‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 93 sur 131 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

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gnol, se rendit lui-même auprès de Requesens pour lui faire part de la transaction intervenue. Il était chez le gouverneur lorsque le sergent-major essaya d'exciter encore du trouble. Mais il fut prévenu par l'alferez (porte-drapeau) François Salvaterra. Celui-ci tua le sergent-major à coups de poignard et jeta son cadavre dans le fossé de la place. Velecto n'eut pas un meilleur sort. Sancho d'Avila avait désiré qu'il ne rentrât point dans la forteresse, et il avait chargé le prêtre espagnol de communiquer son intention à Requesens et à Chiappin Vitelli ; mais cette commission ne fut pas remplie. Requesens promit à Yelecfo la vie sauve, s'il achevait d'apaiser les mutinés, et le marquis l'emmena dans son carrosse. Un peu avant d'arriver au château, il le fit descendre et le laissa au corps de garde, pendant qu'il allait lui-même conférer avec le châtelain sur ce qu'il dirait aux soldats. Salvaterra vint trouver Velecto au corps de garde, le tua, comme il avait tué le sergent-major, et le fit jeter également dans le fossé.

Le 11 mai, on distribuait aux mutinés de la ville cinq payes en drap lorsque tout fut remis en question. A la demande de Requesens, Iclecto et son conseil lui avaient député deux soldats par compagnie. Le lieutenant du Roi leur remit, après les avoir harangués, des coiiies imprimées des articles qui contenaient des offres définitives. Dans cette espèce de proclamation, Requesens exposait aux soldats qu'il ne voyait nul moyen de pouvoir les payer intégralement, parce que leur sédition empêchait de négocier dans la ville. Il les priait donc de se contenter de huit ou dix mois de payement. Il faisait même quelques menaces et tâchait de mettre la division parmi eux. A peine cette proclamation eut-elle été répandue parmi les mutinés qu'ils se soulevèrent avec plus de furie. Vers minuit ils se réunirent sur la Grand'Place, et comme Velecto voulait leur persuader d'accepter les offres du gouverneur, ils l'obligèrent à s'éloigner en lui tirant

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des coups d'arquebuse. Ils outragèrent de nouveau le lieutenant do Philippe II en criant devant sa maison qu'on le fit sortir de la ville. Ils nommèrent un nouvel electo, plus effronté que le précédent, honnête soldat qui fut bâtonné par ses anciens compagnons ; ils choisirent aussi de nouveaux conseillers.

Le nouvel electo leur promit qu'ils seraient payés, dans les huit jours, de tout ce qu'ils prétendaient, ou qu'il leur donnerait la ville à piller. De son côté, le sergent-major se rendit, le matin suivant, avec une troupe nombreuse de soldats, à la cathédrale, exigeant qu'on envoyât à la Grand'Place un prêtre avec fout ce qui était nécessaire pour célébrer la messe. Comme le vicairegénéral résistait, le sergent-major entra par force dans la sacristie et fit dresser tm autel sur la Grand'Place. Un prêtre espagnol célébra la messe, puis les mutinés prêtèrent serment à leur nouvel electo et jurèrent qu'aucun d'eux ne sortirait de la ville qu'après que tous auraient été payés intégralement.

Requesens était exaspéré. Il soupçonnait que, même après avoir été payés, les mutinés ne voudraient point sortir d'Anvers. Ils menaçaient sans cesse de saccager la ville et de livrer le château aux ennemis. Requesens se rappela trop tard le conseil que lui avait donné Champagney. Il songea à s'établir dans la forteresse, à y faire entrer quatre ou cinq compagnies d'autres nations et à enjoindre de là aux mutinés de se contenter de l'argent qu'il avait : à défaut de quoi, il ferait soulever la ville et le pays pour les exterminer. Mais ce n'était lu qu'un projet chimérique. Le lieutenant de Philippe II n'aurait jamais pu donner le signal de la proscription de ces vétérans, qu'il appelait luimême la plus belle arquebuserie du monde.

