il refusait le nom de chef des rebelles, et il exprima le vœu que, s'ils ne voulaient point le décharger de son office, ils lui tirassent une balle au tra\'ers du corps. Cette harangue ne produisit aucun effet. Elle ne servit qu'à exalter les soldats: ils parcoururent les rues, hurlant aux portes et aux fenêtres, rompant les clochettes des maisons, déchargeant leurs armes et faisant tout le tumulte qu'ils pouvaient, afin de porter au comble l'efïroi de la bourgeoisie. La peur, en effet, devint extrême. Les contemporains rapportent que plus de trois cents femmes accouchèrent avant terme K

Uequesens eut de nouveau recours à cette bourgeoisie plongée

' Correspondance de Philippe II, t. III, p. 82. — Va.> Meteukn, fol, 103.

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