Cependaiit l'indiscipline et la sédition gagnaient les troupes des autres nations. Des compagnies allemandes, qui étaient à Harlem, avaient refusé d'en sortir pour une expédition. Elles .déclaièrent qu'elles ne |)arliraient que lorsqu'elles auraient été

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payées, et qu'elles sauraient bien faire à Harlem ce que les Espagnols avaient fait à Anvers. En efTet, elles commirent de grands désordres et tuèreht lecoutéte de la ville qui voulait s'opposer à la sédition. Les Allemands qui étaient à Utrecht refusèrent de se rendre en Hollande. Quelques compagnies Avallonnes s'étaient également soulevées et se livraient à toute sorte d'excès '.

Il importait donc de mettre promptement un terme à la dangereuse et contagieuse mutinerie d'Anvers Requesens finit par se soumettre à toutes les exigences des soldats. Ils recevraient, outre leur solde , vingt ducats pour chaque testament qu'ils avaient présenté. Ils voulurent bien se contenter de la signature du lieutenant du Roi et du serment que ferait Requesens en public, après avoir entendu, à la cathédrale, une messe où ils assisteraient tous, pourvu que les articles offerts fussent jurés aussi par le marquis Chiappin Vitelli, le conseiller Geronimo de Roda, don Alonso de Vargas, général de la cavalerie légère, et Sancho d'Avila. Cet arrangement avait été accepté, de part et d'autre, le 21 mai. Mais la nuit suivante la ville fut de nouveau plongée dans la terreur. Un bourgeois, défendant sa vie contre un soldat, avait blessé celui-ci. Au lieu de châtier l'agresseur, les mutinés se jetèrent sur le malheureux bourgeois et le conduisirent chez Yelecto. Lorsque toute la troupe se fut mise en bataille sur la place, les soldats forcèrent la garde qui était à la porte de la maison de Yelecto, se saisirent de nouveau du bourgeois et voulurent qu'on le pendît. Don Alonso de Vargas, accouru au milieu d'eux, promit que, le matin, le bourgeois serait pendu par arrêt de la justice, s'il le méritait. Tandis que don Alonso haranguait les mutinés, le malheureux l'étreignait pour se sauver : il fut mis en pièces dans les bras du général espagnol.

' Requesens au Roi, d'Anvers, 15 mai ioTi. {Correspondance de riuUppc II, t. 111, pp. 73 et sui\ .) — Van Meteuen, fol. 103 v».

Les mutinés pendirent ensuite le cadavre par les pieds à une potence qui avait été dressée sur la place.

De nouvelles difBcultés retardèrent encore Taccomplissement de la convention intervenue entre Requesens et les mutinés. Ceux-ci n'entendaient point que le serment fût prêté avant qu'ils eussent reçu leur solde entière *.

Le 30 mai, jour de la Pentecôte, tout paraissait enfin terminé. Déjà le grand commandeur s'était rendu à la cathédrale pour prêter, après la messe, le serment quil avait promis, lorsque les mutinés se ravisèrent. Ils déclarèrent qu'ils ne voulaient point que le gouverneur-général jurât : il donnerait sa parole de leur pardonner et le serment serait fait par ceux qu'ils avaient demandés pour cautions. Ils s'étaient laissé persuader que le commandeur pourrait être absous de son serment et croyaient que sa parole leur donnerait plus de sûreté. Requesens dut encore dissimuler la colère qu'une pareille méfiance lui faisait éprouver. Vers midi, les vétérans espagnols, satisfaits de l'argent qu'ils avaient reçu et triomphants dans leurs habits d'or et de soie, se réjouissaient à table du succès de leur mutinerie : mais toute cette joie fut soudainement troublée.

La flotte royale venait d'être assaillie dans l'Escaut par les navires zélandais; les trompettes sonnaient l'alarme dans la ville, et Requesens faisait enjoindre aux soldats de prendre immédiatement les armes et de se porter en courant vers le fleuve ^.

Pour étouffer la révolte de la Hollande, l'Espagne préparait deux flottes , l'une à Santander, sous la direction de Piedro Milenda, ancien gouverneur de la Floride ; l'autre à Anvers. Elles devaient se rencontrer devant Flessingue, de là s'acheminer vers

' Requesens au Roi, d'Anvers, 25 mai 1574. {Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 89-90.)

^ lUquesens au Roi, 12 juin 1574. {Ibid., t. III, p. 93.) — Va.n .Metere>, fol. 104. — 11. Langiet, Epislolœ, etc. pp. 121 et 150.

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